Valerio Mieli, réalisateur de 10 HIVERS À VENISE

Rencontré dans un bistrot parisien, le réalisateur italien Valerio Mieli a répondu en français à une interview sur son premier film, 10 Hivers à Venise, actuellement au cinéma.

L’action principale du film se passe à Venise mais vous avez choisi, dans le film, de ne pas filmer les lieux habituels, touristiques de Venise. Pour quelles raisons ?
Valerio Mieli : Le film est né avec l’idée d’être tourné à Venise. Je ne suis pas Vénitien, je suis Romain, mais j’aime beaucoup Venise et j’aime cet esprit de la ville qui est finalement assez peu connu, même des Italiens. J’ai toujours rêvé de vivre à Venise, c’est mon idée de vie romantique, de fable. C’est la vie que j’aime, qui est très vraie, c’est une ville où les gens habitent, où les gens sont transportés à l’hôpital en bateau, c’est une ville d’étudiants. C’est le cadre qui se trouve entre la réalité et la fable.

Il ne fallait pas que le film soit trop « cliché », une histoire d’amour, à Venise…
VM : Oui, il y avait cet aspect. J’ai essayé de rendre la ville comme j’aurais voulu la découvrir.

Les habitants n’habitent pas à Venise même, mais sur une île…
VM : Venise est constituée de plusieurs îles. L’île en question n’existe pas. C’est une île qui pourrait exister, mais ce sont des morceaux qui ont été filmés sur différentes îles. La maison où habite Camilla a été tournée à l’Arsenal (ndlr : quartier de Venise). Une bonne partie du film est tournée dans ce quartier, à Castello, un quartier un peu plus populaire.

Les personnages principaux se retrouvent uniquement l’hiver, on ne sait pas ce qu’il se passe le reste de l’année. Pourquoi cette volonté d’éclipser le reste ?
VM : L’idée du film était d’ouvrir une fenêtre une fois par an et de regarder ce qu’il s’est passé. C’est un film d’amour, sur le temps qui passe. Ce temps qui passe se voit mieux quand on rencontre des gens qu’on n’a pas vu depuis longtemps et on s’aperçoit que le temps a passé. On voulait constituer un film avec ces ellipses et donc couper des choses qui auraient pu être intéressantes. Mais quand on retrouve les personnages, on sait que des choses importantes se sont passées pendant l’année, et on les apprend en même temps qu’eux.
Le film se déroule en hiver, parce que j’aime beaucoup Venise surtout en hiver, il y a moins de touristes, c’est la vie la plus quotidienne, la vraie vie des Vénitiens. C’est la ville des sentiments congelés. L’hiver est la saison la plus poétique. Si j’imaginais le film en été ou à la Réunion, ça aurait été un autre film. Il y a des choses qui viennent instinctivement et qui marchent, et s’il n’y a pas de bonnes raisons pour ne pas les faire alors on les fait.

Photo du film 10 HIVERS À VENISE

D’où vient l’idée de cette histoire d’amour entre Camilla et Silvestro, qui a du mal à aboutir et qui s’étale sur 10 ans ?
VM : J’ai commencé à faire ce film à l’âge que les personnages ont à la fin du film. Tous ceux qui ont travaillé, avec moi, sur le film avaient le même âge, nous sortions de l’école de cinéma donc c’est une première œuvre collective. Dans un premier film, on met en général tout ce qu’on a accumulé dans les années précédentes. Même si on n’a pas vécu une histoire comme celle-ci, on s’en inspire.

Comment s’est passé le casting et le travail ave les acteurs ?
VM : Le casting était très long. On a abouti à la fin à ces deux acteurs qui marchaient non seulement très bien séparément mais aussi très bien comme couple. C’est un couple qui paraît crédible mais pas trop non plus. Le scénario était assez blindé, il y a très peu d’improvisation. On avait modifié les choses qui ne fonctionnaient pas pendant le casting et pendant les répétitions. Les acteurs se sont retrouvés à faire quelque chose d’intéressant mais de difficile, ils devaient jouer dix personnages différents. Chaque année, ils devaient être un tout petit peu différents, c’est un travail difficile mais stimulant.

Vous avez travaillé en collaboratio avec Moscou ?
VM : Le film est une co-production avec la Russie. Ils ont aidé au niveau financier et on a tourné là-bas, ça n’a pas été facile. Ça changeait beaucoup par rapport à Venise, je ne connaissais pas du tout la Russie, il y avait donc un travail de repérage plus important. Les façons de travailler, les règles sont différentes, donc c’était plus compliqué de tourner là-bas.
Venise représente, dans le film, le chez soi, et la Russie un exotique hivernal. Ils vont en Russie pour chercher quelque chose d’autre, différent de ce qu’ils connaissent à Venise.

Quels sont vos prochains projets ?
VM : On est en train d’écrire. On travaille sur deux choses en parallèle. Une qui devrait se faire en Italie, un second film plus adulte, où on touche des sentiments plus amers. Et un film plus européen, peut-être tourné en France, c’est encore un peu vague.

Vous pouvez retrouver la critique du film à cette adresse.

[interview] Valerio Mieli, réalisateur de 10 Hivers à Venise

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