MAMAN, J’AI RATÉ L’AVION, phénomène générationnel – Critique

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Premier film de notre Calendrier de l’Avent, dans ce classique du genre, un petit garçon espiègle fait vivre un enfer à deux cambrioleurs cartoonesques.

Chris Columbus est un spécialiste des films de noël puisque sa carrière débute dès 1984 avec l’écriture du scénario du cultissime Gremlins. En 1992 il donne une suite à MAMAN J’AI RATÉ L’AVION (1990) avec Maman j’ai encore raté l’avion suivi par Madame Doubtfire en 1993 ou encore La course au jouet qu’il produit en 1996. Il réalise les deux premiers volets de la saga Harry Potter et produit le troisième dont la réalisation est confiée à Alfonso Cuarón. Il est derrière les franchises La Nuit au Musée, Percy Jackson et Les Chroniques de Noël dont il réalise le second opus. S’il y a un artisan du genre qui a bercé votre enfance, c’est bien Chris Columbus.

Le Film de Noël est-il un genre à part ?

En bon petit dernier, le jeune Kevin McCallister est le souffre douleur de sa fratrie. Alors que tout le monde s’affaire à préparer le grand départ du lendemain pour la France, le benjamin se sent rejeté de tous, moqué pour sa maladresse. Dans la précipitation, la famille s’envole pour Paris sans Kevin, resté seul dans la grande maison de Chicago. Il se retrouve livré à lui-même, bienheureux d’être enfin débarrassé de sa famille. Mais dans le quartier, les casseurs flotteurs rôdent à la recherche d’une maison à cambrioler pour le soir du réveillon. Bien décidé à protéger son foyer, Kévin se révèle l’archétype du héros courageux, intrépide et rusé, il déjoue avec malice l’intrusion du duo de cambrioleurs.

MAMAN J’AI RATÉ L’AVION est un classique du genre, véritable phénomène générationnel dès sa sortie, tous les enfants des années 80-90 s’identifient au jeune Kevin, fascinés par la malice de ses exploits. Chris Columbus multiplie les séquences de réactions en chaîne jubilatoires, les pièges mécaniques fonctionnent sur le principe d’effets domino extrêmement ludiques qui font mouche par l’efficacité de leur mise en scène. C’est l’esprit “sale gosse” qui séduit, à travers les pièges que Kevin construit à l’intention des deux bad guys. On jubile à voir Joe Pesci et Daniel Stern vivre un véritable calvaire, grimacer de douleur, chuter sans cesse et recevoir coup sur coup.

Tout est construit à l’image de ce gag récurrent dans lequel Kevin se sert de la séquence d’un film de gangster qu’il détourne et remonte à sa guise pour effrayer les bandits. Le jeune garçon est alors celui qui maîtrise le montage du film pour le tourner à son avantage, il est celui qui tire les ficelles et manipule les casseurs flotteurs comme de vulgaires jouets. La candeur qui lui était alors reprochée devient une force qui lui confère un avantage de poids. Son regard d’enfant transforme les objets du quotidien en de redoutables armes domestiques. MAMAN J’AI RATÉ L’AVION est une ode réjouissante au pouvoir de l’imagination des enfants. Ce que l’on croyait désuet et immature révèle soudainement son infini potentiel.

Kevin va jusqu’à disparaître, invisible de ses assaillants qui deviennent les proies du petit démiurge démoniaque. Il se fond dans les recoins, emprunte des passages secrets, à travers lui c’est la maison qui prend vie pour se défendre elle-même de ces intrus. Le film prendrait presque des allures d’épouvante dans la mise en place de la traque. Mais l’inversion des valeurs est incessante, ceux qui se voulaient agresseurs se retrouvent malmenés, les faibles dominent les forts, reprenant ainsi le principe comique vieux comme le cinéma de l’arroseur arrosé.

À lui seul, le jeune Kevin réussit à déjouer les ambitions criminelles des casseurs flotteurs. Lui que l’on croyait chétif et inutile rappelle à tous le sens profond de Noël. En protégeant le foyer, il préserve le symbole de ce qu’il y a de plus précieux, l’unité de la famille. Il restaure ce qui avait été bafoué par les valeurs superficielles de l’individualisme. Le désordre du début peut enfin laisser place à l’harmonie familiale retrouvée.

Avec sa petite tête d’ange et son regard espiègle, Macaulay Culkin devient presque instantanément une icône pop. En 1991 il retrouve Chris Columbus sur le tournage de Ta mère ou moi avant de rempiler l’année suivante avec Maman, j’ai encore raté l’avion. Le jeune acteur fait ainsi son entrée dans le star-system et sa fulgurante ascension se transforme en descente inexorable. Une tendance récurrente dans une industrie hollywoodienne qui affectionne brûler les icônes qu’elle érige. Maltraité et exploité par son père, la réalité de la vie du jeune homme apparaît bien cynique au regard du discours arboré dans la fiction. L’illustration parfaite de ce qu’est réellement Hollywood, une machine à rêves perverse qui bâtit ses mythes en broyant ceux de ses artisans. Sachez que vos souvenirs d’enfance sont façonnés avec celle volée de jeunes acteurs et actrices broyé.es par une industrie impitoyable.

Hadrien

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