Dans AMI-AMI, son premier long métrage, Victor Saint-Macary dresse un portrait joyeux mais sans concession de la jeunesse d’aujourd’hui et aborde les limites acceptables entre le territoire de l’amitié et celui de l’amour.

Mieux vaut ne pas se fier à l’affiche de AMI-AMI, un peu plus simpliste que le propos du film, même si elle indique expressément qu’il s’agit d’une comédie romantique. Soit un garçon Vincent (William Lebghil) et une fille Néfélie (Margot Bancilhon). A les voir si différents, on se demande bien pourquoi ils sont meilleurs amis et ont décidé de vivre en colocation, décidément à la mode puisque l’actrice était déja colocataire dans Five. Vincent et Néfélie partagent le plaisir de vivre ensemble sans contraintes ni sexe, mais surtout le fait de s’être fait largués. Ils se sont d’ailleurs juré de ne plus jamais tomber amoureux. Comme si cela était possible à 25 ans, cet âge entre deux, plus tout à fait un adolescent et pas encore un adulte responsable. Un abîme anxiogène générationnel et un vide dans l’existence qu’on oublie dans la fête, la danse, l’alcool, parfois la drogue et les conneries. Le réalisateur Victor Saint-Macary (coscénariste de Le Brio), qu’on a rencontré à Bordeaux avec l’équipe du film, a voulu faire “un film avec des personnages de 25 ans, assez peu traités au cinéma”.Photo AMI-AMILe réalisateur s’est d’ailleurs inspiré de sa propre expérience de colocation avec sa meilleure amie plutôt jolie, dont aucun de ses potes ne voulait croire qu’ils ne couchaient pas ensemble. Le titre originel de AMI-AMI était même “Vous avez jamais couché ensemble”. Il n’a pas voulu confirmer jusqu’à quel point la réalité avait inspiré sa fiction, mais on sait bien que les clichés ont la vie dure. Le réalisateur a pourtant voulu faire mentir Harry rencontre Sally et montré qu’en 2017, le couple amical pouvait exister et “le traiter tout comme le couple amoureux: dans ses jalousies, son exclusivisme et son rapport passionnel”.

Pour avoir été longtemps de l’autre côté de la barrière cinématographique -au développement et à la lecture de scénarios- Victor Saint-Macary connaît bien les codes du genre de la comédie romantique. Il sait que “tout l’enjeu des scènes, c’est de tordre et de faire des contre-pieds”. Le réalisateur a donc eu la bonne idée d’inverser les rôles habituels, ce qui donne lieu à des moments assez drôles. Vincent est plutôt réservé, romantique et délicat. C’est un gentil garçon qui ne sait pas dire non. Il se laisse mener par le bout du nez par les femmes de son entourage. Sa mère Elena (Béatrice de Staël) qui le met mal à l’aise avec son impudeur, Néfélie et sa petite amie Julie (Camille Razat). Empathique, attentif, il ne veut pas les heurter. Sa vulnérabilité et sa naïveté sont même touchantes.

“La colocation entre ce garçon qui ne sait pas dire non et cette fille qui surinvestit la relation amicale n’est pas de tout repos!”

Il ressemble en cela à son père Henry, (interprété par le propre père du réalisateur, Hubert Saint-Macary), qui semble avoir accepté la séparation décidée par son épouse, qui a refait sa vie avec Christophe (Christophe Odent, le propre beau-père du réalisateur!). Si Victor Saint-Macary, “très à l’aise dans les choses personnelles et sincères” a si bien su mettre en valeur la sensibilité de son personnage masculin, c’est que Vincent… c’est lui! William Lebghil, qu’on voit souvent depuis la série Soda interpréter des gars gentils un peu lunaires (sauf dans  Cherchez la femme), a d’ailleurs adoré jouer l’alter ego du réalisateur et “pour la première fois le biopic d’un gars qu’il côtoyait tous les jours”. Il portait même ses pompes sur le tournage. Un mimétisme qui a bluffé la propre famille du réalisateur, déjà très impliquée dans le tournage.

A l’opposé, Néfélie est extravertie, bruyante, désinhibée et assez cash dans ses rapports humains. A dire vrai, cette exploitation du filon de la fille caractérielle se révèle fatigante à la longue, même si on comprend bien que c’est un genre qu’elle se donne. Pour Margot Bancilhon, c’était une chance de pouvoir interpréter, loin des archétypes habituels, un personnage qui “surinvestit la relation amicale et porte un masque pour ne pas montrer sa vulnérabilité ou sa peur de la solitude”. Quant à Camille Rafat, dont c’est le premier grand rôle, elle a apprécié que Julie ne soit pas “si lisse, patiente, discrète ou si douce qu’il n’y paraît, mais connaisse aussi son moment de folie”.Photo de AMI-AMIAutant pour préserver son amie que pour ne pas blesser sa copine, Vincent se retrouve assez vite pris à son propre piège des mensonges. Et son enfer est source de franches rigolades. Le film évoque plutôt bien la fameuse dépendance affective, qu’elle soit parentale, amoureuse ou amicale, et les protagonistes -tout comme les spectateurs- recevront évidemment une bonne leçon: intrusion, exclusivité et mensonges sont des dangers pour toute relation. Enfin, comme dans toute bonne comédie qui se respecte, il y a dans les parages du héros un buddy sparring partner, qui lui permet d’exprimer ses ressentis. C’est Jonathan Cohen, qu’on a déjà trop vu dans ce registre (Amour & Turbulences) qui s’y colle en la personne de son collègue Fred.

Bizarrement, le réalisateur n’a pas jugé utile de définir les personnages masculins par le biais de leur travail, qui a l’air plutôt cool en open space avec plein de pauses déjeuner. Alors que les jeunes femmes ont, elles, un travail sérieux: Néfélie est identifiée en avocate (même si ce point là n’est pas très crédible, vu le temps qu’elle passe à faire la teuf) et Julie est étudiante en médecine. Mais tout en dressant habilement un portrait joyeux et sans concession de la jeunesse d’aujourd’hui, AMI-AMI manque parfois de rythme et tourne en rond. Sans dévoiler la fin, on peut toutefois dire que le passage initiatique de l’adolescence à l’âge adulte des personnages ne sera pas de tout repos mais que les cascades, les poneys, le jambon et une chouette bande-son les y aideront!

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] AMI-AMI
Titre original : Ami-Ami
Réalisation : Victor Saint-Macary
Scénario : Victor Saint-Macary, Thomas Cailley, Audrey Diwan, Benjamin Charbit
Acteurs principaux : William Lebghil, Margot Bancilhon, Jonathan Cohen
Date de sortie : 17 janvier 2017
Durée : 1h26 min
3.0Note finale
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