Du 5 au 10 décembre, le PARIS INTERNATIONAL FANTASTIC FILM FESTIVAL donnait rendez-vous aux amateurs de cinéma de genre, en tous genres. Retour sur une programmation éclectique à travers cinq films poétiques, drolatiques, caustiques et fantastiques.

On vous en a déjà parlé mais on a décidé d’en remettre une couche. Parce que le PIFFF est un Festival attachant qui ne cesse de grandir. Alors après notre compte-rendu (à lire ici !) qui revenait sur l’ensemble de la programmation, on affine un peu notre propos avec une petite sélection de 5 films qui, selon nous, mérite qu’on s’attarde dessus.

5 FILMS À RETENIR DU PIFFF !

MATAR A DIOS

Réalisé par Caye Casas et Alberto Pinto, avec Eduardo Antuña et Itziar Castro

Un sans-abri s’invite chez une famille pour le réveillon de Noël. La nuit prend une drôle de tournure lorsque l’homme, qui prétend être Dieu, explique à ses hôtes que la fin du monde est proche.

Impossible de ne pas penser à Alex De la Iglesia en découvrant cette comédie noire importée d’Espagne. Le duo barcelonais Caye Casas et Alberto Pinto assume l’influence du réalisateur de Le Jour de la bête, en traitant un argument de conte fantastique par un ton humoristique qui n’épargne aucun travers de la société machiste ibérique. Rompus à l’exercice du court métrage, Casas et Pinto tenaient avec ce principe d’ultimatum existentiel une idée en or pour un format de 15 minutes, dynamique et percutant. En tentant le passage au long métrage, les deux compères n’ont pas totalement consolidé leur scénario pour assurer son rythme et son mordant sur une heure et demie. Néanmoins on ne boudera pas notre plaisir devant la mise en scène baroque et burlesque de MATAR A DIOS riche en courtes focales à la Terry Gilliam, qui prête à croire qu’il existe une école du cinéma de genre spécialement fondée pour les sales gosses.

TRAGEDY GIRLS

Réalisé par Tyler MacIntyre, avec Brianna Hildebrand et Alexandra Shipp

Deux adolescentes fascinées par la mort décident de kidnapper un tueur en série pour qu’il leur enseigne les ficelles du métier. Le début d’une vague de crimes qui va transformer ce duo de lycéennes en véritables stars des réseaux sociaux.

Comme pour Matar a dios, nous avons ici affaire à un cinéma de sales gosses, provenant cette fois-ci des Etats-Unis. Et parmi les figures récurrentes qui hantent le cinéma américain, on ne peut décemment pas passer à côté des petites pétasses qui traversent les couloirs des lycéens en lançant des regards dédaigneux sur le monde qui les entoure. Les TRAGEDY GIRLS imaginées par Tyler MacIntyre sont des spécimens de pestes à la cruauté des plus savoureuses, et leur arme de prédilection est symptomatique d’une génération entière. En effet, outre l’arsenal qui offre des moments de gore jubilatoire aux amateurs du genre, les deux diablesses causent d’autant plus de dégâts autour d’elles en usant des réseaux sociaux avec cynisme. Alors certes la virulence en bonne et due norme peut sembler facile, mais le traitement des personnages permet un flux et un reflux constant sur l’aversion et l’empathie du public pour ces derniers, soit une version exacerbée des émotions ambivalentes qui nous traversent parfois quand nous parcourons les réseaux sociaux.

SILICIAN GHOST STORY

Réalisé par Fabio Grassadonia et Antonio Piazza, avec Julia Jedlikowska et Gaetano Fernandez

Dans un petit village de Silice, le jeune Giuseppe disparaît sans laisser de traces. L’une de ses camarades de classe, Luna, décide de mener sa propre enquête sans se douter que ses recherches vont la plonger dans un univers particulièrement sombre et menaçant.

La Silice comme territoire du fantastique ? Pour habiller cette île méditerranéenne d’une aura mystérieuse, Fabio Grassadonia et Antonio Piazza ont choisi de la traiter comme une terre antédiluvienne reposant sur des couches de terre, de roche et d’humus qui semblent garder la mémoire des siècles passés. Filmant au plus près des textures minérales et végétales, les réalisateurs élaborent un environnement propice à contenir les âmes errantes et à les échos entre les émotions à travers l’espace et le temps. SILICIAN GHOST STORY est une incarnation de la mélancolie, de celle qui ne conçoit de l’espace que l’absence et ne perçoit du temps que le passé. La sensibilité du film vient certainement du fait qu’il est inspiré d’un fait divers douloureux, qui hante encore aujourd’hui La Silice. Si histoire de fantôme il y a, c’est le fantôme de la jeunesse évanouie, évaporée dans un monde qui ne peut supporter son innocence, et qui ne peut donner pour sens à l’amour entre deux enfants, que celui d’un deuil long et douloureux.

REVENGE

Réalisé par Coralie Fargeat, avec Matilda Anna Ingrid Lutz et Kevin Janssens

Laissée pour morte, une jeune femme victime de viol décide de se venger de ses agresseurs en appliquant la maxime “œil pour œil, dent pour dent”.

Jen porte des boucles d’oreilles en forme d’étoiles roses. Elle dit qu’elle veut partir pour Los Angeles pour y être repérée. Repérée dans quel domaine ? Pour quel talent ? Elle-même ne le sait pas vraiment, mais elle ne se connait de toute façon qu’un seul personnage, celui de la bimbo. Alors que se passe-t-il quand on lâche une bimbo dans un désert pour un trip survivaliste des plus hardcore ? Eh bien, on obtient REVENGE, une tuerie signée par la française Coralie Fargeat, entre rape and revenge et survival violent. Le décor impitoyable du désert représente une caisse de résonance hyperbolique pour l’antagonisme entre la bimbo en voie d’émancipation et les trois porcs à visage humain, qui arrive à point nommé pour expurger de manière cathartique notre traumatisme collectif, suite à l’affaire Weinstein et autres immondices de l’année 2017. Quant au surdosage de l’hémoglobine, s’il apparaît de prime abord comme un élément irréaliste, c’est pour mieux se révéler en fin de compte participer d’un parti-pris esthétique radical, où le rouge vient recouvrir les autres couleurs et humeurs de l’écran.

MUTAFUKAZ

Réalisé par Hôjirô Nishimi et Guillaume Renard, avec les voix d’Orelsan et Gringe

Angelino mène une existence morne à Dark Meat City, jusqu’au jour où il est victime d’un accident de scooter provoqué par l’apparition d’une belle inconnue. En proie à de violentes migraines, il est alors persuadé que des créatures extraterrestres envahissent la ville.

Il aura fallu attendre huit ans pour voir l’adaptation de la bande-dessinée MUTAFUKAZ sur grand écran. Pour mener à bien le projet de Guillaume Renard, les français d’Ankama animations ont dû allier les efforts aux japonais de Studio 4°C, et il fallait bien cette collaboration pour assurer l’identité interculturelle de l’œuvre originale. On retrouve ainsi des caractéristiques de l’animation nippone intégrées dans une esthétique plus largement inspirée de la culture street art. Le manifeste culturel et générationnel est définitivement signé quand les voix d’Orelsan, Gringe et Redouanne Harjane viennent donner vie au trio d’antihéros glandeurs et maladroits. Espérons que ce pépite lorgnant du côté complotiste d’Invasion Los Angeles trouve rapidement un distributeur et une date de sortie pour 2018, car la richesse de son univers visuel mérite clairement une exploitation sur grand écran.

Arkham

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Paris International Fantastic Film Festival : 5 films à retenir

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