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The Card Counter

THE CARD COUNTER, plongée dans le monde du jeu – Critique

Scénariste vétéran du nouvel Hollywood, Paul Schrader s’est reconverti en réalisateur discret ces dernières années et nous revient au cinéma avec The Card Counter. Un polar porté par Oscar Isaac devenu un expert des jeux de cartes après avoir passé un long séjour en prison.

Paul Schrader et Martin Scorsese, nouvelle collaboration

Entre les années 70 et 2000, Paul Schrader et Martin Scorsese ont collaboré sur quatre films, tous écrits par Schrader et réalisés par Scorsese. Leur première collaboration pour le cinéma a accouché d’une œuvre devenue emblématique du nouvel Hollywood qui décrocha une palme d’or à Cannes. C’était en 1976 et le film s’intitulait Taxi Driver. Les deux hommes travaillèrent ensemble par la suite sur des œuvres non moins importantes dans la filmographie de Martin Scorsese, comme Raging Bull puis À tombeau ouvert, à l’aube des années 2000.

The Card Counter
Paul Schrader et Martin Scorsese

Il n’est donc pas surprenant de découvrir le nom de Martin Scorsese lors du générique de début de THE CARD COUNTER. Un film que réalise cette fois-ci le scénariste Paul Schrader, avec son ami Marty officiant à la production exécutive. En réalité, Paul Schrader est assez rapidement passé à la réalisation dans sa carrière. L’une de ses œuvres le plus connues derrière la caméra est American Gigolo avec Richard Gere en 1980. Mais la suite de sa filmographie n’a pas fait grand bruit, en dépit d’une certaine qualité dans la construction de ses intrigues et de ses personnages. Récemment, l’un de ses films les plus marquants est quasiment passé inaperçu chez nous. Emmené par un impressionnant Ethan Hawke dans le rôle d’un prêtre qui perd ses repères au contact d’une jeune femme, Sur le chemin de la rédemption n’a pas obtenu de sortie au cinéma. Par chance, son dernier film porté par Oscar Isaac a été présenté au 47è festival de Deauville ayant eu lieu cette année et arrive sur nos écrans le 29 décembre. Pas facile de faire face à deux mastodontes que sont Spider-Man No Way Home et Matrix Resurrections

Un script maîtrisé et rétro

THE CARD COUNTER suit le taciturne William Tell (Oscar Isaac), devenu particulièrement doué pour les jeux de cartes après avoir passé presque 10 années en prison. Ancien militaire, il semble avoir été profondément marqué par un passé dont bien peu de choses nous sont dévoilées et prend maintenant plaisir à jouer de petites mises au black jack et au poker. Le retour à une vie simple, jusqu’à ce qu’il croise la route d’un jeune homme meurtri par le suicide de son père, lui aussi ex-militaire. La cause de ce suicide serait liée au colonel Gordo (Willem Dafoe), que William fréquenta par le passé. Touché par la situation familiale de Cirk (Tye Sheridan), William décide de le prendre sous son aile et va tout faire pour l’empêcher de céder à un acte de violence. Une violence qu’il connaît bien et dont il ne veut plus entendre parler. Sous la houlette de La Linda (Tiffany Haddish), une entremetteuse, il sillonne alors les tournois de poker du pays pour constituer une cagnotte afin d’effacer les dettes du jeune homme. Et lui offrir un nouveau départ. Un trio inhabituel se forme et des liens d’amitié vont se nouer.

Une leçon d’écriture élégante par un vétéran qui n’a plus rien à prouver à personne.

Il serait un peu facile de catégoriser immédiatement THE CARD COUNTER comme un énième « film de scénariste » tant il est plus que cela. En dépit d’un script maîtrisé et entouré d’une aura assez rétro, on devine assez vite vers quelle conclusion il s’achemine, parce que nous avons déjà vu beaucoup de ce genre d’histoires, depuis les années 70 justement. Aussi, à première vue, THE CARD COUNTER n’a pas l’intention de révolutionner formellement les codes du genre. Mais Schrader utilise la voix off de son héros pour nous faire partager ses états d’âmes ou ce qu’il écrit dans son journal. Avec parcimonie et contre toute attente, cela fonctionne. Puis le vétéran continue de nous surprendre dans sa mise en scène, avec pudeur et sobriété quand la caméra privilégie le hors champ lorsqu’il est question de basculer dans une violence qui n’a plus rien à nous raconter. Blasé par son passé qu’il souhaiterait oublier, William va tout faire pour s’en détacher car cela ne l’intéresse plus, à l’instar de Paul Schrader. Une violence qu’il couchait à l’époque sur un papier pour que son ami Scorsese ne l’immortalise ensuite avec une caméra, dans des fulgurances dont lui seul avait le secret.

The Card Counter
©Focus Features.

Un nouvel héritier de Taxi Driver ?

Avec son ambiance décontractée et la belle alchimie régnant entre ses trois personnages principaux, THE CARD COUNTER ne cherche pourtant pas à tromper son monde. Nous sommes bel et bien devant un polar, dans lequel Schrader au détour de quelques séquences, n’hésite pas à tirer à boulets rouges sur le système militaire américain et ses zones d’ombres assez effrayantes.

De par sa construction assez classique et linéaire, il peut même s’analyser en un miroir de Taxi Driver. Un Taxi Driver nouvelle génération, commençant là où finit Travis Bickle (la prison). Sauf qu’ici, la love story fonctionne, qu’on ne se déplace pas en taxi et qu’il faudrait remplacer Jodie Foster par Tye Sheridan. Et qu’il faudra faire l’impasse sur l’explosion de violence finale, Schrader optant pour un élégant mouvement de caméra associé à une judicieuse utilisation d’un timelapse pour boucler son dernier acte.

The Card Counter
©Focus Features.

On imagine aisément que THE CARD COUNTER ne va pas jouir d’une belle durée de vie en salles, mais rien que pour la leçon d’écriture déballée par un vétéran qui n’a plus rien à prouver à personne, il mérite le coup d’oeil. Sinon, c’est toujours un plaisir de retrouver Oscar Isaac et l’actrice Tiffany Haddish est une très belle découverte à 42 ans.

Loris Colecchia

Note des lecteurs5 Notes
Titre original : The Card Counter
Réalisateur : Paul Schrader
Scénario : Paul Schrader
Acteurs principaux : Oscar Isaac, Tiffany Haddish, Tye Sheridan, Willem Dafoe
Date de sortie : 29 Décembre 2021
Durée : 1h51min
3.5
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