Cruelle situation pour le cinéma de genre que celle que nous vivons depuis une dizaine années. Depuis l’avènement de la VHS dans les années 1980, certains films d’horreur, le plus souvent des séries B ou Z sans grande ambition artistique, se sont vues privées d’une sortie dans les salles. Le procédé a perduré à l’ère du DVD, puis celle du Blu-ray, et continue aujourd’hui de pourvoir les plateformes VOD de productions à petit budget – à visionner de préférence un samedi soir une fois que le livreur de pizzas est passé. Mais depuis le début des années 2010, les direct-to-video se multiplient. Et si on y regarde de plus près, on déniche entre deux films d’exploitations opportunistes et bas-du-front, de vraies pépites qui valent largement certains films sortis en salles.

GINGER SNAPS

Sorti en 2000, réalisé par John Fawcett, avec Emily Perkins, Katharine Isabelle et Kris Lemche.
Deux sœurs adolescentes et inséparables vont devoir affronter ensemble la transformation de l’une d’elle en loup-garou…à chaque fois qu’elle a ses règles.
Si je vous dis : figure légendaire du fantastique transposée dans un monde d’ados émotifs, vous me répondez ? Twilight ? Euh…non, essayez encore. Petit film canadien qui fit sensation en son temps, Ginger Snaps ne s’est pas contenté de reprendre le mythe du loup-garou pour un énième programme horrifique. Il l’a dépoussiéré en le faisant métaphore d’une période violente de la vie, où l’on craint à la fois ce qu’on est et ce qu’on va devenir. On tient là une utilisation judicieuse du fantastique : faire monter le trouble et l’effroi pour exacerber l’émotion suscitée par la relation bouleversante entre les deux sœurs.

HYSTERIA

Sorti en 2015, réalisé par Brad Anderson, avec Jim Sturgess, Kate Beckinsale et Ben Kingsley
Edward Newgate, jeune psychiatre, commence sa carrière à l’asile de Stonehearst. Dès le premier soir, il sera intéressé par Eliza Graves, une patiente atteinte d’hystérie. Cependant, il découvrira plus tard que le directeur de l’établissement n’est pas ce qu’il dit être.
Passé quasi-inaperçu lors de sa sortie l’été dernier, Hysteria possédait pourtant suffisamment d’atouts pour espérer une sortie en salles : un casting alléchant, une direction artistique soignée et un réalisateur déjà estimé par le public grâce à ses œuvres précédentes tel The Machinist. Brad Anderson signe ici une adaptation du maître Edgar Allan Poe où se mêlent état d’esprit romantique et atmosphère gothique avec ce qu’il faut de soin dans l’écriture des personnages, pour éviter de laisser le grand-guignol prendre le pas sur la psychologie. A noter que si le scénario déplace l’histoire à la fin du XIXe siècle, c’est pour apporter davantage de questionnements sur les avancées de la psychiatrie à cette époque prométhéenne.

MOON

Sorti en 2009, réalisé par Duncan Jones, avec Sam Rockwell, Dominique McElligott et Kaya Scodelario
Quelques semaines avant la fin de son contrat, Sam, l’unique employé d’une station lunaire se met à voir et à entendre des choses étranges.
Dès ce premier film salué dans les festivals du monde entier, Duncan Jones prouve son talent pour la narration dans le fantastique et la science-fiction. Moon se fait remarquer par son ambiance à la fois oppressante et calme, parfois même étrangement confortable, grâce au silence et à l’épure de sa station lunaire. Seul à l’écran pendant une majeure partie du film, Sam Rockwell porte à lui seul toute la solitude et l’incertitude de l’être humain, sans que le film ne bascule dans des élucubrations métaphysiques post-Kubrick ; choisissant une approche toute autre de la science-fiction en faisant pleinement confiance aux rebondissements du récit.

BYZANTIUM

Sorti en 2013, réalisé par Neil Jordan, avec Gemma Aterton, Saoirse Ronan et Jonny Lee Miller
Dans une petite ville côtière, deux jeunes femmes vampires débarquent de nulle part. Clara fait la connaissance de Noel, un solitaire, qui les recueille dans sa pension de famille déserte, le Byzantium
A ceux qui n’aurait pas encore jeté un coup d’œil à la filmographie de Neil Jordan, je leur conseille de découvrir sans plus tarder cet incurable romantique. Il signe avec Byzantium, prolongement d’Entretien avec un Vampire, une œuvre déjà imprégnée d’une sensibilité féminine, bien que ses personnages principaux soient deux hommes. Prolongeant sa vision laïque du vampire, dénuée des codes du cinéma d’exploitation (gousses d’ail, pieux et cercueils), il choisit deux magnifiques actrices pour incarner l’éternel paradoxe entre jeunesse du corps et vieillesse de l’âme.

THE DIVIDE

Sorti en 2012, réalisé par Xavier Gens, avec Lauren German, Michael Biehn et Milo Ventimiglia
Rescapées d’une attaque nucléaire, huit personnes se réfugient dans un bunker et parviennent à survivre grâce à un stock de provisions. Mais bien vite, des tensions se forment au sein du groupe.
Alors que la vague zombie déferlait dans les cinémas comme sur les plateformes VOD, Xavier Gens proposa de traiter l’apocalypse par un récit de huis clos, qui rappelle justement le confinement que s’infligent les survivants des films d’infectés.  En se focalisant sur seulement huit personnages, Gens réussit à composer toute une palette de folies, nous laissant à penser que chaque esprit humain aussi complexe et civilisé qu’il soit, possède la fragilité qui prendra le dessus une fois que ses repères se seront effondrés. A noter la performance des acteurs qui ont chacun accepté de perdre une dizaine de kilos lors du tournage.

JOHN DIES AT THE END

Sorti en 2012, réalisé par Don Coscarelli, avec Chase Williamson, Rob Mayes et Paul Giamatti
John et Dave, expérimentent une drogue qui leur permet d’entrevoir une réalité parallèle, où ils sont considérés comme des sauveurs.
En quarante ans de carrière, l’inventif Don Coscarelli a hélas connu plus de bas que de hauts. Probablement frustré par ses nombreux rendez-vous manqués avec les spectateurs, le cinéaste a lâché prise sur son scénario pour le laisser s’aventurer dans les zones les sauvages de sa prolifique imagination. Le menu ressemble à un mezzé cinématographique où l’on goûte scène après scène à autant de plaisirs excentriques qui synthétisent au final, un demi-siècle de contre-culture, allant de la littérature “psychotrophe” au cinéma bis. Si vous aimez être constamment surpris, ne ratez pas cette ovni dont le récit se réinvente à intervalle régulier, comme s’il s’agissait d’un jeu du cadavre exquis.

CITADEL

Sorti en 2012, réalisé par Ciarán Foy, avec Aneurin Barnard, James Cosmo et Amy Shiels
Un jeune père de famille, agoraphobe suite à l’agression de sa femme, s’associe avec un prêtre afin de sauver sa fille des griffes d’une bande de sauvages.
Petite parenthèse lexicologique : pour parler de la dimension sociale de certains films d’horreur où la menace est souvent représentée par de jeunes délinquants masqués par la capuche de leurs hoodies, les anglo-saxons parlent de “hoodie horror”. Avec Heartless de Philip Ridley, Citadel est le meilleur exemple du genre. Violent, malsain, viscéral. Ce petit film irlandais évoque une forme contemporaine de terreur, propre au mode de vie urbain, qui prend d’autant plus le spectateur aux tripes, en adoptant le point de vue d’un père dépassant ses faiblesses pour sauver l’être qui lui est le plus cher au monde.

BLACK DEATH

Sorti en 2010, réalisé par Christopher Smith, avec Eddie Redmayne, Sean Bean et Carice Van Houten
Alors que la première épidémie de peste bubonique ravage l’Angleterre, un jeune moine nommé Osmund reçoit la mission d’accompagner un groupe de chevaliers pour enquêter sur un petit village reculé où des morts seraient revenus à la vie.
Cinéaste phare lors du renouveau du cinéma fantastique britannique dans les années 2000, Christopher Smith a peut-être influencé la télévision américaine, sans que le public ne s’en rende vraiment compte. En effet, dans Black Death on trouve déjà des ingrédients très à la mode dans les séries actuelles, à savoir la confrontation entre la violence et la foi, entre la cruauté d’un monde médiéval et les croyances censées élever les âmes des mortels – ingrédients chers aux séries The Bastard executioner et The Last kingdom. Ajoutez à ça une première rencontre à l’écran du virile Sean Bean et de l’envoûtante Carice Van Houten, avant leur apparition dans Game of Thrones, et la corrélation est des plus troublantes.

TIMECRIMES

Sorti en 2008, réalisé par Nacho Vigalondo, avec Karra Elejalde, Candela Fernández et Barbara Goenaga
Un homme fait accidentellement un voyage dans le temps et se retrouve confronté à lui-même une heure auparavant. En cherchant à tout prix à réparer cette erreur et à revenir au présent, il va déclencher sans le vouloir une série de désastres irréparables.
Sacré du prix du meilleur inédit vidéo au festival de Gérardmer, Timecrimes est l’un des rares récits de science-fiction espagnols à nous être parvenus, à l’époque où le pays d’Amenabar brillait surtout pour ses films d’épouvante. Considérant les possibilités du genre en partant d’un traitement minimaliste, où il est moins question d’impressionner le spectateur par l’image, que de le captiver par les sinuosités du scénario, le réalisateur a su porter à l’écran ce vertige existentiel qui assaille l’être humain lorsqu’il pense à la fragilité de son existence, régie par un jeu incessant entre causes et conséquences.

THE WOMAN

Sorti en 2011, réalisé par Lucky McKee, avec Pollyanna McIntosh, Sean Bridgers et Angela Bettis
Un père de famille sérieusement perturbé se donne pour mission de civiliser une femme sauvage. Mais cela lui coûtera cher.
Lucky McKee est un franc tireur du cinéma de genre, et il était donc logique qu’il se frotte un jour à l’œuvre littéraire du corrosif Jack Ketchum, pour dépeindre sans concession la violence sous-jacente de la société américaine. Face à la déshumanisation du personnage de l’impressionnante Pollyanna McIntosh, le réalisateur texan place en miroir l’aveuglement idéologique de la famille puritaine. Difficile dès lors pour un distributeur d’assumer l’utraviolence du film, dont la sortie s’est donc faite dans la plus grande discrétion, comme s’il s’agissait du tout-venant du torture porn.

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Cinéma fantastique : 10 direct-to-video à découvrir

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