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Crédits : Memento Distribution

BONNARD, PIERRE ET MARTHE, d’abord un joli film – Critique

BONNARD, PIERRE ET MARTHE est un joli film. Certains verraient dans cette phrase une once de condescendance, l’insinuation mesquine d’une médiocrité. L’adjectif “joli” pour une œuvre est souvent évité, il sonne trop modeste, naïf voire rabaissant. C’est comme dire d’une personne que sa principale qualité est la gentillesse ; cela sous-entend qu’on a rien trouvé d’autre à mettre en avant, qu’il n’y a pas de profondeur en elle. Mais c’est faux et il est temps de revaloriser la joliesse dans l’Art. Ce long-métrage en est la parfaite occasion. Tout comme Pierre Bonnard était désigné comme “le peintre du bonheur”, parfois (à tort) avec dédain, BONNARD, PIERRE ET MARTHE est un joli film, et c’est un sacré compliment. Vivant, sincère, qui se concentre sur l’amour pour sublimer la peinture.

Martin Provost avait déjà réalisé Séraphine (2008), sur Séraphine de Senlis (1864 – 1942), une artiste peintre française à la trajectoire étonnante. Cette fois, il s’attaque à un autre biopic, sur Pierre Bonnard (1867 – 1947), peintre français qui a tout ce qu’il faut de cinématographique : assez secret, véritable travailleur acharné, proche de nombreux autres artistes célèbres, et surtout qui avait pour femme et muse Marthe, elle aussi détentrice d’une immense part d’ombre.

On regarde ce film comme absorbé par une toile qui s’anime. Tout prend vie sous nos yeux : la campagne, les animaux, les barques et les baignades nues dans la Seine. Éclatant. De sentiments, de couleurs. Les mouvements de caméras paraissent aléatoires, saccadés, accompagnant la spontanéité des personnages. Les plans resserrés sur les visages et les expressions permettent de parcourir une palette d’émotions très riche, complexe, à la hauteur des situations vécues par le couple. D’autres scènes sont conçues comme des tableaux, mettant en premier plan la lumière et les couleurs, de ses toiles certes mais aussi de détails plus anodins, comme le jaune d’œuf sur les lèvres de Marthe que Pierre caresse de ses mains de peintre.

Les acteurs sont également jolis. Leurs dialogues légers et la mise en scène subtile les aident à nous charmer. Les yeux pétillants de Cécile de France contiennent toute sa douceur espiègle et sa tendre folie. Elle n’en est pas à son premier film d’époque, elle a notamment joué dans l’excellent Illusions perdues (2021) de Xavier Giannoli ainsi que Mademoiselle de Joncquières (2018) d’Emmanuel Mouret. Vincent Macaigne aussi est sacrément beau, comme il le mérite, pas grimé, dépressif ou vieilli comme dans plusieurs de ses précédents rôles, par exemple dans L’Origine du monde (2021) de Laurent Lafitte. Il joue si bien, avec sa moustache, son charisme et son immense talent. 

Photo du film BONNARD, PIERRE ET MARTHE
Crédits : Carole Bethuel

Le réalisateur a choisi pour titre le nom des deux amants (BONNARD, PIERRE ET MARTHE), s’éloignant ainsi de la tradition implicite du biopic de se consacrer un seul personnage, en l’occurrence souvent l’artiste célèbre. Ce n’est pas un détail, c’est la volonté du réalisateur ; prendre leur relation amoureuse pour sujet principal du film. La scène d’ouverture est d’ailleurs leur rencontre, comme si ce qui existait avant ne comptait pas. C’est leur histoire qui importe, et tout ce qu’elle raconte : l’évidence d’une rencontre, la simplicité, l’insouciance, autant de joies enfantines que d’inquiétudes d’adulte, la rudesse, les mensonges, la trahison, le deuil. Se concentrer sur cette histoire d’amour permet de sublimer les peintures, leur donner vie très subtilement, en les ancrant dans le réel et leur histoire. D’ailleurs, Marthe pose peu ; elle se contente d’être, et il la dessine ainsi, dans l’intimité du quotidien.

Un choix de couple. Rafraîchissant. Martin Provost rompt avec le concept des « femmes de l’ombre », celui des épouses en soutien, derrière leurs maris aviateurs, artistes, cosmonautes, politiques… Il y a un vrai travail de valorisation du duo, et surtout du rôle de muse, actif et central, pilier dans le processus créatif. Dans Priscilla (2024), autre fille actuellement à l’affiche, Sofia Coppola va jusqu’à réaliser un biopic sur la femme d’Elvis. L’immense chanteur, joué par Jacob Elordi, devient un personnage secondaire, là où deux ans plus tôt, Baz Luhrmann réalisait Elvis (2022), avec Austin Butler et Tom Hanks en personnages principaux. L’évolution est intéressante. Martin Provost confirme que ceux qui inspirent les artistes, qui font partie de leur vie, font tout autant partie de leurs œuvres. BONNARD, PIERRE ET MARTHE n’est donc pas qu’un joli film, bien que ce serait amplement suffisant pour être réussi ; il est aussi moderne, puissant et intrépide.

Agathe ROSA

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