Note du rédacteur
AQUARIUS
• Sortie : 28 septembre 2016
• Réalisation : Kleber Mendonça Filho
• Acteurs principaux : Sonia Braga, Humberto Carrão, Irandhir Santos
• Durée : 2h20min

AQUARIUS a été présenté en compétition au Festival de Cannes, puis Festival international du film de La Rochelle, qui a lieu du 1er au 10 juillet 2016.

Dona Clara est une femme dont on dit pudiquement qu’elle est dans la fleur de l’âge. Sa famille et ses amis admirent son courage et sa force de caractère. Elle est respectée pour son goût pour la liberté et sa passion pour la musique. Les étagères de son appartement sont remplies de vinyles qui l’ont accompagnée toutes ces années. Grâce aux musiques de Queen ou Gilberto Gil, elle a pu traverser les épreuves de son cancer du sein et de son veuvage. Son appartement dans l’AQUARIUS, résidence d’un autre temps face à la plage de Boa Viagem à Recife, est son refuge, son antre, sa vie.

Photo du film AQUARIUS

Le réalisateur Kleber Mendonça Filho, dont c’est le troisième long-métrage après le remarqué Les bruits de Recife, a fait le choix de ne pas montrer la souffrance de Clara. Il situe l’intrigue après son cancer dans les années 80. Il a posé dans le salon un vieux buffet transmis de génération en génération et qu’on retrouve dans tous les moments de bonheur et de danse vécus par Clara. Sorte de fil rouge, ce buffet en a vu de toutes les couleurs, assistant aux ébats de quelques personnages. Dona Clara est interprétée par l’actrice Sonia Braga, révélée il y a quarante ans dans le rôle titre de Dona Flor et ses deux maris.

Clara a survécu et puise désormais sa force dans le calme salvateur de son appartement. Sa vie est rythmée par les baignades dans l’océan, les visites de sa famille et de ses amis. Elle égrène les souvenirs et se rappelle de son corps qui connaissait les plaisirs de la chair. Car AQUARIUS est un film magnifique sur la féminité. C’est une ode à la liberté, à la vie, à la solidarité féminine. C’est un hymne au rapport décomplexé du corps à la danse et à la sexualité. Le réalisateur pose un regard lucide sur le désir encore vif des femmes sexagénaires dont le corps est mutilé. Voir rigoler comme des adolescentes les fidèles amies de Dona Clara est un beau pied de nez à tous ceux qui pensent que cette partie de la vie est finie pour les seniors. Plein d’humanité et de bienveillance, AQUARIUS réconcilie sans tabou l’idée de la sexualité avec la vieillesse.

”Aquarius est une magnifique ode à la vie, à la liberté, à la féminité, au rapport décomplexé du corps à la danse et à la sexualité.”

Issu de la bourgeoisie de Recife, le personnage de Dona Clara est défini par le réalisateur par sa prestance, son éducation et une classe naturelle. Si le film évoque la culture joyeuse du Brésil, il aborde aussi l’évolution de sa société et la difficulté à maintenir un rapport humain sain dès qu’il est question d’argent. Aussi quand le projet immobilier d’un nouvel Aquarius incite tous les locataires à partir, Clara ne peut que résister comme elle l’a toujours fait. Sa patience sera mise à dure épreuve dans cet immeuble fantôme. Tel David affrontant Goliath, elle va mobiliser son énergie et se lancer dans un combat contre le jeune loup Diego Bonfim incarné par Humberto Carrão. Sympathique au début, il dévoile peu à peu ses dents et son jeu sans honte.

Les multiples tentatives d’intimidation et de harcèlement vont crescendo pour faire plier Clara et la forcer à partir. Le film prend son temps et laisse au spectateur le temps de mieux connaître cette femme, ses qualités comme ses défauts. Ce qui est poignant dans AQUARIUS c’est la capacité de résistance et de ressources dont fait preuve cette survivante. Après les arguments rhétoriques exigés entre personnes civilisées, elle sera contrainte d’employer, elle aussi, des armes à la hauteur de l’agression. Avec un sens indéniable de l’effet dramatique, le réalisateur offre à AQUARIUS un final fort et à la hauteur de notre empathie pour Clara. Preuve, s’il en était encore besoin, de la magie du cinéma, AQUARIUS donne au spectateur une belle leçon de vie et de courage. Par son image lumineuse, il transmet une joie de vivre, incarnée par une femme forte et attachante.

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] AQUARIUS

de Sylvie-Noëlle Temps de lecture : 3 min
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