continue d’explorer ses capacités et ses multiples inspirations dans TOM A LA FERME son 4e long métrage présentée à la 70e Mostra de Venise. Le réalisateur continue sa belle ascension au pays de la conquête des genres, des courants cinématographiques et s’attaque cette fois-ci au style Hitchockien (ambiance Les Oiseaux ou Vertigo), au thriller psychologique frisant le film d’horreur. Et Dolan est sans nul doute une fois de plus largement à la hauteur de son ambition puisqu’il livre avec TOM A LA FERME un exercice de style hautement réussi qui sème le trouble dans notre esprit. Il faut dire que le réalisateur nous déstabilise avec un changement radical d’esthétisme et de thèmes (quoique…). Dolan qui s’essaie à l’expression naturaliste, troque les couleurs chaudes et les effusions du cœurs de ses précédents films pour des images glaciales et crues dans le décor inhospitalier d’une ferme sordide et de ses abattoirs. D’ailleurs il autoproclame ses décors «laids» selon l’exigence du film. En pour cause TOM A LA FERME nous plonge dans les sombres et bas instincts de la nature humaine entre perversion, désir refoulés et mensonges.

Tom est un jeune publicitaire urbain et peroxydé, il se rend à la ferme pour les funérailles de l’homme qu’il aimait. Sur place il réalise que l’homosexualité de son amoureux était inconnu de tous et en premier lieu de sa mère. Le frère du défunt impose à Tom de protéger ce mensonge, une relation étrange naît entre eux, jusqu’où Tom jouera-t-il ce jeu…

Dolan explore le récit noir et naturaliste mais le rend tout aussi esthétique et expressif ; place au mystère et aux bas instincts...

©MK2 Diffusion

On savait que Xavier Dolan était un aficionados de la réalisation « a la manière de », tout en réussissant très brillamment à offrir à ses films un timbre unique, et c’est encore le cas ici. Dès l’ouverture, Dolan nous plonge dans Shining de Stanley Kubrick et restitue quasiment en copier coller le trajet d’une voiture (vu d’un hélicoptère) au milieu de la nature vers un lieu inconnu et déjà inquiétant. Au volant, Tom incarné de nouveau par le jeune réalisateur, nous emmène vers un inconnu qui aura bientôt des allures de « psychose ». Bienvenue dans le pays sordide (et pervers) de la campagne profonde Dolanienne.

Pas de surprise donc pour ce troisième long métrage qui étonne une fois de plus par sa grande maîtrise de la direction artistique et de la mise en scène. Xavier Dolan embrasse, pour ne pas changer, tous les rôles sur le plateau et ne lésine pas sur les moyens pour pour nous mettre mal à l’aise et coller à « l’exigence » esthétique de son film. Plan d’agression nocturne dans l’obscurité quasi totale, bataille dans un champ de blé jaunâtre en pleine brouillard et sang indélébile dans une salle de bains à l’hygiène douteuse, son récit s’engouffre dans un genre très noir qu’on ne lui connaissait pas encore mais qu’évidemment il maîtrise déjà. Et pourtant pour TOM A LA FERME, la virtuosité indécente du réalisateur ne suffit pas, puisque pour la première fois le scénario nous laisse quelque peu sur le bord de la route. Le film est l’adaptation d’une pièce de théâtre éponyme et balaye les sujets chers à Dolan (sexualité, héritage familial, mère) s’inscrivant avec cohérence dans sa filmographie mais cette fois-ci aucune identification générationnelle ou personnelle qui nous cueillait. Dolan se met en scène en jeune homme confus, masochiste et clairement sous influence – on pense même parfois au syndrome de Stockholm puisque son personnage succombe à une attirance sexuelle puissante pour Francis qui le bat à sang et le terrorise – qui ne nous touche jamais. Tom s’avère être un personnage trop énigmatique et inquiétant, se laissant envahir par la perversité et le mensonge ambiant. Le malaise n’est pas gênant puisqu’il vient servir le film, en revanche rien ne nous donnera l’opportunité d’aimer ce personnage que nous regarderont évoluer froidement.

”Épouvante, thriller, récit noir et naturaliste, aucun genre ne semble résister à Xavier DolanTOM A LA FERME est une fois de plus une réussite esthétique et artistique qui dévoile une facette plus obscure du réalisateur.”

Dans TOM A LA FERME tout est question d’attraction-répulsion, désir et morbidité, et si le film bénéficie de réelles envolées cinématographiques – on retrouve ses cadres oppressants très travaillés, la photographie toujours impressionnante de beautés et la bande originale ultra pointue, ce qu’il reste pour autant du film est bien loin de ce qu’on attendait. A l’instar de la froideur de l’étable, le récit reste glacial et prend des allures de démonstration formelle, grandiose certes, mais dont on reste un peu lointain.

Xavier Dolan a cessé de "décadrer" ses personnages mais perpétue sa technique de les confiner dans un coin du cadre , un voie oppressante sans issue.

©MK2 Distribition

Épouvante, thriller, récit noir et naturaliste, aucun genre ne semble résister à Xavier DolanTOM A LA FERME est une fois de plus une réussite esthétique et artistique qui dévoile une facette plus obscure du réalisateur. Dolan l’omniscient, Dolan l’omnipotent, Dolan se balade et maitrise tout ce qu’il touche.

Sarah Benzazon

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

RÉTROSPECTIVE XAVIER DOLAN

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INFORMATIONS
Titre original : Tom à la ferme
Réalisation : Xavier Dolan
Scénario : Xavier Dolan
Acteurs principaux : Xavier Dolan, ,
Pays d’origine : Canada
Sortie : 16 avril 2014
Durée : 1h42
Distributeur : MK2 Distribution
Synopsis : Un jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en soient les conséquences
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