Moins cité que The Wicker Man, LA NUIT DES MALÉFICES de Piers Haggard fait pourtant bien partie des films fondateurs de la folk horror, qu’il marque par son esthétique et son ambiance, devenues des caractéristiques du genre.
Au cœur de la trilogie impie
Le cinéma britannique des années 70 a posé une pierre angulaire dans la folk horror avec sa “Trilogie impie”, composée du Grand Inquisiteur de Michael Reeves (1968), de LA NUIT DES MALÉFICES de Piers Haggard (1971) et de The Wicker Man de Robin Hardy (1973). Cette trilogie survient dans un contexte particulier pour le cinéma de genre britannique, alors en quête de renouveau. En effet, les productions Hammer Films et Amicus, parmi les plus emblématiques du pays, peinent à se renouveler, et se dirigent vers des formules plus érotiques ou hybrides – entre épouvante et action – tel que le cycle des Fu Manchu, produit dès le milieu des années 60 chez Hammer.
Relativement récente à cette époque, la folk horror trouve ses origines en Scandinavie, avec des œuvres comme Le Renne Blanc, film finlandais de 1951, réalisé par Erik Blomberg. Toutefois, LA NUIT DES MALÉFICES a été la première œuvre explicitement catégorisée dans ce sous-genre en 2004, dans un entretien accordé par son réalisateur au magazine américain Fangoria. Et le terme a certainement fait date, car le long-métrage de Piers Haggard tient en germe tous les poncifs du genre. Des mythes et légendes locales aux couronnes de fleurs, il les énumère tous un à un.
Succubes de l’Enfer
L’intrigue prend place dans une bourgade anglaise du XVIIIe siècle. Sous les toits de chaume, la Bête s’immisce et s’empare de jeunes âmes, jusqu’à étendre son emprise à un nombre croissant de villageois. S’ensuivent, évidemment, rituels et orgies sataniques dans les sous-bois. Dans son développement classique du récit de folk horror, LA NUIT DES MALÉFICES oppose les croyances et superstitions des bonnes gens du cru à l’esprit cartésien et raisonné du juge local – figure d’autorité issue d’un milieu plus mondain. Un premier jalon posé dans la définition du genre.
Produit de son époque, LA NUIT DES MALÉFICES utilise, par ailleurs, les mythes de la sorcellerie pour exposer les corps dénudés des jeunes filles en succubes ou en sacrifice. Là où The Witch de Robert Eggers en 2015 ou Midsommar d’Ari Aster en 2019 chercheront à contourner ce lieu commun, le film de Piers Haggard instaure une vision de la féminité, encore une fois propre à ce que l’on nommera plus tard “folk horror”. L’innocente jeune fille à la peau claire et en habit blanc, détournée de la bonne morale par l’appel du Démon. L’instigatrice du chaos incarnée par Linda Hayden s’érige effectivement en figure troublante et tient une majeure partie du film sur ses épaules – si bien qu’elle manque parfois à l’écran.
Une ambiance et une esthétique fondatrices
Car, bien que précurseur, le film accuse parfois son âge et l’écriture des personnages féminins souffre les regards plus contemporains. De même, son récit suit une trame entendue, avec un personnage rattrapé par les us et coutumes qu’il méprise. Il n’empêche que, dans son ambiance tantôt onirique, tantôt inquiétante, LA NUIT DES MALÉFICES se caractérise par des décors naturels et une esthétique marquée, ancrés dans un imaginaire désormais commun. Au centre de la Trilogie impie, il contribue à instaurer les codes visuels de son sous-genre, là où The Wicker Man offre davantage d’audace dans son scénario.
Membre essentiel de ce socle fondateur, LA NUIT DES MALÉFICES vaut effectivement le coup d’œil pour sa beauté et pour ses effets pratiques, remarquables compte-tenu de son faible budget d’à peine 82 000 livres. Des morceaux de visages décharnés et des lambeaux de peau détachés d’une jambe laissent effectivement ce goût étrange et dérangeant, propre à la folk horror, que l’on retrouvera maintes fois dans les films du genre, du classique grand public de 1999, Sleepy Hollow, à la petite production néerlandaise de 2024, Hérésie. De ces classiques parfois négligés qu’il est essentiel de redécouvrir.
Lilyy NELSON
![]() | LA NUIT DES MALÉFICES sort en haute définition en combo Blu-Ray et DVD chez Rimini éditions. Le film est accompagné d’un livret de 24 pages intitulé Sous le Soleil de Satan, rédigé par Marc Toullec, et d’un entretien avec Olivier Père, directeur de l’Unité Cinéma d’Arte France. |
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