À l’occasion de la sortie du film MIRAÏ, MA PETITE SŒUR le 26 décembre 2018, on a rencontré le réalisateur japonais Mamoru Hosada

Rencontré à Bordeaux pour la présentation de MIRAÏ, MA PETITE SŒUR, le réalisateur japonais Mamoru Hosada, accompagné de son interprète, a évoqué l’influence de l’art et du public européens sur son cinéma, l’imaginaire et les symboles qu’il a voulu évoquer dans son film à propos de l’évolution de la société japonaise, ainsi que le rôle du son et du graphisme qui favorisent l’immersion du spectateur dans ses films. Et c’était passionnant!

Être réalisateur de films d’animation vous aide-t-il à faire revivre votre imaginaire d’enfant ?
 Mamoru Hosada : Le personnage principal de mon film est un enfant de 4 ans, et je voulais montrer comment le monde est vu par ce petit garçon. On croit souvent que le monde est le même pour les enfants et pour les adultes, mais je pense que les enfants voient ce monde très différemment de nous. Les adultes ont tendance à regarder les êtres humains, alors que le monde des enfants leur paraît plus coloré. C’est mon fils qui a servi de modèle au petit garçon, et en passant beaucoup de temps avec lui, je me suis souvenu de ma propre enfance et de mon propre monde imaginaire.

Pour quelles raisons avez-vous utilisé un graphisme aussi différent pour la gare et plus moderne que dans les moments de famille ?

– Mamoru Hosada : D’habitude, j’ai tendance à construire le film en trois parties, mais cette fois-ci j’ai décidé qu’il serait composé de cinq petites histoires : le chien, la petite sœur, la maman, le grand-père et la dernière partie, le personnage principal. C’est une histoire d’aventure à la recherche de soi, et même s’il a 4 ans, Kun se pose des questions sur son identité et sur sa place dans la famille. Mon intérêt pour les trains vient de mon propre fils, car il est fasciné par les trains, et il m’a souvent demandé de lire des livres sur ce sujet. A travers cette expérience, j’ai compris que pour les enfants, au-delà des jouets, les trains sont un monde à part. J’ai donc créé le train imaginaire rapide qui passe en sous-sol de la gare. Je voulais que le style graphique et la forme soient différents des 4 autres parties, et pour les personnels de la gare, je voulais une forme qui convient à l’idée de la recherche de l’identité.

L’imaginaire et la symbolique du réalisateur Mamoru Hosada

Y a-t-il une relation entre les différents étages de cette maison construite par le papa architecte et la façon dont le petit Kun va vivre ses différentes émotions ?
– Mamoru Hosada : Un enfant de 4 ans passe la plupart de son temps dans sa maison, qui représente son univers. Il fallait que je décrive toutes les personnes qui vivent dans son monde et la maison est très symbolique et conceptuelle. Je tenais à ce qu’il n’y ait pas de murs qui séparent les chambres et mettre à leur place des étages, qui symbolisent les enfants qui grandissent pas à pas. Et l’histoire se déroule autour de la cour intérieure, grâce à laquelle on découvre les secrets de la famille.

Le message de votre film est-il qu’il faut à tout prix accepter son destin ?
– Mamoru Hosada : Quand un enfant naît, il ne peut pas choisir sa famille, donc dès la naissance tout est destin, et c’est mieux qu’il l’accepte. Pour moi ce film montre plutôt quelque chose qui évolue et pas vraiment le destin qu’il faut accepter. La maison n’est pas seulement traditionnelle dans sa forme mais aussi dans celle de la famille, puisque le père travaille à la maison et c’est la maman qui travaille à l’extérieur. Et au Japon, alors qu’il y a de moins en moins d’enfants, il y en a deux dans cette famille. Cette famille essaie de sortir de la norme et les rôles de la femme et de l’homme sont inversés. Cela montre la société japonaise en évolution. Quand Miraï naît, son frère doit accepter cette arrivée et même si les adultes lui disent, ça ne marche pas, car il est très jaloux et se sent privé de tout l’amour de ses parents. C’est une initiative qui doit venir de lui et je voulais monter dans le film comment il arrive à vouloir protéger sa petite sœur et à lui donner de l’amour. C’est cette évolution qui est très intéressante pour un garçon de 4 ans. Pour en arriver là, il faut qu’il ait passé l’étape de l’acceptation de soi.

Photo du film MIRAÏ,MA PETITE SOEUR

L’immersion du spectateur dans vos films se fait par le graphisme mais également par le son, comment travaillez-vous précisément l’ambiance sonore ?
– Mamoru Hosada : Le travail du son est un peu particulier dans l’animation, et ce à quoi je tiens le plus, c’est de mettre les sons des choses qu’on ne voit pas sur l’écran, comme les cigales qu’on entend mais qu’on ne voit jamais. Pour savoir quel genre de son hors champ je peux mettre et pour donner une dimension au film, je discute énormément avec la personne en charge des effets sonores. C’est grâce au son que tout à coup un dessin devient un paysage.

Depuis que vous venez en Europe pour présenter vos films en festival, pensez-vous que votre passage dans nos pays et nos villes ont une influence sur votre cinéma ?
– Mamoru Hosada : Je viens en effet souvent dans les festivals, comme à Annecy, San Sebastian ou Cannes, et c’est vrai qu’à chaque fois que je viens, mon séjour en Europe me stimule énormément. A travers cette expérience, je pense qu’il y a eu deux changements chez moi : d’abord j’ai vraiment compris que mes films sont vus par des gens en dehors du Japon. Et donc quand je réalise des films, je pense forcément au public non japonais, et j’ai l’impression à présent de ne pas faire des films seulement pour le Japon mais pour le monde. La deuxième chose qui a changé c’est que j’éprouve des sensations très différentes quand je viens en Festival en Europe de ce que je ressens en Asie ou aux Etats-Unis. J’ai une émotion particulière, peut-être parce que j’ai fait des études de Beaux-Arts à l’Université, qui m’ont donné cette conscience que c’est l’art occidental qui domine les scènes artistiques. Je situe le cinéma dans la continuité et sur la même ligne que l’histoire des Beaux-Arts. L’art européen vient de l’art religieux chrétien. Quand je fais des films, je pense plutôt aux œuvres d’art et à ce que je peux proposer au public en termes d’impact que je peux donner dans cette histoire des Beaux-Arts.

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle 

(Crédit photo JM Lhomer)