Amis cinéphiles, je viens d’assister à une scène des plus improbables : David Hasselhoff aux commandes d’une navette spatiale, dialoguer avec Bruno Salomone ! C’est là tout l’intérêt des productions de The Asylum depuis que leurs mockbusters (blockbusters low-cost) sont entrés dans une phase adolescente et rebelle, de l’auto-dérision et de la surenchère dans le fun décomplexé. Il y a dans cette posture, qu’adopte avec un rien d’opportunisme SHARKNADO 3, quelque chose de post-moderne. En héritier de la tradition grindhouse – chère à Tarantino et Robert Rodriguez – et du tout aussi jubilatoire Piranha 3D d’Alexandra Aja, qui rendait hommage aux plaisirs coupables du cinéma d’exploitation, tout en accentuant ses éléments les plus potaches et les plus absurdes.

La saga Sharknado semble être l’étendard d’une offensive cinématographique qui devait bien avoir lieu un jour où l’autre : la revanche des nanars, membres marginaux de la grande famille du cinéma, dont on adore se moquer mais dont on a trop honte pour les inviter aux cérémonies et aux rétrospectives officielles. Ce troisième opus fait la seule chose qu’il pouvait faire étant donné le concept d’origine joyeusement débile. A savoir surenchérir dans le n’importe quoi comme un artiste fou qui compose une œuvre, davantage par accident que par réflexion, en se disant que, peut-être, on sait jamais, sur un malentendu, ça passera pour un délire avant-gardiste digne d’un poète surréaliste. Même si le résultat ressemble plus au rêve que ferait un adolescent accro aux comics et aux jeux vidéos après trois jours d’insomnie, la poésie surréaliste trouve tout de même une forme inattendue dans le parti-pris jusqu’au-boutiste du projet. Hasselhoff et Salomone dans le même film, si ça ce n’est pas surréaliste !

Photo du film SHARKNADO 3

© Syfy

Non, il n’y a pas sourciller, SHARKNADO troisième du nom remplit son contrat avec zèle et bonne volonté. En tout cas pour ce qui concerne le fun décomplexé, et c’est bien là ce qu’on attend en priorité. En se cantonnant à une heure vingt d’action, le film enchaîne les idées tordues où les coups de tronçonneuse laser succèdent aux plans sur les décolletés des actrices, sans s’égarer trop longtemps dans une intrigue ou des sous-intrigues, conscient qu’elles ne sont que des prétextes à ce roller coaster filmique. Mais même s’il commence par un morceau de bravoure où sont dynamités tous les symboles patriotiques (du buste de George Washington au mémorial d’Iwo Jima), le traitement loufoque souffre bien vite des incohérences qu’il a lui-même engendré.

« SHARKNADO 3 fait la seule chose qu’il pouvait faire : surenchérir dans le n’importe quoi. »

En effet, la réalisation d’Anthony C. Ferrante semble en permanence tiraillée entre le besoin d’épique et de grandiloquence qu’exige le genre du film catastrophe, et la distance nécessaire pour assumer les idées délirantes des scènes d’action. Que ce soit dans les dialogues manquants cruellement d’ironie, ou dans l’interprétation des acteurs très « premier degré »(quel dommage de gâcher un tel potentiel de cabotinage), on a constamment l’impression que le réalisateur se dit : « faut pas se prendre au sérieux…mais faut faire les choses sérieusement…mais faut pas se montrer trop cynique aux yeux des spectateurs…mais quand même un peu. » Cruel dilemme que ne se poserait pas un véritable nanar, moins conscient de son grotesque et moins propre sur lui. Pour vous donner un bon exemple du problème, sans spoiler les éléments croustillants, la blondissime Bo Derek joue ici le rôle de la belle-mère du héros. Oui mais une belle-mère de film catastrophe lambda, sans rien de truculent dans son écriture, comme si Asylum l’avait emprunté à Roland Emmerich ou à un téléfilm de Disney Channel, tandis qu’on est ici clairement dans un film « over the top ».

Heureusement que le spectacle est court, car s’il s’appesantissait sur ses incohérences stylistiques, il perdrait de son mordant – ce qui n’empêche pas pour autant le spectateur de rester sur sa fin. Si la facture modeste de la production participe au plaisir coupable des Sharknado, on regrette l’absence d’une personnalité forte derrière la caméra pour apporter autant de vice que de vertu aux effets spéciaux foireux. Si le projet était placé entre les mains d’un petit maître de la série B, un nouveau Sam Raimi ou un Peter Jackson en devenir par exemple, ou même d’artisans ayant une pâte identifiable comme Nerverdine/Taylor ou Ruben Fleischer, le concept paraîtrait alors abouti, et la saga mériterait de devenir culte.

Arkham

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

INFORMATIONS

Affiche du film SHARKNADO 3


Titre original : Sharknado 3, Oh hell no !
Réalisation : Anthony C. Ferrante
Scénario : Thunder Levin
Acteurs principaux : Ian Ziering, Cassie Scerbo et Tara Reid
Pays d’origine : USA
Sortie DVD : 3 février 2016 en DVD, Blu-ray et VOD
Editeur : Zylo Distribution
Synopsis : Fin et April passent leurs vacances d’été en Floride. Pas de chance ! Cet état, habituellement ensoleillé, est détrempé par la pluie. Mais il y a pire : un Sharknado s’annonce… C’est toute la côte Est, d’Orlando à Washington, qui cette fois-ci sert de garde-manger aux requins volants. Fin et April vont devoir, une fois de plus, sortir le grand jeu…
Nombre de disque(s) : 1
Format image : Format 16/9 compatible 4/3, Format cinéma respecté 1.78, Format DVD-9, Film en Couleurs
Format son : Anglais Dolby Digital 5.1, Français Dolby Digital 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 1h23min
Compléments : Making off / Bêtisier / Scènes coupées / Effets spéciaux / Fin alternative / Documentaire sur le saga

BANDE-ANNONCE