J’IRAI MOURIR DANS LES CARPATES, Rencontre avec Antoine de Maximy et Max Boublil

À l’occasion de la sortie de J’IRAI MOURIR DANS LES CARPATES, on a rencontré le réalisateur Antoine de Maximy et le comédien Max Boublil !

On a rencontré Antoine de Maximy et Max Boublil, à l’occasion de la présentation à Bordeaux de l’original J’IRAI MOURIR DANS LES CARPATES. On a évidemment parlé du travail que fait le réalisateur Antoine de Maximy sur la série J’irai dormir chez vous, au tournage et au montage. Mais aussi du financement compliqué du film qu’il porte depuis de nombreuses années, de l’arrivée tardive des comédiens sur le projet et du ton souhaité par le réalisateur. Et Max Boublil s’est aussi confié sur son personnage et sur ses choix de rôles. Une chouette rencontre authentique !

Notre Critique de J’irai Mourir Dans les Carpates

Portez-vous ce projet depuis longtemps et a-t-il été facile à financer ?

Antoine de Maximy : J’ai commencé à l’écrire en 2011 et en mai 2019, je n’avais toujours pas un centime. C’est pour ça que j’ai fait un financement participatif qui a ramené 256000 € en cinq semaines, ce qui a rassuré les partenaires financiers et la machine s’est mise en route. Ce qui était très intéressant c’était de passer à la fiction sur une émission totalement improvisée, mais c’est justement ce qui faisait peur à tout le monde.

Le fait d’avoir fait appel à ces 6730 kisskissbankers vous donne-t-il plus de légitimité vis-vis du public ?

Antoine de Maximy : Pas une légitimité, parce que j’assume d’avoir fait un film sur cette émission mais plutôt une confiance d’avoir un public qui croit à ce que je fais. J’aurais trouvé l’argent autrement, mais je n’aurais pas été moins stable, ni moins sûr de moi. Mais par contre, sans eux, il n’y aurait pas de film.

Quelles contreparties y avait-il ?

Antoine de Maximy : Plein de choses (des chemises brodées, des autographes …), mais on a sans doute été trop généreux, parce qu’après qu’on les a envoyées, il est resté 178000 € sur les 256000 €. La prochaine fois que je soutiendrais un projet, je ne veux rien en échange.

Le comédien Max Boublil et le réalisateur Antoine de Maximy

C’est vous qui avez écrit le scénario ?

Antoine de Maximy : Oui, surtout l’intrigue, la mécanique et les rebondissements. Ma seule force c’était de connaître comment sont tournés les épisodes de J’irai dormir chez vous, et comment exploiter ces images pour en faire une intrigue qui tient la route. En revanche, ce que j’ai très peu travaillé, ce sont les personnages, parce que comme je suis assez cartésien, je savais que je n’avais jamais fait ça et que je ne devais pas être très bon.

Je savais que pratiquement tous les scénaristes sont bons sur les personnages et j’ai rencontré plusieurs scénaristes qui avaient du métier. Mais le problème des gens du métier, c’est qu’ils voient tout de suite ce qu’il faudrait faire et moi j’avais besoin d’une ouverture d’esprit de la part de quelqu’un qui a encore plein de choses à apprendre. C’est une grande chance qu’on m’ait présenté Thomas Pujol en 2017. Il avait 28 ans et venait de finir son école, et il a beaucoup apporté sur les personnages, il a su être dans l’état d’esprit dans lequel je suis, il a retrouvé ma fantaisie.

Max, vous qui écrivez aussi vos films, avez-vous apporté quelque chose au scénario?

Max Boublil : Je suis juste venu faire l’acteur, c’est bon aussi de ne pas écrire. Mais parfois, sur les dialogues, je disais à Antoine: « il y a un peut-être trop de mots, il faut aller plus à l’essentiel ».

Quels sont les écueils que vous avez dû éviter dans ce docu-fiction ?

Antoine de Maximy : Ce qui était capital et qui devait absolument marcher, c’est qu’il fallait que toutes les images tournées à la manière de l’émission, sonnent comme dans l’émission. Il ne fallait pas qu’on se retrouve dans un truc fictionné, articulé et qui sonne faux. Là ça marche : les gens qui regardent ces séquences sont captivés comme si c’était un J’irai dormir chez vous.

Avez-vous une idée du profil des spectateurs de l’émission ?

Antoine de Maximy : J’ai un public en majorité assez âgé mais en même temps très large, parce que le programme est familial, tout comme le film qui peut se regarder en famille, à partir de 8 ans.

Les deux acteurs Alice et Max sont-ils la caution jeune public de votre film ?

Antoine de Maximy : Ce sont en effet plus les jeunes qui regardent Max dans le film

Max Boublil : Voir des gens qu’on connait dans un film, ça rassure, mais j’ai l’impression que les gens ne vont pas forcément au cinéma pour les acteurs, à part les très grands. Le cinéma marche surtout sur des histoires et des propositions ; il faut bien sûr que le choix du casting soit en adéquation avec la proposition. Mais quand on cherche les comédiens, on s’aperçoit que les partenaires financiers du cinéma sont très attentifs parce que ça fait venir le public.

A quel moment Max est-il arrivé sur le projet ?

Antoine de Maximy : Les comédiens sont arrivés assez tard, juste après le financement participatif. On s’est verrouillé mutuellement, j’étais déjà en tournage. Ça déstabilise un peu de commencer son premier long métrage sans savoir qui seront les premiers rôles. Mon film repose sur une intrigue solide et je savais que les comédiens allaient donner eux aussi un ton. C’était très important pour moi que ça reste très cohérent : il fallait que l’histoire entre les différents protagonistes du film fonctionne, qu’elle soit humainement viable et crédible. Quand j’ai eu Alice et Max, j’étais content que leur couple marche.

Max, parlez-nous de votre personnage de flic qui semble plus motivé par ses rencontres avec Agnès que par mener son enquête ? Le rôle lorgne, comme vous savez le faire, vers le comique ?

Max Boublil : C’est un flic comme on ne l’attend pas, un peu gauche, la tête dans les nuages. C’était sympa de faire ma première enquête, même si c’est une comédie. Quand j’ai lu le scénario, j’ai tout de suite eu envie de savoir ce qui se passait, de connaître les clés. Antoine ne voulait pas que je sois dans mon registre habituel de faire des vannes, et de trop jouer la comédie, même si pour moi le plus drôle c’est quand les acteurs ne jouent pas la comédie mais se retrouvent dans des situations de comédies. Il voulait que tout autour de lui tout soit très crédible, et il ne fallait donc pas que le personnage de Laurent soit trop fantasque. Je devais vraiment le jouer très premier degré.

Vous n’avez jamais joué de rôles vraiment dramatiques ? Vous n’avez pas encore trouvé votre « Tchao Pantin » ?

Max Boublil : Non, mais je garde à l’esprit cette phrase d’un comédien qui m’a toujours fait rire : « souvent quand les comédiens veulent faire leur Tchao Pantin, ils font leur ciao tout court ». J’adore aller naviguer dans les zones de comédies dramatiques, comme Play, ou les comédies sociales et féministes comme Comme des garçons, ou encore la comédie thriller comme dans ce film. J’aime la comédie entre deux : ni gros sketchs, ni drames absolus avec un air sérieux. J’aime bien être dans mon registre naturel de comédie, proche de moi. Je n’ai pas envie de faire un rôle très grave, et par exemple si on me propose un rôle sur l’inceste, je n’irais pas.

Nos Critiques de Play et Comme des garçons

Alice Pol, qui fait elle aussi souvent des comédies, n’est pas du tout dans ce registre-là dans le film ?

Antoine de Maximy : Non, je voulais aller dans une autre direction d’acteurs et je suis content de ce qu’on a eu. On sait qu’Alice et Max peuvent parfois être dans des rôles assez exubérants, mais ce qui est très agréable avec eux, c’est que quand on a fait une prise dans un ton et puis qu’on explique qu’on change la donne, ils peuvent se mettre dans un autre état d’esprit. Parce que c’est très dangereux au moment du tournage de rester sur des idées trop arrêtées. Et c’est capital parce que j’ai fait pas mal de variantes, ce qui m’a permis au moment du montage, de corriger le ton. Je me suis demandé parfois si je ne bridais pas trop Alice mais non, parce qu’elle réussit à faire passer plein de trucs dans son regard, sans rien exprimer. On voit ce à quoi elle pense. Ces deux-là sont des supers bons comédiens et c’était que du bonheur.

Dans le film, il y a une belle relation de confiance montrée entre Antoine et la monteuse- ce binôme existe-t-il dans la réalité ou est-il fantasmé dans le film ?

Antoine de Maximy : J’ai travaillé avec beaucoup de monteurs et monteuses, et quand j’ai commencé à écrire le film, j’ai pensé plus à une en particulier, qui avait commencé la série. Il y a en effet une espèce de complicité parce que c’est quelqu’un qui voit l’intégralité des images que j’ai tournées, comme les trucs ratés ou quand je parle à la caméra je fais parfois quinze prises, car je suis tout seul et il n’y a personne pour me corriger.

Dans l’émission, je fais un travail colossal : je regarde tous les matins toutes les images quand je donne le matériel au monteur et à mon retour en France, j’ai aussi tapé entre 70 et 90 pages et j’ai un récit audio d’une quinzaine de minutes qui raconte le voyage. Puis le monteur se débrouille pendant trois semaines et quand toutes les séquences sont pré-montées, on construit l’épisode. Des monteuses ont lu mon scénario et ont fait des observations, de même que d’autres gens.

Vous avez un comportement assez intrusif et vous forcez pas mal la main aux gens ; avez-vous surjoué pour les besoins du film ?

Antoine de Maximy : Je n’ai pas toujours ce comportement. Ce que j’aime bien faire, c’est taquiner et bousculer ceux qui sont sûrs d’eux, ou les gros bourrus bien ronchons, parce que c’est intéressant et je sais qu’ils pourront m’envoyer bouler s’ils trouvent que je dépasse les bornes. Par contre, quand quelqu’un n’est pas sûr de lui, je le mets à l’aise et je ne m’amuse jamais comme certains chansonniers aux dépends des gens, je veux qu’on s’amuse ensemble.

Vous dites au début du film que certaines fois vous avez eu peur. Est-ce que ça vous est arrivé souvent ?

Antoine de Maximy : Dans un épisode sur trois, j’ai une rencontre tendue et on se demande comment ça va finir et dans un épisode sur dix, j’ai une rencontre très tendue. Ça m’arrive régulièrement et c’est d’ailleurs pour ça que j’ai eu l’idée de faire ce film parce les spectateurs qui regardent l’émission savent que ça ne se termine pas trop mal sinon ils en auraient entendu parler… mais quand je le fais, je n’en sais rien et je ne sais pas ce qu’il y aura dans les journaux le lendemain.

Pourquoi le choix des Carpates et ne craignez-vous pas que certains critiquent les clichés que vous mettez en évidence ?

Antoine de Maximy : Les Carpates, c’est venu spontanément. Quand j’ai commencé à réfléchir à ce film, je n’ai pas réfléchi à « où situer l’histoire » mais à « quelle va être l’histoire ». Dans le premier jet cohérent de l’écriture, après cinq ans de réflexion, il y avait les Carpates et ensuite j’ai travaillé de manière raisonnée. On pourrait dire que je stigmatise mais il y a juste trois méchants et un cinglé sinon les trois quarts des autres personnages sont plutôt sympas et accueillants. Ça fait partie de la tendance actuelle qui consiste à toujours faire attention de ne froisser personne. Je suis prêt à me défendre si on me fait remarquer ça. Mais vu que le film est écrit, filmé et avec De Maximy, je sais aussi faire preuve de beaucoup d’autodérision.

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle

 

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