Pour son premier long métrage, MES FRÈRES, Bertrand Guerry invite avec brio le spectateur à partager la vie, la maladie et les secrets d’une fratrie dans le milieu du rock indépendant.

ll se dégage de MES FRÈRES, premier film de Bertrand Guerry, beaucoup d’énergie et d’intensité. On en sort lessivé, presque KO debout. On éprouve le besoin de digérer et de laisser décanter un peu cette matière émotionnelle presque trop foisonnante et les multiples sujets abordés. La façon dont ces émotions envahissent justement les personnages fait aussi l’originalité de MES FRÈRES, car elles sont véhiculées par d’autres modes d’expression que la parole. Et il est fascinant de se rendre compte que les messages des personnages sont aussi forts que s’ils s’exprimaient avec le langage. Il y a en effet de nombreux silences, des regards qui en disent long, la violence de certains gestes, la danse ou les lieux dans lesquels les personnages évoluent. Et il y a surtout la musique, personnage à part entière du film, qui continue à rassembler les deux frères Rocco (David Arribe), Eddy (Thomas Guerry) et leur sœur Emma (Sophie Davout, par ailleurs scénariste). Un peu comme si MES FRÈRES avait été conçu comme un magnifique écrin pour sa très enthousiasmante bande son, qui alterne entre Talisco Everyone, Manu Chao, Philémon Cimon ou encore Black Lilys Wrong.Photo du film MES FRÈRES L’un des sujets centraux de MES FRÈRES est le handicap de Rocco. Il souffre de la maladie orpheline de la Fibrodysplasie Ossifiante Progressive, plus communément appelée maladie de l’Homme de Pierre. Bertrand Guerry, qui avait déjà réalisé un film de sensibilisation pour aider l’association en charge de récolter des fonds pour la recherche, vient d’ailleurs de recevoir le beau label “Cinéma Équitable” avec MES FRÈRES. Il s’est en effet engagé à reverser 50% des recettes à l’association.

Rocco voit donc son corps sec et nerveux se désagréger petit à petit et s’emmurer dans cette ossification progressive de ses muscles, tendons et ligaments. Le chanteur qui sautait joyeusement, comme le font revivre les flash back, a laissé la place au malade recroquevillé, condamné à vivre en fauteuil roulant. Les vies de son frère et de son fils Simon (Sacha Guerry), telles les dommages collatéraux de la maladie, sont désormais entièrement dédiées à celle de Rocco.

MES FRÈRES est un film lumineux qui célèbre l’amour symbiotique entre deux frères unis par la musique au delà de la maladie

Bertrand Guerry porte heureusement sur Rocco un regard sans pathos ni victimisation, le rendant parfois même antipathique. Il fait très bien partager au spectateur les sentiments de Rocco: la frustration, l’abattement, la colère ou le rire du désespoir. Mais il montre aussi qu’il peut y avoir certains avantages pour un malade à savoir qu’il est incurable. Il peut en effet décider à quel moment faire la paix avec ses tourments et sa famille, pardonner, célébrer la vie et enfin, donner de l’amour.

Car, malgré ce que l’on devine des drames secrets et des ressentiments qui lient la fratrie et enveloppent leurs vies, il y a beaucoup d’amour dans MES FRÈRES. Cette impression provient sans doute de la constitution de l’équipe du film qui, mis à part David Arribe, est essentiellement familiale, tout comme l’inspiration du sujet. Et grâce au formidable jeu des acteurs, l’amour sublimé entre les deux frères, l’amour maladroit du père cabossé envers son fils ou l’amour de Eddy pour son neveu sont particulièrement touchants.Photo du film MES FRÈRES Tout ce petit monde vit sur la lumineuse Île d’Yeu, superbement filmée (tout comme l’était la Baie de Somme dans À 2 heures de Paris). On peut voir en ce refuge entouré d’eau une métaphore qui résonne avec l’enfermement du corps de Rocco: la liberté d’une île face à la prison d’un corps. Le corps, fil rouge de MES FRÈRES, est donc au cœur de nombreuses scènes de danse car c’est l’un des modes d’expression de Eddy. Le métier de son interprète, frère du réalisateur, n’y est sans doute pas étranger, puisqu’il est chorégraphe. Car Eddy ne parle plus et son visage muré dans le silence rappelle l’un des personnages traumatisé de Cessez-Le-Feu. Mais quand on fait la rencontre d’un troisième handicapé, Johannes, devenu aveugle, on se dit que ça commence à faire beaucoup de personnages masculins devenus handicapés et habitant sur cette île. Mais Bertrand Guerry ne semblant pas être homme à laisser place au hasard, on verra que toutes les pièces du puzzle s’assembleront délicatement et que la présence de tous les personnages aura un sens.

Car le réalisateur prend par la main le spectateur empathique et le guide vers moult explications. Mais le risque est de ne pas lui laisser suffisamment de liberté d’interprétation et de renforcer cette idée du départ de trop plein et de trop vouloir bien faire, qu’on a parfois tendance à retrouver dans le cadre d’un premier film. Ainsi, certains personnages de MES FRÈRES ne sont pas complètement convaincants dans leur utilité à l’intrigue. Comme Juliette, la copine de Simon et nièce du médecin qui soigne Rocco, et dont on ne voit jamais les parents. Ou le petit garçon que l’on voit tourner autour de Eddy, qui mène sur de fausses pistes. MES FRÈRES se révèle donc un film lumineux qui célèbre l’amour symbiotique entre deux frères unis par la musique au delà de la maladie et qui cueille l’empathie du spectateur avec une belle palette d’émotions.

Sylvie-Noëlle

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MES FRÈRES, l'amour plus fort que la maladie - Critique
Titre original : Mes frères
Réalisation : Bertrand Guerry
Scénario : Sophie Davout
Acteurs principaux : David Arribe, Thomas Guerry, Sophie Davout
Date de sortie : 4 juillet 2018
Durée : 1h44 min
4.0Intense
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Fabienne
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Fabienne

un très beau film qui donne envie de croquer la vie a pleines dents! Une belle interprétation de nouveaux acteurs! Un mystérieux garçon au bandana bleu a qui vous donnerez le rôle qui vous a parlé. Merci a toute l’équipe du film pour ce magnifique moment.

MES FRÈRES, l’amour plus fort que la maladie – Critique

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