Présenté au dernier Festival de Deauville, KATIE SAYS GOODBYE est un film qui doit beaucoup à son héroïne principale !

Katie est jeune, elle rêve de San Francisco. Mais dans l’immédiat elle doit se débrouiller pour aider sa mère, sans emploi, et économiser. Parce que Katie n’a pas de chance, elle vit au fin fond du sud ouest américain. Là où les touristes ne vont pas, où tout le monde se connaît. Elle ne fait pas de sa condition une faiblesse. Au contraire, ce qui la caractérise c’est son éternel optimisme, son sens de la compréhension.

Premier film du metteur en scène américain Wayne Roberts, KATIE SAYS GOODBYE est porté par la lumineuse présence d’Olivia Cooke. L’actrice révélée au plus grand public pour son rôle dans Ready Player One, a la charge de supporter sur ses maigres épaules la quasi-totalité du projet. Elle rayonne autant qu’elle émeut. Comme un phare au milieu de la tempête, elle est notre point d’attache, infaillible, inflexible. Alors qu’on pouvait un poil redouter, sur le papier, d’être confronté au portrait un peu misérabiliste d’une Amérique reculée, livrée à elle-même,Wayne Roberts fait un film rayonnant. Au milieu de ces étendues désertiques, le visage de son héroïne est le paysage le plus splendide qu’il ait sa disposition. Il l’a bien compris en optant pour une mise en scène où sa caméra mobile vient graviter autour de sa figure centrale, n’hésitant jamais à scruter le plus près possible les émotions qui en découlent – le gros plan est une arme fatale au cinéma !Photo du film KATIE SAYS GOODBYELe scénario ose aborder des sujets extrêmement délicats mais ils sont toujours tempérés par le caractère de Katie, qui fait office de filtre. Autant pour les spectateurs que pour les protagonistes impliqués. Il y est question de prostitution, de mère démissionnaire, de loyers à payer. Et même de viol. Malgré que l’on ait souvent un petit temps d’avance sur les futurs obstacles que va rencontrer Katie (on voit arriver après 20 minutes le drame final, tout comme l’incident avec les mécaniciens), le film remporte l’adhésion parce qu’il n’en profite pas pour l’ériger en souffre-douleur dans ces moments. On ressent à l’image, tout l’amour de Wayne Roberts pour son héroïne. Pour un premier essai, KATIE SAYS GOODBYE fait office de belle carte de visite, maîtrisée sur la forme, ni trop ambitieuse ni dénuée de style.

KATIE SAYS GOODBYE est de la trempe de ces films où la figure centrale est tellement puissante, qu’elle passe devant le scénario. Peu importe ce qu’il peut lui arriver, on la suivrait au bout du monde. C’est ce qui rend ce dernier plan terriblement bouleversant. On pense Katie en bout de course, touchée, quasiment coulée. Elle chute même. Puis elle se relève, reprend la route, sans savoir ce qui l’attend. Et la caméra, fidèle, ne la lâche pas, dans un très beau plan-séquence qui l’accompagne physiquement – le choix du plan unique tombe à point nommé. La détermination de Katie en vient à contaminer l’outil narratif, les deux ne font qu’un. Lorsque le générique survient, on s’imagine alors voguer avec elle, vers des contrées qui relèvent désormais du fantasme. Le vrai film commence là. On reconnaît le talent d’un réalisateur à sa capacité de nous procurer des petites décharges émotionnelles de la sorte, à laisser une petite trace indélébile dans un coin de notre imaginaire. Wayne Roberts vient de le faire, sans crier gare.

Maxime Bedini

Votre avis ?

KATIE SAYS GOODBYE, naissance d'un réalisateur prometteur - Critique
Titre original : Katie Says Goodbye
Réalisation : Wayne Roberts
Scénario : Wayne Roberts
Acteurs principaux : Olivia Cooke, Christopher Abbott, Mireille Enos
Date de sortie : 18 avril 2018
Durée : 1h28min
3.5Note finale
Avis des lecteurs 0 Avis