Mon confrère Colin, cinéphile du cinéma bis devant l’éternel, vous le dirait mieux que moi, le cinéma fantastique réserve parfois des surprises, lors desquelles le spectateur ressent la singulière impression de basculer dans une dimension inconnue. Depuis son invention, le cinéma permet de porter à l’écran les idées les plus folles des scénaristes ; alors quand le genre investi peut faire fi du réalisme quotidien et proposer un délire décomplexé et salvateur, le spectateur se demande s’il doit rire, pleurer ou frémir devant ce qui apparaît à la fois comme du n’importe quoi magistral et de l’audace artistique. C’est aussi ça la magie du septième art.

ATTENTION : CERTAINES SCÈNES PEUVENT HEURTER LE JEUNE PUBLIC

PHENOMENA

Sorti en 1985, réalisé par Dario Argento, avec Jennifer Connelly, Donald Pleasance et Daria Nicolodi
Dans les années quatre-vingt, Dario Argento savait encore utiliser son imaginaire pour élaborer des sortes de cauchemars poétiques imprimés sur pellicule. Le thriller surnaturel Phenomena est un parfait exemple du savoir-faire du maître italien, diffusant une atmosphère envoûtante par le point de vue d’une adolescente somnambule. Le scénario, télescopant une affaire de serial killer et un phénomène extrasensoriel lié aux insectes, demande au public de ne pas être trop regardant quant au côté vraisemblable de l’histoire. Mais l’invraisemblable bascule dans le délire absurde quand un chimpanzé armé d’un rasoir vient au secours de l’héroïne agressé par le tueur en série.

LA CABANE DANS LES BOIS

Sorti en 2012, réalisé par Drew Goddard, avec Kristen Connolly, Chris Hemsworth et Richard Jenkins
Belle surprise en 2012, alors que Avengers cartonnait au box-office, de voir Joss Whedon investi dans un scénario aussi original. Difficile de vous dire en quoi La Cabane dans les bois se distingue des autres survival horror auxquels il empreinte de nombreux clichés, sans risquer de spoiler son concept. Disons simplement que divers monstres sont susceptibles d’apparaître à l’écran, et l’on peut lire furtivement le mot « licorne » égaré parmi une liste de créatures terrifiantes sur un paperboard. Devinez quoi ? Ben, la licorne débarque à la fin pour une scène sanglante résumant à elle seule le sous-texte parodique du film.

BAD BIOLOGY

Sorti en 2009, réalisé par Frank Henenlotter, avec Charlee Danielson, Anthony Sneed et Mark Wilson
Projet atypique porté par le marginal Frank Henenlotter, Bad Biology est en soit une succession de scènes improbables, puisque ses deux protagonistes principaux sont victimes de leur sexualité hors normes et possèdent tous deux une anatomie « particulière ». Son goût pour l’outrance et le cradoc permet au réalisateur de questionner le récit de monstres par l’approche de la sexualité et de son emprise sur l’identité de chacun. Et c’est ainsi qu’un pénis livré à lui-même fait une tentative de suicide devant les yeux impuissants de son propriétaire.

BEYOND RE-ANIMATOR 

Sorti en 2003, réalisé par Brian Yuzna, avec Jeffrey Combs, Jason Barry et Barbara Elorrieta
Vous allez vous dire que je fais une fixette sur les pénis, mais il faut croire que cette partie de l’anatomie masculine inspire particulièrement les scénaristes cherchant à marier le fun au bizarre. Si l’idée vous venait de voir le troisième opus de la saga Re-Animator, restez jusqu’au générique du fin qui délivre une scène cartoonesque, où le pénis arraché et infecté par le sérum de résurrection se bat contre un rat. Rien de moins.

L’ANTRE DE LA FOLIE

Sorti en 1995, réalisé par John Carpenter, avec Sam Neil, Julie Carmen et Jürgen Prochnow
Chef-d’œuvre du fantastique mêlant des univers proches de ceux de Stephen King et de H.P Lovecraft(dont il s’agit ici d’une libre adaptation), le film de Carpenter tient la promesse de son titre. Le spectateur comme le personnage principal progressent dans une ténébreuse affaire et se demandent tous deux s’ils ne vont pas perdre la raison. Cette perte de repères entre les différentes strates d’un récit, atteint son point d’orgue lors de la scène finale où le personnage principal devient à son tour spectateur du film, sans savoir s’il doit rire ou pleurer du spectacle de son histoire. Hallucinant.

CABAL

Sorti en 1990, réalisé par Clive Barker, avec Craig Sheffer, Anne Bobby et David Cronenberg
Étrange cas que celui de Cabal, adaptation par le maître de l’horreur Clive Barker d’un de ses romans où l’horreur côtoie la poésie. A sa sortie, la Warner présenta Cabal au public comme un film d’horreur hybride entre le slasher et la foire aux monstres de latex, provoquant ainsi un sévère échec commercial. Sans doute le distributeur n’avait pas saisi tout le romanesque de cette histoire de cité perdue et de peuple damné, par lequel le romancier-cinéaste remodelait à sa propre sensibilité, les codes de la fantasy. La scène de la transformation de l’étrange créature aux grands yeux noirs en petite fille est des plus troublantes, surtout par un spectateur qui s’attend à ne voir qu’un film d’exploitation aux effets faciles.

FUNKY FOREST: THE FIRST CONTACT

Sorti en 2006, réalisé par Katsuhito Ishii, avec Tadanobu Asano, Susumu Terajima et Ryo Kase 
Funky Forest est un concentré des délires que s’autorisent les cinéastes japonais quand on leur laisse un caméra entre les mains. N’appartenant à aucun genre précis, puisqu’il mélange une histoire d’extraterrestre à de longs passages parodiant les comédies romantiques, le concept du film risque de laisser les spectateurs perplexes durant la première heure. Et ceux qui seront toujours devant leur écran à ce moment-là, risquent de finir dans un asile psychiatrique, tant la scène où le collège devient une nurserie pour créatures aliens, fait basculer le film dans le grand n’importe quoi décomplexé.

LE FESTIN NU

Sorti en 1991, réalisé par David Cronenberg, avec Peter Weller, Judy Davis et Ian Holm
Après Lovecraft et Barker, continuons dans la série des écrivains à moitié fou avec cette adaptation de William S. Burroughs, chantre de la beat generation connu pour ces trips hallucinogènes à faire frémir le réalisateur de Funky Forest. Là encore, pour porter à l’image les délires d’un esprit sous psychotropes, il fallait un cinéaste aussi peu conventionnel que David Cronenberg, qui semble prendre son pied en donnant forme au bestiaire arthropode et gluant de l’auteur. Retenez ce conseil : si vous craignez la page blanche, achetez-vous un mugwriter ; il n’y a pas meilleure machine pour libérer votre créativité.

SNOWPIERCER

Sorti en 2013, réalisé par Bong Joon-Ho, avec Chris Evans, Song Kang-Ho et Tilda Swinton
Petite devinette : un réalisateur coréen qui adapte une bande-dessinée française avec un casting international, ça donne quoi ? Réponse : un monstre. Un objet filmique comme il n’en n’existe pas deux au monde. Le scénario de Snowpiercer n’est pas si complexe finalement ; les révoltés du train de l’apocalypse progresse du wagon de queue au wagon de tête, comme dans les niveaux successifs d’un jeu vidéo. Et si les wagons se suivent, ils ne se ressemblent pas pour autant ; puisque à l’ambiance crade et sombre des premiers wagons où nos héros ont perdu bon nombre de leurs compagnons de lutte, succède les couleurs vives et les comptines du wagon école. C’est à se demander si on n’a pas basculé dans un autre film.

LOST HIGHWAY

Sorti en 1997, réalisé par David Lynch, avec Bill Pullmann, Patricia Arquette et Balthazar Getty
Terminons cette sélection par le maître de l’inquiétante étrangeté, ce concept emprunté à Freud, définissant le caractère insidieux par lequel une situation ordinaire se teinte d’une atmosphère cauchemardesque. Lost highway est peut-être l’œuvre la plus caractéristique du cinéaste, dans laquelle il expérimente les contours de ce concept, leur donne une texture cinématrographique par le traitement du son et de la lumière. Ses expérimentations permettent également à Lynch de questionner l’omnipotence d’un réalisateur, pouvant infliger les situations les plus déroutantes à ses personnages.

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