On ne présente plus Dany Boon. Par contre, on peut présenter Fred Cavayé, réalisateur de RADIN !, plus habitué aux drames et aux courses poursuites (Mea Culpa, A bout portant) qu’à la comédie. C’est sa première, et elle est plutôt réussie !

Il faut dire qu’il s’est bien entouré : sur une idée de Olivier Dazat (co-scénariste de Podium), il a co-scénarisé RADIN ! avec Nicolas Cuche et Laurent Turner qui avaient déjà travaillé ensemble sur La chance de ma vie et Prêt à tout.

On craignait que Dany Boon (François) en fasse des tonnes, à l’image de ses réalisations Bienvenue chez les Ch’tis, Rien à déclarer ou Supercondriaque. Mais étonnamment, son jeu d’acteur est tout en retenue et juste, et le réalisateur lui offre un rôle émouvant et tendre, plus abouti que ceux auxquels il s’est récemment frotté dans Lolo de Julie Delpy ou Ils sont partout de Yvan AttalRADIN ! ne se contente pas en effet d’être un ramassis de clichés sur les pinces et les pingres.

Photo du film RADIN !

© Mars Films

Bien sûr, on voit François compter le moindre centime d’euro, manger des aliments avariés, vivre sans lumière, profiter de toutes les occasions et promotions en cours et se faire prêter ses vêtements de concertiste violoniste. Tout lui est prétexte à ne pas dépenser d’argent et faire toujours plus d’économies. Il considère d’ailleurs son gentil banquier (Nicolas Lumbreras) comme son psy, c’est dire son absence de vie sociale. Mais ce qui est intéressant dans le film, c’est que tout se passe du point de vue du personnage principal. Le réalisateur a un regard bienveillant sur cet homme, qui, au fond, est victime de l’histoire parentale qu’il passe sa vie à réparer. On est en empathie avec François, qui ne pense pas à mal, mais qui agit par habitude, par besoin vital, sans se soucier des opinions d’autrui. Il est conscient de la façon dont certains le jugent, mais s’en accommode, développant une stratégie d’évitement assez drôle.

“Radin ! est un feel good movie émouvant et tendre, qui questionne habilement sur notre rapport aux autres et à l’argent, la parentalité et la transmission familiale.”

Grâce à un arc narratif certes un peu facile, l’entrée parallèle de deux femmes dans la vie plan-plan de François, va tout remettre en question. La première, c’est sa fille Laura (Noémie Schmidt) dont il ignorait l’existence et à qui sa mère a fait gober des histoires pour cacher cette pingrerie maladive. Les malentendus liés aux mensonges de la mère sont sources de situations comiques et de réactions assez savoureuses de la part de l’entourage de François. L’autre femme, c’est la timide et bafouillante Valérie, concertiste elle aussi, en admiration devant François. On aime le jeu doux-dingue sur le point de dégoupiller de Laurence Arné (Workinggirls, Bowling), qui apporte beaucoup au personnage. Car RADIN ! est un film qui traite habilement de l’imposture et du mensonge, ainsi que de l’inconfort nés de l’évolution du regard que les autres portent sur soi. Il aborde aussi avec subtilité l’honnêteté vis-à-vis des autres, mais aussi vis-à-vis de soi-même et évoque ce que la gêne situationnelle pousse à faire avouer et à changer.

RADIN ! fait réfléchir sur la confiance, l’amour, l’intelligence des relations humaines qui incitent à l’amélioration de soi et la reconnexion aux émotions. Cette générosité de cœur est le côté un peu too much du film, avec un pic dramatique inattendu qu’on ne dévoilera pas. L’humour du film naît aussi dans un nombre de scènes en référence à certains films cultes, qu’on aurait aimé voir plus nombreuses : Shining, Le Grand Blond avec une chaussure noire, Bean, entre autres. On passe un bon moment avec RADIN ! car c’est un feel good movie émouvant et tendre, qui questionne habilement sur notre rapport aux autres et à l’argent, la parentalité et la transmission familiale.

Sylvie-Noëlle
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