Favelas est l’adaptation du livre Trash (2010) du romancier anglais Andy Mulligan. On y retrouve un duo britannique talentueux avec le réalisateur Stephen Daldry (Billy Elliot) et le scénariste Richard Curtis (Good Morning England, Love Actually, Il était temps). Bien loin de ces comédies romantiques anglaises, Curtis met en place un récit passionnant. De son côté Daldry offre une mise en scène simple qui dévoile l’univers des favelas brésiliennes – les quartiers pauvres à l’habitat précaire – sans jamais tomber dans les clichés. Ensemble ils font de Favelas un joli mélange de drame et d’aventure tout en évitant de tomber dans le mélodrame larmoyant.

Rafael (Rickson Tevez) et Gardo (Eduardo Luis), deux garçons des bidonvilles de Rio, trouvent un portefeuille durant leur tri quotidien d’une décharge. D’abord attirés par l’argent, ils découvrent une série d’objets au sein du portefeuille. Les garçons se rendent compte de l’importance de leur découverte lorsque la police propose une forte récompense contre le portefeuille et son contenu. Avec leur ami Rato (Gabriel Weinstein), les adolescents vont se retrouver au cœur d’une aventure extraordinaire. Bien décidés à découvrir le secret derrière leur butin, ils avancent étape par étape, suivant les indices laissés par José Angelo (Wagner Moura), l’ancien propriétaire de l’objet tant convoité, avec le chef de la police, le terrible Frederico (Selton Mello), à leurs trousses.

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© Universal Pictures International France

Dans le roman, Mulligan situait son histoire dans un pays fictif, inspiré du Brésil, des Philippines, de l’Inde ou de la Malaisie. Les producteurs du film ont opté pour le Brésil. Un univers assez connu du grand public qui a déjà pu voir plusieurs représentations cinématographiques des favelas. Pour autant le film garde un regard particulièrement authentique et naturel de ce monde, notamment grâce à Fernando Meirelles, qui après avoir réalisé l’incroyable Cité de Dieu (2002) officie ici en tant que producteur délégué. Le film évite ainsi toutes dénonciations lourdes de la misère mais expose simplement des conditions de vie à travers le quotidien des trois jeunes garçons. Ils prennent la vie au jour le jour, tentent de s’en sortir et apprécient le peu qu’ils ont. Ainsi l’horreur n’est jamais appuyée. Au contraire elle contraste avec l’attitude très optimiste des garçons, qui lorsqu’ils ont passé une « bonne » journée la finissent en plongeant dans un lac marron, où les déchets flottent en nombre.

Le film apporte même un regard proche du documentaire. Régulièrement les trois garçons interviennent devant une caméra pour évoquer leurs conditions de vie et résumer leurs aventures. Un moyen judicieux, qui parvient à ne pas être artificiel et permet de faire la transition entre deux scènes et de justifier certaines ellipses. Ce sont également les instants émouvants du film. Car les différents témoignages révèlent la réalité tout en gardant le regard des enfants avec leur insouciance et leur résignation. Notamment avec Rato qui décrit sa vie dans les égouts, parle des marques qu’il a sur le corps et de la peur qu’il suscite malgré lui tout en gardant le sourire, haussant les épaules et déclarant que c’est la vie. Les enfants dévoilent ainsi leur caractère, un brin effronté, parfois « sale gosse » mais extrêmement touchants et sympathiques.

”Sans être un film révolutionnaire Favelas offre une aventure aussi prenante qu’attendrissante”

Au-delà de cet aspect émouvant, le film traite avant tout de l’aventure des garçons. Grâce à un montage alternatif intelligent on suit l’avancée de l’intrigue tout en revenant sur le passé pour ainsi dévoiler le mystère autour du portefeuille. En mettant au cœur de cette aventure ce petit groupe de jeunes garçons le film n’est pas sans rappeler les Goonies (1985), de Richard Donner, qui relevait tout de même davantage du comique. Rafael et ses amis deviennent malgré eux la cible de la police corrompue. Ils ne peuvent se fier à personne. La seule aide dont ils bénéficient provient de deux missionnaires américains, le père Julliard (Martin Sheen) et son assistante Olivia (Rooney Mara). Si Julliard se révèle rapidement désabusé et impuissant, la jeune femme apporte quant à elle un soutien maternel aux trois garçons dont on ne voit jamais les parents. Rooney Mara interprète parfaitement cette figure parentale. Elle fait preuve d’une réelle complicité avec les garçons et leur relation est très touchante et sincère à l’image. Son personnage découvre le monde depuis peu. Encore naïve, elle se fait gentiment manipuler par les enfants qui s’amusent à lui jouer des tours. Ces derniers sont également surprenants. Sans avoir jamais eu d’expérience de cinéma, les trois amateurs parviennent à porter à eux seul le film, parfaitement coachés par Christian Duuvoort.

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© Universal Pictures International France

Favelas réussi là un pari osé. D’abord mettre en retrait les « stars hollywoodiennes» Martin Sheen et Rooney Mara pour se focaliser sur trois jeunes Brésiliens inconnus. Ensuite garder l’authenticité du lieu, les quartiers pauvres de Rio et de ses personnages grâce à des dialogues majoritairement en portugais et une mise en scène sobre. On est bien loin du regard facile et réducteur que peuvent porter certaines productions étrangères sur les favelas. Ce décor est intelligemment représenté, à la fois fascinant et horrifiant. Sans être un film révolutionnaire Favelas offre une aventure aussi prenante qu’attendrissante.

CASTING
Titre original : Trash
Réalisation : Stephen Daldry, Christian Duurvoort
Scénario : Richard Curtis
Acteurs principaux : Rickson Tevez, Eduardo Luis, Gabriel Weinstein, Wagner Moura, Rooney Mara, Martin Sheen, Selton Mello
Pays d’origine : Grande-Bretagne
Sortie : 12 Novembre 2014
Durée : 1h54mn
Distributeur : Universal Pictures International France
Synopsis : Lorsque deux garçons des bidonvilles de Rio trouvent un portefeuille au cours de leur inspection quotidienne de la décharge du coin, ils sont loin de se douter que leur vie est sur le point de changer à jamais. Quand la police locale débarque, offrant une belle récompense en échange du portefeuille, Rafael et, Gardo réalisent l’importance de leur découverte. Une aventure extraordinaire commence alors pour nos deux jeunes héros. Flanqués de leur ami Rato, le trio décide de cacher son précieux butin, et d’échapper à la police afin de découvrir quel secret il peut bien contenir. Pour tenter d’y voir plus clair, ils vont recomposer, étape par étape, l’histoire de son propriétaire, José Angelo, discernant peu à peu à qui ils peuvent se fier. Ils vont alors comprendre que la police, et notamment son chef, le redoutable Frederico, sont loin d’être dignes de confiance. Mais un couple de missionnaires américains qui travaille dans leur favela, le très désabusé Père Julliard et sa jeune assistante Olivia, pourra peut-être leur ouvrir de meilleures perspectives.
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