Après Made in France, Nicolas Boukhrief s’offre une pause douceur en adaptant “Léon Morin, prêtre”, le livre de Beatrix Beck.

LA CONFESSION est l’adaptation libre du roman de « Léon Morin, prêtre » de Beatrix Beck… déjà adapté au cinéma en 1961 par Jean-Pierre Melville avec Jean-Paul Belmondo et Emmanuelle Riva. Le réalisateur Nicolas Boukhrief, rencontré lors de la présentation du film à Bordeaux, jure que son propos n’est pas de se mesurer à son illustre prédécesseur, dont il n’a découvert l’œuvre que très tardivement. Soit, on n’y fera pas référence. Touché par la puissance et la richesse de l’écriture, il a plutôt tenté de reproduire « l’émotion ressentie devant cette histoire d’amour sur fonds de spiritualité, qui avait tous les paramètres pour faire un magnifique mélodrame ».

La confession

LA CONFESSION plonge le spectateur dans cette période sombre de l’Occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale, décidément source inépuisable d’inspiration (Un sac de billes, Le voyage de Fanny ou Les enfants de la chance). Mais là où d’autres réalisateurs filment avec vacarme la guerre, le bruit, les explosions, les rues remplies de monde, les cris et les larmes, tels Christian Carion dans En Mai fais ce qu’il te plaît ou Radu Mihaileanu dans L’Histoire de l’amour, Nicolas Boukhrief préfère ne pas mettre en exergue « le quotidien visuel permanent et l’angoisse sonore habituelles, mais plutôt les rues désertes et les chuchotements ».

Et il réussit assez bien à capter l’angoisse sourde et incertaine de cette ambiance si particulière, avec des villageois qui doivent vivre aux côtés de l’armée allemande et respecter le couvre-feu. Le pire peut arriver dans la seconde qui suit et, tel un petit poucet, le réalisateur sème ses cailloux. Il dissémine des indices permettant au spectateur d’appréhender, au loin, le hors champs de la guerre. Ainsi les lettres de dénonciation, les réfugiés juifs que certains décident d’aider quand d’autres vont les dénoncer, les actions des résistants ou la fusillade de représailles. Il aide le spectateur à ne pas se disperser et à rester concentré sur la relation un peu particulière entre Barny dite la Rouge (Marine Vacth) et le nouveau prêtre Léon (Romain Duris).

[bctt tweet=”La Confession : confrontation d’un autre temps entre foi et parti communiste” username=”LeBlogDuCinema”]

L’adaptation de la population à l’occupation est pourtant montrée de façon un peu trop manichéenne, notamment dans le groupe de femmes qui travaillent à la Poste. Il y a d’un côté celles qui se débrouillent, profitent de la situation et assument parfaitement la collaboration, comme Christine (Anne Le Ny) et Marion (Solène Rigot). Ces femmes sont d’ailleurs les personnages qui apportent le plus de vitalité et de féminité au film, entraînant le groupe vers le prêtre, dont elles se sont un peu toutes amourachées. Et de l’autre côté, les femmes qui sont, comme Barny, communistes, résistantes et solidaires entre elles.

LA CONFESSION relate donc la rencontre entre ces deux personnages, héros chacun à leur manière. Ils vont se renifler, s’affronter, se confronter en ardents défenseurs de leurs idées opposées. Bien sûr, au départ, Barny veut juste défier le prêtre et mettre en défaut ses collègues. C’est une bataille qui s’engage entre les deux, un défi hautement intellectuel et spirituel. Qui du Parti Communiste ou de Dieu aura raison de l’un ou de l’autre ? Qui fera douter le plus ? Pourtant, même si on en sait plus aujourd’hui sur les méfaits du Parti Communiste et le jeu trouble parfois joué par les hommes d’église durant cette période, le spectateur lambda, ni croyant, ni communiste, risque de se sentir assez peu concerné par ce débat d’un autre temps.

La confession

D’autant que, plus qu’un film sur la croyance et la foi, il s’agit d’un film sur le pouvoir de conviction. Barny cède devant l’éloquence et la rhétorique de l’homme de Dieu, face à son pouvoir de persuasion. Avec un prosélytisme indéniable, il la guide dans ses lectures, l’oriente dans sa réflexion, lui assène que Dieu la sauvera de sa mélancolie. Il utilise l’attrait qu’elle éprouve envers lui pour lui faire changer d’avis. Elle lâche prise peu à peu, et ses à priori tombent. On ne peut s’empêcher de voir un point commun avec Made in France, le dernier film de Nicolas Boukhrief, autrement plus extrême et violent : la façon dont chacun vit son rapport à la religion et la foi. On sait bien qu’il est difficile, voire impossible, de filmer l’intériorité et l’introspection spirituelles. Aussi l’envie de conversion subite de Barny, vraisemblablement pour de mauvaises raisons, rappelle par son côté assez peu crédible les conversions de Made In France.

Le jeu, tout en sobriété et en tension de Romain Duris parvient à convaincre, même s’il sourit parfois un peu trop, sans doute illuminé par la foi. Si Nicolas Boukhrief a écrit le rôle pour l’acteur, qu’il considère comme un « véritable funambule qui prend des risques en permanence, jamais ridicule dans le personnage», il dit avoir cherché longtemps l’actrice pour le rôle de Barny. Ce qui l’importait surtout, c’était que « le couple formé à l’écran soit harmonieux et génère une certaine énergie ». Il l’est, mais on reste un peu plus dubitatif quant à la prestation de Marine Vatch, évoluant par ailleurs dans un rôle très différent de celui qu’elle interprétait dans Jeune & Jolie de François Ozon. Car la distance et la froideur, sans larmes, que le réalisateur impose à sa Barny un peu trop parfaite, ne parvient pas à déclencher d’empathie. À aucun moment elle ne nous embarque dans ses doutes existentiels, et comme elle, on reste à l’extérieur de ses émotions. À peine comprend-on son tourment en la voyant, les cheveux détachés, troublée au petit matin par ses rêves.

La confession

Par ailleurs, Nicolas Boukhrief dit s’être « refusé à la facilité d’un suspense sexuel et à la trivialité de l’érotisation et de la frustration», dans le rapport entre Barny et Léon. Pourtant, même si l’on tient compte du contexte, on trouve que LA CONFESSION offre une image de la femme assez réductrice, voire misogyne. Il montre ainsi des femmes à ce point en manque d’hommes (au front ou faits prisonniers) qu’elles n’ont d’autre choix que de se tourner, soit vers les soldats allemands dont le corps les émoustille, soit vers le prêtre, dont l’âme les titille! Et, comme de bien entendu, c’est la femme qui abandonne ses propres certitudes et se rallie à celles du prêtre. On regrette donc que le réalisateur, qui dit pourtant souhaiter que les jeunes aillent voir son film, n’ait pas eu la présence d’esprit de proposer une autre alternative que le processus d’attraction traditionnel, et ne se soit pas autorisé à prendre d’autres libertés dans son adaptation du XXIème siècle de l’œuvre, comme d’autres cinéastes l’ont tenté (relire notre article sur les adaptations de roman au cinéma).

LA CONFESSION mêle habilement présent et passé, puisqu’un jeune prêtre vient confesser Barny à la veille de sa mort, permettant ainsi au spectateur de connaître ses pensées et ressentis sur les événements de l’époque. Mais si le procédé narratif de cette histoire d’amour impossible d’un autre temps donne du rythme au film, il ne le sauve hélas pas d’un certain ennui.

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] LA CONFESSION
Titre original : La Confession
Réalisation : Nicolas Boukhrief
Scénario : d’après l’oeuvre de Beatrix Beck
Acteurs principaux : Romain Duris, Marine Vacth
Date de sortie : 8 mars 2017
Durée : 1h56min
2.0Note finale
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[CRITIQUE] LA CONFESSION

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