Qu’on se le dise : The Nice Guys n’est, pour parler vulgairement, “qu’un” Kiss Kiss Bang Bang bis.

En fait, si l’on excepte son ambiance rétro relativement inédite, et le fait qu’il soit R-Rated (avec des nichons, du sang gore et des fucks, parfois les 3 en même temps), THE NICE GUYS est même un pur film de Shane Black : un excellent buddy movie doublé d’une enquête à tiroirs ne se prenant jamais au sérieux, un film à l’humour ravageur reposant sur l’aura et/ou le contre-emploi de ses acteurs. Un film de genre décomplexé, réussi justement parce qu’il porte la marque de son auteur. Rien de plus.

Mais du coup, c’est aussi sa contrepartie : la surprise n’est plus forcément là. On commence à connaitre les ficelles de l’imprévisibilité made in Black, il y a cette impression de savoir à l’avance ce qui nous fera perdre le fil conducteur ou ce qui – de force et sans subtilité – nous ramènera au cœur du récit. On a l’impression aussi d’avoir vu ce duo mal assorti mille fois dialoguant à coup de punchlines qui claquent… Cela peut certes réjouir, mais aussi lasser. Il y a une routine. Mais n’est-ce pourtant pas exactement pour tout cela qu’on va voir un film de Shane Black ?

Ce feeling d’un cinéma disparu, d’un cinéma qui pouvait encore se permettre des sorties de routes irrévérencieuses, tout en cherchant le plaisir primaire de son spectateur. C’est ce qui nous faisait adorer Iron Man 3, car malgré sa déferlante de scènes d’action génériques, Shane Black s’y amusait avec le matériau initial, le comics (!!!). C’est également ce premier degré dans le second degré qui nous permit d’apprécier au moins l’une des réalisations du nazissime Renny Harlin (Au revoir à jamais). Puis c’est cette science de l’association explosive des contraires pour mettre en exergue antagonismes, situations, dangers, humour, émotions et conditions sociales, qui fit de chaque Arme Fatale, un film important à sa façon.

Photo du film THE NICE GUYS

Si notre création favorite de Black restera Last Action Hero réalisée par John McTiernan, c’est tout autant pour sa mise en scène, sa direction d’acteurs, sa direction artistique… Que pour son génial script ultra-méta et ses dialogues drôles et émouvants. Shane Black, son talent de conteur sans prétention autre que notre divertissement, est dispersé et reconnaissable à travers chaque film.

Hormis le choc culturel wasps / afro-americans, manifestement plus trop d’actualité (puis déjà largement exploité par Shane Black dans Au revoir a jamais,  Le Dernier Samaritain ou les Arme Fatale), THE NICE GUYS est un bon condensé de nombreuses thématiques de l’auteur. Le duo de détective, ou du moins de deux hommes rassemblés par le hasard sur une enquête complexe, est une constante chez lui. Puis Black possède ce talent particulier pour associer les opposés. Le gros et le tout maigre, le vieux et le jeune, le bourru et l’efféminé, le solitaire et le père, l’enfant et l’adulte, les sincères et les manipulateurs, les filles qui se ressemblent, les flingues et les jacuzzi, la justice et le porno… Entre autres. L’enfant-conscience est de retour, la femme-objet aussi. Chez Black, un film porno PEUT être un motif d’enquête (voir la fantastique intro). Chez Black, les blagues souvent drôles, mais parfois à la limite du mauvais goût (“hey dad, want a blowjob ?”). Chez Black, on a la délicatesse de recouvrir le cadavre ensanglanté d’une playmate dénudée. Chez Black, les morts sont de toutes façons, soit stupides, soit imprévues – jamais douces, toujours “jouissives”.

“THE NICE GUYS est un pur film de Shane Black, mais pas vraiment plus.”

Chez Black, et donc dans THE NICE GUYS, il y a aussi cette passion pour les personnages singuliers. D’Amelia, l’ado rebelle qui fait des pornos revendicatifs, aux hippies protestant contre la qualité de l’air, en passant par un gamin obsédé par sa bite, une abeille géante, aux trois tueurs à gage ayant chacun leur degré de psychose, tous ont ce grain de folie névrosée s’opposant ou renforçant une première impression caricaturale. Puis le trio d’acteurs fait des étincelles, par alchimie plutôt que par originalité de jeu d’ailleurs. Ryan Gosling se met en mode décomplexé avec ses petits cris efféminés, Russell Crowe… bah c’est Russell Crowe, et la jeune Angourie Rice la “nouvelle Elle Fanning“, est donc excellente dans ce rôle de gamine plus mature et morale que les grands – comme toujours avec les gosses dans les films de Shane Black.

THE NICE GUYS, c’est donc une stimulante aventure urbaine au rythme discontinu ou les histoires de chacun forment un tout stimulant. Une épopée dans un Los Angeles sale, pollué et clinquant, tout droit sorti des 70’s. C’est fun, c’est génial, ça manque un poil d’originalité si vous êtes coutumiers des scénarios du réalisateur, mais ça vaut quand même sacrément le coup !

Georgeslechameau

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« THE NICE GUYS » : Shane Black Like A Diamond
Réalisation : Shane Black
Scénario : Shane Black, Anthony Bagarozzi
Acteurs principaux : Ryan Gosling, Russell Crowe, Margaret Qualley
Date de sortie : 15 mai 2016
Durée : 1h56min
3.5Note finale
Mise en scène
Casting
Humour
Scénario
Personnages
Alchimie à la Shane Black
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« THE NICE GUYS » : Shane Black Like A Diamond

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