GARÇON CHIFFON, panser ses blessures – Critique

Pour son premier long métrage, GARÇON CHIFFON, en compétition au Festival Francophone d’Angoulême, l’acteur Nicolas Maury entre avec délicatesse et humour dans l’intimité d’un jeune acteur en souffrance. Le film sort en salle le 28 octobre 2020.

Il émane de GARÇON CHIFFON, le premier long métrage de l’acteur Nicolas Maury, beaucoup de poésie, de mélancolie et de tendresse. On connaît l’acteur pour sa prestation dans la série Dix pour cent, et il semble que le personnage hypersensible et lunaire de Jérémie qu’il a créé lui ressemble, au moins dans son rapport au monde. Mais l’attachant Jérémie, interprété par Nicolas Maury lui-même, est à un tournant de sa vie dans laquelle rien ne va plus : sa vie d’acteur, sa vie de fils dont le père est décédé, mais surtout sa vie amoureuse.

Jaloux maladif, il espionne son nouvel amour Albert (Arnaud Valois), le questionne sans cesse et sabote finalement la relation, incapable de lui faire confiance. Le film crée l’empathie et donne à voir un Jérémie déchiré qui souffre et qui a trop d’amour à donner. Un amour dont l’objet de son amour ne sait pas quoi faire, flatté mais étouffé. La scène d’ouverture aux Jaloux Anonymes -une association qui rappelle celle des Émotifs Anonymes de Jean-Pierre Améris– avec Dominique Reymond comme thérapeute du groupe est jubilatoire mais bien trop courte ! Comme on aurait aimé que Jérémie la fréquente plus longtemps !

Quant à sa vie d’acteur, elle semble au point mort. GARÇON CHIFFON montre très bien les bas comme les hauts, les angoisses et les doutes, l’attente du désir d’un réalisateur ou la cuisine personnelle de l’appropriation d’un rôle par un acteur. On sent que le réalisateur, qui a coécrit le film avec Sophie Fillières et Maud Ameline, s’en est donné à cœur joie pour croquer le milieu du cinéma, dans lequel les initiés s’y reconnaîtront sûrement. Ainsi l’agent (Laurent Capelluto) ou les metteurs en scène qui trouvent des excuses à deux balles (Jean-Marc Barr) ou dépassent largement les limites (Laure Calamy dans un monologue d’anthologie). On a là encore quelques regrets de ne pas avoir vu le héros inter-réagir avec des partenaires, même si on pressent que Jérémie n’est jamais meilleur et inspiré que lorsqu’il est seul sur scène.

Alors, face à ce désastre émotionnel, Jérémie prend sous son bras sa jalousie, son chagrin et sa déception pour chercher du réconfort auprès de sa mère Bernadette (Nathalie Baye) et en profiter pour apprendre son texte pour une audition. Leur relation est émouvante: elle le comprend, l’appelle « mon chiffon », l’encourage, le bouscule, l’écoute mais, plus important que tout, ne le juge pas et l’accepte tel qu’il est. Mais revenir dans la maison, devenu un gîte, c’est aussi revenir sur le lieu de son enfance et affronter le passé chargé de souvenirs douloureux du petit garçon moqué par les copains. Lui qui se réfugiait dans la chanson pour oublier la séparation de ses parents.

GARÇON CHIFFON embarque le spectateur dans l’aventure émotionnelle intime d’un être d’exception et oscille subtilement entre rire et désespoir.

Revenir, c’est aussi affronter, avec en toile de fonds les tapisseries qui n’ont pas bougé d’un iota, le présent et la mort de son père six mois plus tôt. En somme, c’est faire le deuil de tout ce qui fait souffrir, c’est avoir enfin l’occasion de tourner la page et aller de l’avant. Et c’est surtout pleurer, libérer les larmes une bonne fois pour toutes. Et même si elles sont nécessaires, on se demande si Nicolas Maury le réalisateur n’a quand même pas un peu trop abusé des scènes de larmes jouées par Nicolas Maury l’acteur.

Mais la rencontre avec Kevin (Théo Christine), le jeune homme de main du gîte, les sœurs d’un couvent proche et un jeune chiot vont permettre au garçon autocentré de mieux se fier à son instinct et de s’extraire enfin de ce qu’il croyait être son atavisme. Grâce à des dialogues bien ciselés et parfois crus, et des situations cocasses bien dépeintes, on rit beaucoup dans GARÇON CHIFFON, mais d’un rire qui étreint aussi le cœur tant il se rapproche d’une forme subtile du désespoir. Et même si le film manque parfois de rythme et possède quelques longueurs, il embarque avec talent le spectateur dans l’aventure émotionnelle intime d’un être d’exception.

Sylvie-Noëlle

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Titre original : Garçon chiffon
Réalisation : Nicolas Maury
Scénario : Nicolas Maury, Sophie Fillières, Maud Ameline
Acteurs principaux : Nicolas Maury, Nathalie Baye, Laure Calamy
Date de sortie : 28 octobre 2020
Durée : 1h50min
3.5
Délicat

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