Pour vous aider à faire votre choix dans la multitude de séries B engendrées par le cinéma d’exploitation ces cinquante dernières années, voici une sélection de films qui comme SHOCK CORRIDOR, se démarquent par leur haut degré d’improbabilité, leurs fautes de goûts assumées et leurs qualités de chef-d’œuvres méconnus.

SHOCK CORRIDOR, de Samuel Fuller (1963)

Journaliste ambitieux, Johnny Barett projette de s’immerger dans un asile psychiatrique pour démasquer l’auteur d’un meurtre qui s’y est déroulé. Il se fait arrêter puis interner tout en continuant à simuler des troubles mentaux.

photo de Shock Corridor

Vol au-dessus d’un nid de nymphos

Le nom de Samuel Fuller bénéfice aujourd’hui d’une véritable renommée, grâce à ses films policiers Le Port de la drogue et La Maison de bambou. A la manière d’un Raoul Walsh, Fuller investit les genres cinématographiques (westerns, polars, film de guerre) en assurant aux producteurs qu’il leur fournira à l’arrivée une œuvre codifiée, facile à vendre et à exploiter, tout en y distillant une vision politique et critique du monde. Le critique Manny Farber, contemporain de Fuller, opposait les films “éléphants blancs” (m’as-tu-vu et surintellectualisés) aux films “termites”, dont il admirait la manière de faire travailler votre esprit à retardement, quand vous pensiez de prime abord, n’avoir vu qu’un simple divertissement. SHOCK CORRIDOR est clairement un film termite, dont on ne comprend qu’après visionnage l’audace et la portée psychologique.

Film d’exploitation oblige, SHOCK CORRIDOR possède des caractéristiques propres à son époque et son contexte, qui risquent de passablement dérouter le public d’aujourd’hui. Mené tambour battant comme l’exigeaient les productions d’alors, l’intrigue délirante dans laquelle le protagoniste doit s’embarquer, est par conséquent exposée en une scène d’ouverture, par des dialogues dont la plupart des agrégés de philosophie cherchent encore aujourd’hui le sens véritable : “Veux-tu vraiment faire de moi le chœur de ta tragédie grecque chez les fous ?” ou encore : “Hamlet aurait besoin de consulter Freud, pas toi !” Ah, subtilité, quand tu nous tiens! Cette emphase littéraire est d’autant plus incongrue qu’elle est suivie d’un numéro de cabaret, tel que les productions opportunistes de l’époque savaient en imposer dans les scénarii, sous prétexte de satisfaire le spectateur avec les formes aguicheuses d’une demoiselle, sans vraiment se poser la question de l’utilité de cette parenthèse racoleuse dans l’intrigue.

« Samuel Fuller dresse avec Shock Corridor une galerie de portraits hauts-en-couleurs autant qu’un constat sur les différentes folies dont souffre la société de l’époque. »

Mais curieusement, une fois cette intrigue mise en place dans le décor de l’hôpital psychiatrique, on reconsidère ce premier quart-d’heure protéiforme en l’intégrant à l’ambiance générale de SHOCK CORRIDOR, composée d’humeurs contradictoires, et d’éclats hystériques. Car c’est bien là le principal intérêt de ce film qui, coïncidence, sortit la même année que le roman Vol au-dessus d’un nid de coucou de Ken Kesey : dresser une galerie de portraits hauts-en-couleurs autant qu’un constat sur les différentes folies dont souffre la société de l’époque. L’enquête de Johnny n’est en fin de compte, qu’un prétexte à enchaîner les rencontres avec des personnages marginalisés par une Amérique gangrenée par le Ku Klux Klan, le péril atomique, le macchartysme et un puritanisme qui prescrit aux femmes leur comportement sexuel. La scène la plus mémorable du film est sans doute celle de la tempête, que Fuller tourna en dernier afin de ruiner les décors et de rendre impossible le tournage de scènes additionnelles par des exécutants en service des producteurs; preuve s’il en fallait une que le bonhomme avait l’art d’imposer sa vision d’auteur. Bien joué, Maestro !

Arkham

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La sélection “Série B” : SHOCK CORRIDOR

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