Photo du film THEY WILL KILL YOU
Crédits : Warner Bros. Ent.

They Will Kill You, increvables bourgeois

Noter0 Note
3.5
BEL EFFORT
IMDb6.5/10Letterboxd3.8/5Metacritic50/100Rotten Tomatoes63%

Comédie horrifique efficace, They Will Kill You mêle l’énergie du cinéma russe au faste des productions américaines. Si le film esquisse une satire sociale, il délaisse malheureusement vite sa réflexion au profit d’un divertissement sanglant, nerveux et totalement assumé.

A Russian man in New York

Produit par Andy Muschietti, réalisateur du Ça de 2017 et de sa suite, They Will Kill You se distingue d’ores et déjà comme un pur divertissement jouissif, en tout point dans l’air du temps. À la barre, le grand public découvre Kirill Sokolov, un scénariste et réalisateur russe, déjà auteur de deux comédies horrifiques dans son pays. Et l’on remarque un sens du rythme et du gag très propres aux comédies russes contemporaines, bien plus contenus que dans ses premières réalisations. Un savoureux mélange culturel donc, mis en avant et valorisé par Muschietti, pour sa part d’origine argentine.

Remarqué dans plusieurs festivals en 2019, le premier long-métrage de Sokolov, Why Don’t You Just Die!, annonçait la couleur. Humour noir, photographie aux tons vifs et mouvements de caméras nerveux ponctuaient déjà un récit de vengeance aux accents sociétaux. Autant d’éléments que l’on retrouve dans They Will Kill You, avec un budget plus confortable, mais un conformisme néanmoins induit par sa production américaine. Il n’empêche que l’audace, pour un film hollywoodien, d’embaucher un réalisateur russe se doit d’être saluée dans le climat politique actuel.

Une farce sociale malheureusement bien innocente

D’autant plus que, sous son emballage de comédie horrifique grand spectacle, They Will Kill You entend aborder des problématiques sociales. En effet, l’héroïne incarnée par Zazie Beetz, vue dans Deadpool 2 et Joker, est embauchée dans un immeuble chic, le Virgil, pour servir ses riches résidents. Issue d’une minorité sociale pauvre, elle est choisie sur ces critères pour servir de sacrifice humain, car la police n’enquête que rarement sur ce type de disparition. Une jeune femme dans le besoin, employée comme offrande par une classe bourgeoise, afin d’accéder à l’immortalité dans un rituel satanique.

Un plot qui donne froid dans le dos, tant il est facile d’en retirer le vernis fantastique pour y voir un parallèle avec l’affaire Epstein, R. Kelly et d’autres cas sordides de traite d’êtres humains. La surprise de voir Zazie Beetz éclater les dents de ses riches assaillants avec talent n’est donc pas dissimulée. On s’amuse également de voir en antagonistes, une Heather Graham avide de sang, et une Patricia Arquette en matriarche mi-tendre, mi-psychopathe. Un portrait pas si reluisant de la « noblesse » hollywoodienne, qui tendrait presque à faire grincer des dents, si la farce ne se révélait pas si innocente dans son final.

Fun bien qu’un brin demeuré

En effet, bien qu’il jouisse de la réalisation nerveuse de son auteur avec un budget à la hauteur de ses ambitions, They Will Kill You abandonne ici ses réflexions sociales pour finalement ne devenir qu’un grand divertissement décomplexé. Il accomplit cependant cette mission avec brio, dans une unité de temps – une nuit – et de lieu – le Virgil – restreintes. Véritable piège mortel, le grand immeuble regorge de trouvailles : passages secrets, culs-de-sac, issues verrouillées… Elles servent autant d’obstacles que d’atouts à l’héroïne – une ex-détenue revenue sciemment s’enfermer – pour se frayer un chemin vers la liberté.

Compte-à-rebours inéluctable, la nuit se transforme en délai pour sa survie. Les résidents ont jusqu’au matin pour l’exécuter et perpétuer ainsi leur rite d’immortalité. Immortalité qui n’empêche pas ces increvables bourgeois de subir des dommages physiques, parmi les plus grandes attractions du film. La tête éclatée d’Heather Graham, laissant son corps aveugle pourchasser sa victime dans une folle course-poursuite, crispe autant les âmes sensibles qu’il n’enthousiasme les amateurs de sang. En d’autres termes, s’il passe à côté de son propos au profit du fun, They Will Kill You le fait néanmoins avec talent, et sans s’excuser de paraître un brin demeuré. Après tout, on ne demandait pas mieux.

— Lilyy NELSON

Auteur·rice

Ne pas fermer les yeux – Tribune

La communauté ciné/séries francophone prend la parole sur ce que le Rassemblement National représente pour le cinéma français, le CNC et la liberté de création.

Lire la tribune et cosigner →

Nos dernières bandes-annonces