Photo du film CANDYMAN
Crédits : 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Bron Creative MG1, LLC. All Rights Reserved

CANDYMAN, retour en grâce sur Cabrini-Green – Critique

Réalisé par Nia DaCosta et scénarisé par Jordan Peele, ce nouveau CANDYMAN porte dignement l’héritage de son premier volet… Contrairement à ce que certains voudraient faire croire.

La tâche était ardue. On s’y était cassé les dents. En effet, les deux suites au Candyman de 1991 demeurent d’une nullité affligeante. D’autant qu’elles se placent dans le sillon d’un monument de l’épouvante. Avec les années, le film de Bernard Rose est devenu un objet de culte bien singulier. Adaptation de Forbidden, nouvelle de Clive Barker parue dans le cinquième volume des Livres de sang en 1985, le film déplaçait sciemment son récit de Liverpool au ghetto malfamé de Cabrini-Green à Chicago. L’ouvrage captait quelque chose de son époque et offrait à la communauté afro-américaine son premier boogeyman aux ambitions politiques.

Photo du film CANDYMAN
Crédits : 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Bron Creative MG1, LLC. All Rights Reserved

Suite directe au premier volet, ce nouveau CANDYMAN s’inscrit radicalement dans cet héritage. Il faut dire qu’il y avait de quoi. Le film est en effet produit et scénarisé par Jordan Peele, instigateur de l’elevated horror politisée et bâtisseur de la cathédrale du genre, Get out. Il est aussi réalisé par Nia DaCosta, jeune artiste émérite, remarquée dès 2015 à Sundance pour la qualité de son écriture. Le nouveau CANDYMAN devait donc avoir quelque chose à dire ou ne pas être. Et en pleine période post-George Floyd, il parle. Au regard de sa réception, on le comprend visiblement bien mal. Toutefois, soyons patients, il se révélera. Car cette nouvelle plongée dans Cabrini-Green se révèle, en réalité, bien loin de démériter.

Dès l’ouverture, Nia DaCosta affirme une filiation assumée avec le métrage de Bernard Rose. La caméra, qui écrasait d’en haut le paysage urbain en 1991, se balade désormais au sol et observe un ciel percé d’immenses tours d’immeubles. Le Cabrini-Green d’aujourd’hui, embourgeoisé et en pleine gentrification. Le film place d’ailleurs son intrigue dans un milieu d’artistes afro-américains d’un cynisme glaçant, qui marchande le passé douloureux de ses ancêtres pour se donner un tant soit peu de consistance. Un milieu où évolue Anthony McCoy, peintre à l’inspiration toute relative, bientôt obsédé par ses recherches sur la légende urbaine qui continue de hanter son quartier.

Photo du film CANDYMAN
Crédits : 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Bron Creative MG1, LLC. All Rights Reserved

Il est saisissant de constater comment Nia DaCosta s’empare de la thématique des miroirs, relativement sous-exploitée dans l’œuvre de Bernard Rose. À cette génération gentrifiée, elle impose le reflet de siècles d’oppression, dont ce Candyman devient le symbole. Un passé devenu lointain, exploitable, pourtant bien palpable dans l’Amérique de l’après-Trump. Le long-métrage dispose d’un sous-texte vaste, riche, à en donner le tournis. Toutefois, de l’essentiel, on retient ce développement sur la légende urbaine elle-même, qui finit inlassablement par dépasser ses protagonistes. Et ce, pour devenir le catalyseur de faits sociétaux, dont elle demeure invariablement la parfaite représentation.

Ce CANDYMAN énonce ainsi que misérable est celui qui feint d’ignorer son passé, tout autant que cet autre qui s’acharne à le lui rappeler. Le devoir de mémoire revêt toute son importance dès lors qu’il devient une arme contre l’oppression. Et il n’est pas toujours agréable à nos oreilles de se l’entendre dire, surtout désarmés face à nos torts. Peut-être qu’un certain public n’a pas tant apprécié d’y observer son propre reflet. Qu’importe. Les prochains auront le recul nécessaire pour se saisir de cette œuvre remarquable, relayée par une mise en scène froide et urbaine, significative et inspirée. Comme le premier Candyman en son temps, ce film souffrira une phase d’incompréhension. Avant de résonner comme une évidence.

Lily Nelson

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Titre original : Candyman
Réalisation : Nia DaCosta
Scénario : Jordan Peele, Win Rosenfeld
Acteurs principaux : Yahya Abdul-Mateen II, Teyonah Parris, Nathan Stewart-Jarrett
Date de sortie : 29 septembre 2021
Durée : 1h31min
4.5
Incompris

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