Photo du film SUBSTITUTION - BRING HER BACK
Crédits : CTMG, Inc.

SUBSTITUTION – BRING HER BACK, satanisme 3.0 | Critique

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Après le sympathique La Main en 2023, les frères Philippou passent à l’âge adulte avec un film à l’écriture plus mature et aux visuels plus percutants. En effet, les Australiens signent avec SUBSTITUTION – BRING HER BACK une œuvre de genre cruelle et sans concession, qui s’éloigne des faiblesses encore adolescentes de leur précédente réalisation.

SUBSTITUTION – BRING HER BACK, pari gagné

À la sortie de La Main en 2023, nous avions souligné tout le talent et le potentiel des frères Danny et Michael Philippou, qui signaient alors leur premier long-métrage. En effet, malgré un propos assez justement traité et une mise en scène réellement intéressante, l’écriture restait encore immature et la photo, dans la moyenne des productions horrifiques du moment. Au visionnage de leur dernière réalisation, SUBSTITUTION – BRING HER BACK, force est de constater que nous avions misé sur les bons chevaux, puisque ce nouveau film corrige ces quelques défauts scénaristiques et esthétiques. 

Toujours empreints de mysticisme, après la main empaillée du voyant, les deux Australiens nous racontent cette fois une histoire de rite satanique, en vue de ressusciter une jeune fille disparue. L’exécutrice du rituel, Laura, est mère d’accueil pour les services sociaux. Elle reçoit chez elle Piper et Andy, deux orphelins en plein deuil de leur père. Inconsolable depuis la mort de sa fille Cathy, Laura ambitionne de transférer l’âme de cette dernière dans le corps de Piper. Pour ce faire, il lui faut cependant canaliser l’énergie destructrice d’un troisième enfant, Oli, qui doit servir de vaisseau entre le corps de la défunte et celui de l’orpheline.

Une nouvelle ère dans l’horreur

Dans La Main comme dans SUBSTITUTION – BRING HER BACK, il se dégage du travail des Philippou une fascination pour les mythes anciens, qu’ils transposent avec aisance à l’ère moderne pour évoquer des thématiques tout aussi ancestrales – notamment le deuil et les abus familiaux. Créateurs d’Internet connus pour leur chaîne YouTube, Danny et Michael Philippou font partie de cette génération de vidéastes née avec les technologies et la culture d’Internet. Inclure un référentiel numérique s’opère donc de manière tout à fait  naturelle dans leurs réalisations, là où d’autres auteurs ont longtemps peiné à ajouter ne serait-ce qu’un téléphone portable à leurs scénarios. 

Ainsi, au lieu de se trouver dans les pages d’un ancien manuscrit relié de cuir, le rituel est transmis à son instigatrice par une vidéo russe aux allures de found footage. Et le smartphone participe à la progression, comme à la résolution de l’intrigue, alors que la plupart des scénaristes préféraient le voir cassé ou sans réseau il y a encore dix ans à peine. Une modernité qui place SUBSTITUTION – BRING HER BACK dans le renouveau horrifique actuel, aux côtés d’autres films plus modestes comme Wake Up. Pour autant, le dernier Philippou ne manque pas de personnalité, et c’est même toute sa force.

Un véritable film de genre

Le style brut et sans fioritures des deux frères transparaît cette fois de manière nette, là où il nous avait paru davantage lissé dans La Main. Il faut dire aussi que, depuis ce premier film, leur budget est passé de 4,5 à 15 millions de dollars. Une augmentation conséquente, qui permet aux cinéastes de nous offrir des vues aériennes – dont l’étrangeté rappelle les œuvres d’Ari Aster – mais aussi et surtout, des effets pratiques et maquillage d’une beauté terrifiante et sensiblement rare. Le travail du son, déjà présent dans La Main, vient d’ailleurs renforcer la répugnance et l’horreur présentes ou suggérées à l’écran.

Sur le plan de l’écriture, les Philippou ont également gagné en maturité et parviennent mieux à déployer la thématique du deuil inhérente à chaque personnage. La mère éplorée, le frère maltraité et la jeune fille malvoyante endurent une même souffrance, mais chacun avec leurs propres ambiguïtés. Seul à connaître une sorte de happy end, Oli, épargné par le deuil, reste néanmoins brisé par la douleur laissée aux vivants. On note, en effet, un traitement jamais manichéen et même une cruauté sans concession dans le développement de l’intrigue. Ainsi, les deux réalisateurs signent un véritable film de genre. Un cinéma qu’ils ont compris, aiment et où ils s’inscrivent un peu plus à chaque nouvelle sortie.

Lilyy NELSON

Auteur·rice

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