À lire également, notre interview de l’équipe du film.

Nous avions vu PARIS-WILLOUBY en avant-première alors qu’il faisait partie des films en compétition au Festival du Film Francophone d’Angoulême en août dernier. Tant de bien avait été dit à propos du premier long-métrage réalisé par les deux jeunes réalisateurs Bordelais :  et . Amis dans la vie, acteurs de formation, ils ont déjà commis deux courts ensemble. Autant vous dire que ce premier film a le défaut de ses qualités. Malgré plein de bonnes intentions, à propos desquelles ils se sont exprimés lors de leur récent passage à Bordeaux (voir notre interview), le film ne tient finalement pas ses promesses.

Les deux compères disent avoir voulu réaliser une comédie sensible à propos d’une famille recomposée qui part en voiture aux funérailles du père de l’héroïne Claire () et de son frère Marc (). Le problème dans ce scénario, c’est qu’il est comme le conducteur d’une voiture qui connaît le but final de la destination mais qui, avant d’y parvenir, va prendre de multiples chemins de traverses. Comme si les scénaristes avaient voulu ratisser large parmi les préoccupations actuelles du public afin de s’assurer qu’il trouvera bien matière à se satisfaire. Ainsi, le rapport aux nouvelles technologies, le deuil d’un parent et les comptes familiaux à régler qui s’en suivent sont souvent un point de départ scénaristique au cinéma. On se rappelle Isabelle Carré qui devait aller enterrer sa mère dans le récent 21 Nuits avec Pattie des Frères Larrieu, ou de Mathieu Amalric qui revenait sur les lieux de son enfance et faisait la paix avec le souvenir de son père décédé dans Belles-Familles de Jean-Paul Rappeneau. 

Quant aux personnages de la famille Lacourt-Guilby, les réalisateurs-scénaristes les ont trop stéréotypés. Présentée comme la chef de tribu, Claire – la mère d’Alexandre (Solal Forte) et également belle-mère de Lucie (), la fille de son mari Maurice ()  est le joyeux mélange de ce que sont (peut-être) les femmes d’aujourd’hui et leur façon de se comporter en famille. Contrairement aux hommes, son propre rapport à sa vie professionnelle ne sera pas mentionné, elle a bien assez à faire avec sa famille !
Marc, le fameux frangin, est un écrivain raté qui glande, porte des jugements sur ses hôtes qui ont l’amabilité de le loger, et ne s’investit pas dans sa relation amoureuse parce qu’il a un gros truc qu’il n’a pas digéré avec son père décédé. Tandis que Maurice, lui, n’a que des problèmes liés à ses relations avec son ex-femme, sa fille, sa femme et son boulot. Ce travail, qui va d’ailleurs le préoccuper (sujet très ennuyeux) tout le long du film avec l’angoisse de ne pas parler à sa femme du fait qu’il pourrait être muté, quelle horreur, en Province !
L’adolescente fait sa crise d’adolescence, quand l’adolescent fait sa crise végétarienne militante. Ha oui, nous allions oublier le principal ingrédient de la famille recomposée : la fille en commun de Claire et Maurice, Prune (Aminthe Audiard) que les réalisateurs ont rendue la plus maligne de PARIS-WILLOUBY .

« PARIS-WILLOUBY est un road movie familial plein de bonnes intentions, qui ne tient pas ses promesses et nous reste sur notre faim : trop de clichés et de personnages stéréotypés. »

Ce voyage initiatique les mènera donc de Paris à Willouby, ville improbable, au cours duquel nous aurons droit à tous ces clichés décalés des bobos parigots qui découvrent la Province par le biais d’hôtels et de restaurants miteux avec du personnel glauque et une bouffe dégueulasse. Mais ouf, tout ira finalement pour le mieux dans le meilleur des mondes et ce voyage en commun les aidera à régler tous leurs problèmes, à exprimer des non-dits et à révéler des chagrins enfouis mais qui remontent avec le deuil. Ils vont se rendre compte qu’ils s’aiment tous et de bien des manières. Sans dévoiler l’intrigue amoureuse qui se noue dans le film, nous dirons juste que cette cerise sur le gâteau est selon nous une maladresse scénaristique inutile et laissant une impression de too much et de malaise.
Malgré la palette de bons acteurs dont on connaît d’ordinaire le potentiel comique (Alex Lutz et Stéphane De Groodt), nous ne saurions vous dire exactement pour quelles raisons la mayonnaise ne prend pas. Sans doute est-ce dû à une mise en scène assez pataude dont les acteurs aux rôles presque théâtraux se dépatouillent comme ils peuvent. Ou peut-être parce que nous attendions plus de situations et de dialogues comiques de leur part. A retenir néanmoins la présence au casting de  Philippe Vieux, dont l’apparition pourtant rapide est toujours aussi réjouissante.

Photo du film PARIS-WILLOUBY

© Mars Distribution

Oscillant à gros sabots entre drame et comédie et nous arrachant parfois un sourire, ce road movie lorgne de façon assumée vers Little Miss Sunshine, mais en moins inspiré et moins émouvant. On est loin de deux autres voyages initiatiques récemment traités au cinéma qui ont titillé nos émotions : La vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc (dont la co-scénariste Baya Kashmi a d’ailleurs contribué un temps à l’écriture du scénario des deux jeunes réalisateurs) ou Comme un avion  de Bruno Podalydès.
La petite lueur finale de la découverte par la famille de la dernière demeure du père, joliment filmée est un moment émouvant qui nous donne à voir ce que le film aurait pu être s’il avait été de la même trempe tout du long. Le prochain, peut-être ?

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

LES AUTRES SORTIES DU 20 JANVIER 2016
Legend, Made in France,The Danish Girl, Les Chevaliers blancs, Miss You Already, Paris Willouby, etc.
INFORMATIONS

Affiche du film PARIS-WILLOUBY

+ CRITIQUE
+ INTERVIEW DE L’ÉQUIPE DU FILM

Titre original : Paris-Willouby
Réalisation : Quentin Reynaud et Arthur Delaire
• Scénario : Quentin Reynaud et Arthur Delaire
• Acteurs principaux : Stéphane de Groodt, Isabelle Carré, Alex Lutz, Joséphine Japy
• Pays d’origine : France
• Sortie : 20 janvier 2016
• Durée : 1h23min
• Distributeur : Mars Distribution
• Synopsis : Claire et Maurice doivent emmener toute la famille aux funérailles du père de Claire. Dans cette famille recomposée il y a Léo, le fils de Claire, qui est secrètement amoureux de Lucie, la fille de Maurice, une adolescente rebelle, mais aussi du frère de Claire, un poète qui vit aux crochets de sa sœur ; sans oublier la jeune Prune, la fille de Claire et Maurice, qui va développer une passion pour les vaches du pays. Ils doivent tous faire un effort pour se supporter durant le road trip jusqu’à Willouby.

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