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Pas d’assauts de squale sanglants et répétés. Pas de requin à deux têtes, ni de Jason Statham pour les sauver. OPEN WATER raconte la lente et morose dérive d’un couple au large des Bahamas et se distingue ainsi comme un film de requin en marge des codes habituels.
Un peu de sharksploitation
Dans l’univers de la sharksploitation, autrement dit “du film de requin”, on compte, depuis les Dents de la mer en 1975, un grand nombre de films d’attaque animale pour le moins “classiques”, tels que The Reef ou 47 Meters down, d’autres avec un petit goût d’actioner, comme En eaux profondes ou Sous la Seine, mais aussi toute une foule de high concepts. La société de production The Asylum s’y est d’ailleurs particulièrement illustrée avec la saga des Sharknado, L’Attaque du requin à deux têtes ou Ice Sharks. Plus rares sont néanmoins les réalisations qui tentent de contourner ces poncifs du genre.
Parmi les variations notables, Dangerous Animals a su produire un habile mélange de sharksploitation, de survival et de psycho killer movie. Autre tentative, les frères Boukherma avaient teinté L’année du requin d’une trop grande touche de comédie sociale à la française, au point d’en oublier le requin du titre. Néanmoins, le squale au cinéma s’était déjà mêlé au drame et au survival avec OPEN WATER de Chris Kentis en 2003. Un petit film australien au budget modeste de 130 000 dollars, qui atteindra près de 55 millions de dollars de recettes au box-office mondial.
Quand le film de vacances vire au cauchemar
Tourné avec une équipe réduite de 2 à 3 personnes, durant les week-ends et les vacances du réalisateur et de son épouse, OPEN WATER ressemble, par certains aspects, à un film amateur, filmé caméra à l’épaule. Un procédé emprunté au documentaire et au found footage pour des questions de budget. Toutefois, la caméra reste extradiégétique : OPEN WATER se définit comme une fiction et ne sème jamais le doute sur la question. Ce parti pris lui donne cet aspect d’images prises sur le vif, où du film de vacances paradisiaques, on vire soudain au cauchemar de film d’horreur au milieu des requins.
En effet, lors de vacances aux Bahamas, Susan et Daniel, un couple de citadins fortunés, embarquent pour une activité de plongée sous-marine au-dessus de la barrière de corail. Malheureusement, au retour, le bateau les oublie sur place et ils commencent à dériver de longues heures, en proie aux attaques des requins, des méduses et autres menaces sous-marines. Or, loin de proposer des assauts spectaculaires de la faune animale, OPEN WATER demeure cruellement réaliste. Autant dans ses prises de vue à l’épaule que dans sa représentation des requins, filmés en toute sobriété dans leur milieu naturel.
Open Water, au-delà du simple divertissement
Bien qu’il soit vendu comme un film de requins, OPEN WATER en est plutôt l’antithèse. Inspiré de faits réels, il suppose la longue dérive de ce couple disparu dans les mêmes conditions au large de la mer de Corail en 1998. Le requin n’est qu’une menace de fond et on retrouve ce motif du couple de citadins dysfonctionnels qui se déchire face à une nature hostile, comme dans Long Weekend de Colin Eggleston en 1980. Huis clos dans l’immensité de l’océan, OPEN WATER révèle davantage un film de dialogues intimiste qu’un grand spectacle d’attaque animale.
Perdu dans ce milieu marin comme dans leur relation, le couple se voit lentement mourir, littéralement comme métaphoriquement. Et pour servir ce propos, OPEN WATER utilise des éléments du survival, avec un personnage masculin qui se moque des recommandations des autochtones et s’imagine connaître l’océan, documentaires télévisés à l’appui. Sa compagne, elle, court à sa perte par abnégation, persuadée du bien-fondé de ne pas le contredire, quitte à refouler ses propres opinions. Remarquable tant sur le fond que sur la forme, OPEN WATER fait partie de ces films qui hissent l’attaque animale au-delà du simple divertissement. Un prodige qui mérite encore le coup d’œil, plus de vingt ans après sa sortie.
Lilyy NELSON
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