L’intelligence artificielle va remplacer l’homme. Ce discours, Yann Gozlan y croit dur comme fer. Un peu trop peut-être, comme il le démontre à travers DALLOWAY, un huis clos au scénario faiblard et paranoïaque.
Clarissa (Cécile de France) ouvre les yeux au bruit des vagues. Autour d’elle, la quiétude d’une plage au lever du jour. Sauf que, dans la réalité, la quinquagénaire est encore dans son lit, bien au chaud. La mer à ses pieds ? Juste un paysage projeté par Dalloway, son intelligence artificielle.
Un outil multifonction, proposé dans le cadre d’une résidence ultramoderne d’artistes. Clarissa a quelques mois pour finir son bouquin sur Virginia Woolf. En échange, l’autrice est nourrie, logée et dorlotée par cette machine, autant capable de faire bouillir l’eau que d’encourager Clarissa à vaincre la page blanche.
Dalloway, trop paranoïaque
Rapidement, l’intelligence artificielle s’impose comme la nouvelle amie de notre héroïne. Celle-ci lui confie ses craintes, ses souvenirs… Une confiance renforcée par la voix chaleureuse de Mylène Farmer, qui double cette machine trop bienveillante. La chanteuse impressionne, distillant douceur et autorité – parfois au cours d’une même scène.
Ce lien si intime avec son IA, Clarissa n’y voit aucun problème. Jusqu’à sa rencontre avec Mathias Nielsen (Lars Mikkelsen), aussi mystérieux qu’angoissé.
La montre connectée fournie par la résidence ? Conçue pour les traquer dans leurs déplacements. Les capteurs de mouvement installés dans leurs appartements ? Ils enregistrent chacune de leurs journées. Mathias en est persuadé : ils sont surveillés.
Ses craintes ne convainquent pas le spectateur, trop occupé à s’amuser de son air alerte. Avec sa mine inquiète, il est difficile de le prendre au sérieux tant il coche les cases du paranoïaque de service. En l’absence de crédibilité, on peine à croire aux rumeurs de complot qu’il répand.
Un pastiche
Plus sa méfiance gagne Clarissa, et plus DALLOWAY s’enfonce dans la parodie. Encore davantage lorsque l’écrivaine multiplie les recherches et les révélations de pacotille. La surprise se fait rare, tant Yann Gozlan enchaîne les clichés du genre.
La planque de Mathias, par exemple, prête à sourire. « Vous êtes bien venue sans téléphone ? », demande-t-il à Clarissa avant de la conduire dans ce sous-sol lugubre. Silhouettes encapuchonnées s’y retrouvent pour hacker les plus grandes entreprises. Le tout dans une grande pièce sombre, aux murs recouverts de tags. On en rirait presque, si le film ne se prenait pas autant au sérieux.
Oui, un peu de second degré aurait probablement permis de faire passer la pilule. Mais avec son écrin travaillé, on ne peut que prendre DALLOWAY comme il est : un thriller au bel enrobage, qui dissimule tant bien que mal un scénario cousu de fils blancs. Seule l’image de Yann Gozlan, mêlant appartement épuré et mobilier ultramoderne, parvient à l’éloigner d’un modeste téléfilm. La technique est là, l’écriture moins.
Paris ravagé par la maladie
Le seul mystère qui tient vraiment en haleine est le cadre. En particulier ce Paris méconnaissable, frappé par une épidémie. Une ville où les contrôles sanitaires sont omniprésents, y compris à la sortie du métro. Les rues désertes sont sillonnées par des drones à la recherche des plus récalcitrants. Les vagues de chaleur se font sentir jusque dans les appartements. Sans compter la grève des éboueurs qui fait le bonheur des rats.
Si Yann Gozlan tente d’impliquer son public en évoquant des crises récentes, il ne fait que figer son œuvre dans un temps limité. DALLOWAY se voulait prophétique. Il restera sans doute un simple témoignage d’angoisses dépassées.
Lisa FAROU



