Photo du film LA PETITE DERNIÈRE
Crédits : June films – Katuh studio – Arte France – mk2films

LA PETITE DERNIÈRE, joli récit d’apprentissage queer – Critique

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En compétition à Cannes. Pour son troisième long-métrage, Hafsia Herzi adapte le roman de Fatima Daas, LA PETITE DERNIÈRE. L’histoire d’une jeune femme musulmane faisant face à son homosexualité. Une petite douceur dans la course à la Palme d’or.

Fatima s’apprête à quitter le lycée. L’âge de tous les possibles. De la découverte, de l’affirmation. Et pour cette jeune musulmane, cela passe aussi par son rejet des hommes. Pas de problème avec son groupe de copains, évidemment, avec qui elle passe ses journées. Mais les choses diffèrent quand il s’agit de sentiments. Au fond, ce garçon qu’elle fréquente, est-elle vraiment amoureuse de lui ?

Les cheveux rassemblés en queue de cheval, vêtue de son inséparable survêtement, Fatima cherche à comprendre. Car son amour, elle semble le destiner aux femmes. Des désirs qui détonnent dans un environnement où l’homosexualité est une insulte.

Premiers pas au cinéma

En adaptant le roman autobiographique de Fatima Daas, Hafsia Herzi raconte l’affirmation de Fatima sur plusieurs mois. Un récit d’apprentissage queer porté par Nadia Melliti, qui fait ses premiers pas au cinéma.

Ce choix est le fruit d’un long travail de casting, raconte Hafsia Herzi lors de la conférence de presse : « Je savais que ce serait une tâche difficile. J’avais envie de prendre le temps. » Elle tenait à avoir un « coup de cœur artistique ». La décision s’est imposée en feuilletant le dossier de Nadia Melliti. Ou plutôt, en apercevant sa photo : « J’ai été frappée par son regard. Elle s’est placée en haut de ma liste. » Sa Fatima était toute trouvée.

La jeune actrice joue la carte de la pudeur. Tout en retrait, tout en sensibilité. Même ses pleurs sont silencieux, comme si elle refoulait jusqu’à ses larmes. La caméra lui colle à la peau. Littéralement. Pour ce film, Hafsia Herzi a fait le choix de la caméra à l’épaule, pour suivre au plus près son héroïne. Idem pour les gros plans.

Une approche sensible

Dans le même registre, on pense bien sûr à La Vie d’Adèle (Abdellatif Kechiche, 2013). Hafsia Herzi préfère balayer toute comparaison : « Ça a été une référence complètement absente du film », assure-t-elle quand le film est mentionné par un journaliste.

Car LA PETITE DERNIÈRE a cette justesse, cette humanité, qui en fait une œuvre unique en son genre. C’est d’ailleurs pour cela que la productrice Julie Billy s’est tournée vers Hafsia Herzi pour l’adaptation du roman. « Elle a l’audace nécessaire pour s’attaquer à un sujet complexe avec sensibilité. »

« Et la sensualité », ajoute-t-elle. La découverte de Fatima passe en grande partie par l’apprentissage. Alors elle s’inscrit sur une appli de rencontres, à la recherche de femmes plus âgées. Plus expérimentées. Plus assumées, aussi. Casquette vissée sur la tête, elle devient une autre : Yasmina ou Linda, qu’importe. Ce qui compte, c’est d’essayer. De vérifier que ses pulsions sont bien réelles.

Après sa rencontre avec une femme qui lui apprend tous les secrets du sexe lesbien – sans doute la scène la plus drôle (et sexy !) du film – il est temps pour Fatima de passer à l’acte. Des scènes intimes particulièrement chorégraphiées. Et pour montrer l’exemple, Hafsia Herzi n’a pas hésité à faire doublure elle-même. « On a beaucoup rigolé », se souvient-elle.

LA PETITE DERNIÈRE ne manque ni d’humour, ni d’émotion. Un film singulier, qui aborde l’homosexualité avec une justesse rare à l’écran. C’est là le vrai pari d’Hafsia Herzi – bien plus que la Palme d’or : « Si le film peut ouvrir le dialogue dans les familles, alors ce sera la plus belle des récompenses. »

Lisa FAROU

Auteur·rice

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