Julio Medem a choisit Pénélope Cruz pour interpréter la Magda de MA MA, une femme-louve, l’animal totem dont le réalisateur s’est inspiré pour écrire son huitième long métrage. Leur collaboration qui s’était vu maintes fois repoussée se révèle éminemment heureuse puisque le réalisateur offre à sa comédienne son plus grand rôle et elle lui rend bien en conférant à son film toute sa puissance et son aura poignant. MA MA est un portrait de femme éclatant de vérité qui retrace l’itinéraire d’un destin douloureux, celui d’une mère infiniment femme que la vie viendra heurter jusque dans sa chair. Le réalisateur semble avoir trouvé sa muse, Pénélope Cruz crève l’écran et parvient à maintenir le film sous une tension saisissante entre déchirement et espoir pendant prés de deux heures. Magda, une femme qui sous le regard du réalisateur les incarnent toutes, se fait la figure d’une Archange dont la grâce renverse.  Julio Medem dévoile le visage et l’intimité du véritable sexe fort ; à travers le destin de Magda il saisit les enjeux les plus précieux de l’instinct féminin : donner la vie, aimer et veiller sur les siens quel qu’en soit le prix.

Magda est une jeune mère célibataire jonglant avec le chômage et la solitude, heureusement il y a son fils et l’espoir d’un meilleur lendemain. Mais Magda apprend qu’elle à un cancer. Elle doit se soigner, guérir pour son fils mais aussi pour cet homme endeuillé qu’elle vient de rencontrer, pour son médecin devenu son ami, et pour cette petite fille qu’elle fantasme et qui habite déjà ses rêves. La maladie ne sera pas une bataille, Maria mènera un combat pour la vie.

Photo du film MA MA

Le film s’ouvre sur le visage de Maria dont son médecin palpe la poitrine avec inquiétude. Nous comprenons tout comme elle ce qui se passe. Le refus, la colère, la peur ne trouveront pas leur place dans l’esprit de Magda, l’acceptation et l’espoir seront immédiat, mais son inquiétude sera autre. Une seule question importera : sa poitrine sera vide mais pourra t-elle garder son téton ? Julio Medem met en scène un cancer du sein et il est bien moins question de la maladie que ce qu’elle suppose comme enjeux psychique et émotionnelle sur celle qui le subit. Il choisit d’attaquer Magda « en son sein » comme un symbole transcendantal. Le sein nourricier par lequel on nourrit un enfant, le fruit de ses entrailles, le sein qui donne la vie et love les êtres fragiles, mais aussi le sein érotique, celui par lequel on est désiré, aimé, caressé, et le sein qui fait de soi une femme dans les bras et le regard d’un homme. La seule douleur de Magda sera celle-ci : comment saura t-elle être mère, amante et amoureuse si ce membre accolé à son cœur n’est plus ? Comment continuer d’être lorsqu’on nous ampute du membre par lequel la féminité se vie et s’affirme ?

« Julio Medem écrit un film fondamentalement douloureux et il fait le choix de traiter son sujet par le biais du lien d’Amour. »

Julio Medem écrit un film fondamentalement douloureux et il fait le choix de traiter son sujet par le biais du lien d’Amour. Il explore la manière dont les âmes se lient, se supportent et s’épaulent dans les instants les plus tragiques de l’existence et saisit la naissance d’une sorte d’amour supérieur qui lierait les êtres dans la douleur. L’Amour est présenté dans son expression la plus pure et la plus noble, presque christique : un lien désintéressé mêlant empathie, tendresse, respect, dévouement et gratitude ; un amour qui permet de supporter la douleur, apaiser la crainte, pardonner généreusement, éviter les querelles, renouveler ses forces, aider les autres et offrir la vie. Dans MA MA la maladie est un chemin de croix embrassé avec la plus belle des lumière. On s’y aime pour survivre et, à la mort qui se repend dans le corps, on ne s’abandonne jamais.

Cette dimension contemplative du monde se retrouvent jusque dans la mise en scène, quitte parfois à forcer légèrement le trait. Prémonitions, visions, hallucinations et tourments de l’âme en camera instable avec filtre de couleur viennent jalonner le film qui aurait pu se contenter d’une épure maximum. Mais ces effets ne parviendront pas à déstabiliser la puissance de la direction d’acteurs et du scénario remarquablement sensible. Pénélope Cruz est entouré par deux hommes, et , et ensemble ils forment un trio lumineux et intense. Dans MA MA on pleure mais il est difficile de connaître les raisons du trouble tant quelque chose d’éminemment beau se dégage du propos de Julio Medem. L’émotion existe, on nous parle de vie, de bataille et d’amour. MA MA nous rappelle qu’il n’y a pas que derrière les grands hommes qu’il y a des femmes, elles œuvrent derrière chaque hommes, chaque être et chaque vie.

Sarah Benzazon

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