Alors que les deux grands vainqueurs de ce festival, PARVANA et FUNAN de Denis Do, viennent d’être récompensés sans surprise à la très belle cérémonie de clôture hier soir, retour sur cette dernière journée qui a démarré par un véritable émerveillement : DILILI A PARIS de Michel Ocelot ou les aventures d’une fillette kanake dans le Paris de la Belle époque. Un grand film humaniste !
DILILI A PARIS de Michel Ocelot
Dilili vient de Nouvelle Calédonie et se retrouve à Paris pour figurer dans un village indigène. Une fois libérée de ce « zoo », la fillette, parfaitement éduquée – son institutrice n’était autre que Louise Michel – décide de découvrir Paris avec son nouvel ami Orel, un coursier bienveillant et curieux, qui l’emmène à bord de son triporteur. Mais dans ce Paris merveilleux règne un climat de terreur lié aux disparitions de fillettes. Dilili et son ami Orel se mettent en quête des mystérieux malfaiteurs aidées par les personnes les plus illustres du moment.
Il faut pourtant l’avouer, si l’on retrouve très vite l’univers d’Ocelot, ses dessins chatoyants, le phrasé unique de ses personnages, on peut être un peu déstabilisé au début par son choix d’utiliser des images réelles de Paris comme décor mêlé aux dessins. A la fin de la projection Michel Ocelot s’en explique : impossible pour lui devant ses propres photos d’un Paris si parfait, de penser le reconstituer « avec son pinceau ». Les personnages plongent dans ce décor vivant et nous avec. Et puis de décors dessinés, il n’en manque pas dans le film par ailleurs : les égouts de Paris, les salons de Sarah Bernhardt, les cafés de la Belle époque…. Michel Ocelot n’a rien perdu de son imagination, ni de son sens de la féérie. Il suffit de voir le final époustouflant de beauté et d’émotion pour s’en persuader.
A l’issue de la projection, Michel Ocelot échange avec le public particulièrement ému. « Je l’ai demandé pour vous cette projection ». Pour que chacun d’entre nous continue à se battre pour un monde debout et continue de se rappeler les anciens, illustres ou oubliés, qui ont contribué à rendre le monde meilleur.
TITO ET LES OISEAUX de Gustavo Steinberg, Gabriel Bitar et André Catoto Dias
Le Brésil était cette année à l’honneur au Festival d’Annecy et représenté dans la compétition de longs métrages par ce film collectif TITO ET LES OISEAUX. Une parabole de nos sociétés plutôt réussie.
Tito est un petit garçon ingénieux comme son inventeur de père. Quand une épidémie étrange s’abat sur la terre, Tito décide de sauver le monde en recréant la machine à communiquer avec les oiseaux de son père. Depuis la nuit des temps, les oiseaux « libres et rejetés » ont toujours prévenu les Hommes des grandes catastrophes. Tito souhaite donc en se rapprochant d’eux trouver le moyen d’arrêter cette épidémie de peur. Les gens « attrapent » la peur et développent des symptômes qui finissent par les faire ressembler à des patates. Le passage où un scientifique explique ces symptômes est assez drôle. Les gens auront d’abord les yeux exorbités puis leur os se rétracteront jusqu’à devenir une petite forme ovale. Comment ne pas voir une parabole de nos mondes nourris par la culture de la peur ?
Tito soulève de vraies questions derrière cette animation à la peinture très belle. Les personnages des enfants ont un petit coté club des cinq qui les rend attachants. On regrette néanmoins les faiblesses du scénario parfois incohérent.
Au final TITO ET LES OISEAUX est un film d’animation original tant dans la forme que le fond, accompagné d’une très belle bande son. De quoi nous réconcilier avec l’animation brésilienne après le programme de courts affreux vus jeudi dernier !
Anne Laure Farges
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