Après s’être attaqué à la fresque criminelle (Strictly Criminal) avec moyennement de réussite, Scott Cooper s’élance dans le Grand Ouest avec Hostiles.
HOSTILES met en scène le capitaine Joseph Blocker (Christian Bale), un ancien héros de guerre animé par une haine profonde des amérindiens. Pas de chance pour lui, il est chargé sur ordre du Président d’escorter Yellow Hawk (Wes Studi), un chef amérindien touché par la maladie ayant émis le souhait de retourner sur ses terres pour son dernier souffle. Ces deux ennemis vont devoir faire route ensemble jusqu’au Montana. En chemin, ils récupèrent Rosalee (Rosamund Pike), unique rescapée d’une violente attaque durant laquelle toute sa famille est assassinée. Dans son premier acte, HOSTILES dessine distinctement deux camps : américains et indiens.
Le film réduit de manière volontaire leurs rapports à un bras de fer constant, où la violence répond à la violence. Un schéma posé abruptement sur la table, au point de paraître presque démodé maintenant que le monde a ingurgité et digéré plus de 100 ans de western. En réalité, ce que le film montre via cette violence partagée, c’est l’absence totale de manichéisme dans ce conflit – le titre au pluriel nous avait prévenu. Chaque camp violente l’autre, les deux étant enfermés dans une logique de surenchère motivée par leur douloureux passé en commun. Évidemment tout l’intérêt de l’intrigue réside dans la révision des positions de chacun vis-à-vis de son antagoniste.
Si le western arrive encore à pointer le bout de son nez sur nos écrans c’est forcément parce qu’il a encore des choses à dire. Scott Cooper a l’intelligence de faire résonner son script avec notre époque, notamment sur la question des étrangers dans la société américaine et sur comment la violence a pu s’installer à cause de décisions politiques. On fait rapidement le transfert en voyant dans ces amérindiens qu’un reflet des mexicains aujourd’hui pointés du doigt par Donald Trump. Le personnage de Joseph prend conscience au bout d’un moment que sa haine envers l’autre camp émane de la politique coloniale menée par ses supérieurs et dans laquelle il n’est qu’une main qui exécute les ordres. Lui-même le dit, il n’a fait que « son travail« . Une excuse toute trouvée, comme pour se dédouaner d’actes immondes commis au nom d’un gouvernement adoptant l’affrontement au détriment de l’écoute. Un constat brûlant – la recrudescence de crimes à caractère raciste au pays de l’Oncle Sam démontre que les mentalités sont encore marquées par de vieux relents nauséabonds. Ce long requiem de plus de deux heures, jonché de victimes et de larmes, nous saisit par la mélancolie et les regrets qui en émanent. Et au bout du chemin se trouve, non pas le pardon, mais l’acceptation. De soi et de l’autre, d’un passé tendancieux et d’un futur apaisé. Sur ce point, la réalité a malheureusement encore un train de retard sur la fiction.
Maxime Bedini
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• Réalisation : Scott Cooper
• Scénario : Scott Cooper
• Acteurs principaux : Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi
• Date de sortie : 14 Mars 2018
• Durée : 2h14min




