En moins d’une semaine, nous découvrons deux films résolument différents, mais qui souffrent pourtant du même défaut… UNE FAMILLE À LOUER, et While We’re Young de Noah Baumbach : quand un réalisateur ne trouve pas l’équilibre entre l’exposition de ses névroses sur pellicule, et l’utilisation des codes inhérents au cinéma populaire.

C’est ainsi qu’UNE FAMILLE À LOUER apparaît à la fois extrêmement réussi, et immanquablement raté. Touchant lorsqu’il s’agit de nous communiquer un certain mal-être, une certaine inadaptation au monde / une certaine force dans l’adversité, une bonne humeur indéfectible… Mais peu crédible dans sa réutilisation appuyée mais trop sommaire de recettes éculées destinées à émouvoir son spectateur.

Le pitch : Paul-André, la quarantaine, est un homme timide et plutôt introverti. Riche mais seul, il s’ennuie profondément et finit par conclure que ce dont il a besoin, c’est d’une famille ! Violette, quadragénaire pleine de peps, est menacée d’expulsion et a peur de perdre la garde de ses deux enfants. Paul-André propose alors un contrat en tout bien tout honneur pour louer sa famille contre le rachat de ses dettes. Pour le meilleur et pour le pire…

Photo du film UNE FAMILLE A LOUER

On à un léger sentiment de déjà-vu, lorsque Jean-Pierre Améris reprend sans subtilité ces images iconiques probablement issues de ses films préférés. De l’imagerie polardeuse 70’s de la première scène, on passe à la sur-saturation typique de ces comédies situées à L.A.; on pense parfois à ces films avec Julia Roberts, à cause du décolleté d’Efira et d’une ambiance socialo-climatique très « Erin Brockovitch« . Le coté « t’es ma pute mais on se le dit pas » rappelle quant à lui Pretty Woman Quelques scènes paraissent repompées… Sonnent faux.
Paradoxalement, on est régulièrement touchés, émus par d’autres, tant dans la comédie, que dans le drame. Là, fusionnent trois éléments qui FONT le film, le rendent si attachant. Le casting, les dialogues, et la personnalité du réalisateur !

« Malgré ses grosses ficelles de dramédie romantique, Une Famille à Louer est incroyablement sincère et personnel pour son auteur. +++ pour ! »

Du couple principal, si Poelvoorde en introverti-maniaque est un choix judicieux mais peu surprenant, c’est plutôt Virginie Efira que l’on retiendra. Non seulement par son jeu pétillant, mais par la crédibilité qu’elle donne à chaque interaction, simplement par son énergie et sa sincérité. En parallèle, les rôles secondaires (François Morel, Calixte Broisin-Doutaz ou Edith Scob) assurent le supplément d’âme, et réussissent à désamorcer l’aspect pas très subtil de « comédie populaire de gauche » que possède le film.
Un aspect qui se reflète dans la très light peinture sociale esquissée par cette famille, ou dans les dialogues, parfois trop intellectualisés et rigides. Heureusement, l’interprétation rattrape tout cela, et n’en ressort que la finesse d’écriture des auteurs.
Au delà de tout ça, Jean Pierre Améris nous parle de lui à travers l’histoire de Paul André, et de sa rencontre avec sa co-scénariste ; ce cachet vérité sert de liant indicible entre les incohérences et la sincérité du film, donne de la force aux scènes malgré leur lourdeur, dirige les acteurs vers une justesse capable de faire oublier les défauts de crédibilité, de rendre cette famille recomposée petit à petit hyper-palpable.

Au final, malgré ses grosses ficelles de dramédie romantique, UNE FAMILLE À LOUER est incroyablement sincère, et personnel pour son réalisateur. Le casting parvient par la complémentarité, à donner au film un cachet sympathique, de ceux qui font passer un moment oubliable mais globalement agréable.

Georgeslechameau
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