À l’occasion de sa diffusion sur OCS, retour sur l’enivrant Millennium Mambo, une des plus belles oeuvre d’Hou Hsiao Hsien.

Qu’il est bon et doux de pouvoir redécouvrir MILLENNIUM MAMBO, plus de quinze ans après sa sortie. Pour l’auteur de ces lignes, cela fait cependant moins longtemps, mais l’effet est le même. Car MILLENNIUM MAMBO fait partie de ces petits bijoux presque oubliés, qui marquent à jamais l’esprit d’un cinéphile. Longtemps difficile à trouver en DVD (du moins à des prix abordables), et tandis qu’une version Blu-ray serait la bienvenue, c’est en ce moment sur OCS qu’on peut s’y replonger avec plaisir. On n’allait donc pas se faire prier pour revenir sur l’un des chefs d’œuvre de Hou Hsiao-hsien – le dernier en date, The Assassin (2015), est également disponible sur la chaîne.

Millennium Mambo

Après une période autobiographique – Les Garçons de Fengkuei (1983), Un été chez grand-père (1984), Un temps pour vivre, un temps pour mourir (1985), Poussières dans le vent (1986) -, et une trilogie autour de l’histoire de Taïwan – La Cité des douleurs (1989), Le Maître de marionnettes (1993), Good Men, Good Women (1995) -, Hou Hsiao-hsien questionnait au milieu des années 1990 et début 2000 le rapport au temps au travers d’une jeunesse en quête de nouveauté – à l’aube du nouveau millénaire, donc. Cette jeunesse, c’est Shu Qi qui l’incarna, devenant la muse du réalisateur le temps de deux films ; MILLENNIUM MAMBO donc, et Tree Times (2005), qui raconte trois histoires d’amour à trois époques différentes. Ici, l’histoire est celle de Vicky, jeune fille qui aimerait s’échapper de son quotidien et d’un violent petit ami. Elle se réfugie dans les boîtes, l’alcool, la drogue et les clopes, et surtout dans les bras de Jack, chef d’un petit gang qui se montre tendre avec elle.

Millennium Mambo

Dans le fond, l’intrigue importe peu (souvent le cas chez le réalisateur). Ce qui fait la force de MILLENNIUM MAMBO, c’est la manière qu’a Hou Hsiao-hsien de filmer un quotidien désabusé et répétitif, pour symboliser le besoin d’évasion. Celui-ci traduit, entre autres, par la direction de la caméra, dictée par les mouvements improvisés des acteurs. Et ce, dès le premier plan du film. Au ralenti, Vicky marche dans un tunnel, sa chevelure qui valse dans le vent, et se retourne à plusieurs reprises vers la caméra. Ce geste, tout comme la fumée de cigarette qui s’échappe de sa bouche, n’est pas anodin de la part de Hou Hsiao-hsien. Par ces détails, il mêle présent, passé et futur. Le passé, est autant celui vers lequel Vicky se retourne, que représenté par la fumée qui s’envole (la fumée ou les nuages ont par exemple souvent été utilisés à cet effet chez Wong Kar-wai), ou par ce qu’annonce la voix off : « C’était il y a dix ans déjà, en 2001… ». La voix de Vicky, qui parle d’elle à la troisième personne, et annonce ainsi que ce que nous verrons a déjà eu lieu. C’est l’idée même du cinéma et de la photographie, qui capturent et figent dans le temps. Le présent apparaît comme le passé, et le futur comme le présent. Cet entremêlement des temporalités sera ainsi symbolique de ce que ressent Vicky, apathique, mais qui ressent le besoin de s’échapper et d’enfin avancer dans sa vie.

Millennium Mambo

Hou Hsiao-hsien filme avec délicatesse, mélancolie et amour son actrice, sublime et sensuelle. Incarnation d’une jeunesse éphémère (qu’il tente de maintenir en vie de par ses gros plans), un peu paumée, encore naïve et insouciante, qui traîne dans les boîtes, danse et se drogue occasionnellement pour oublier son ennui. D’un regard ou d’un sourire, Vicky envoûte la caméra et le spectateur, tandis qu’Hou Hsiao-hsien la place dans un décor fascinant. Usant de néons, de filtres, d’effets de flou, de ralentis… Le tout, mis en image par son directeur de la photographie attitré, Mark Lee Ping-bin. Une image cotonneuse, semblable à un doux rêve bercé par une musique électro légère et parfaitement adaptée – A Pure Person de Lim Giong, qui revient inlassablement, comme pour envelopper le film. Ainsi, le réalisateur parvient à rendre beau le quotidien le plus creux, où les mêmes gestes se répètent. MILLENNIUM MAMBO pourrait bien durer éternellement, il se conclut néanmoins après deux heures, sur une dernière scène aussi simple que lumineuse, ouverte à un nouveau départ.

Millennium Mambo sera diffusé le dimanche 11 juin à 23h25 sur OCS City et est disponible sur la plateforme de la chaîne.

Pierre Siclier

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MILLENNIUM MAMBO - à voir sur OCS jusqu'au 22/06/17
Titre original : Qian xi man po
Réalisation : Hou Hsiao-hsien
Scénario : Chu T'ien-wen
Acteurs principaux : Shu Qi, Tuan Chun-Hao, Jack Kao
Date de sortie : 31 octobre 2001 (diffusion 11 juin 2017 OCS City)
Durée : 2h59min
5.0Note finale
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