Photo du film L'OBJET DU DELIT
Crédits : Les films du kiosque / Studiocanal / Anne-Françoise Brillot

L’Objet du délit, Jaoui et le MeToo en musique

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Les films d’Agnès Jaoui ont toujours eu quelque chose de réjouissant. Même sans Jean-Pierre Bacri, à qui elle dédie L’Objet du délit, on retrouve la gouaille des deux complices d’écriture, cette même tendresse qu’elle a pour la troupe qu’elle filme. Le sujet, lui, est on ne peut plus actuel : le MeToo à l’Opéra.

Dans les coulisses d’une ambitieuse production des Noces de Figaro, les tensions montent lorsqu’une accusation d’agression sexuelle éclate, mettant en péril le spectacle et forçant chacun à prendre position. C’est le troisième film de l’année 2026 à situer son action dans les coulisses d’une création artistique – après L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen et Élise sous emprise de Marie Rémond. Comme si le cinéma cherchait aujourd’hui à regarder derrière la caméra, sous le tapis, ce qui s’y cache et s’y trame.

Une troupe face aux mœurs qui changent

Là où L’Être aimé traite d’un réalisateur aux méthodes oppressives, L’Objet du délit s’intéresse à une troupe entière prise dans les turbulences du changement. Comment ces nouvelles mœurs – sexuelles, sociales, générationnelles – reconfigurent les relations au quotidien, et surtout au travail ?

Agnès Jaoui laisse la part belle aux femmes, aux actrices, d’Eye Haïdara à Tiphaine Daviot ou Claire Chust, sans oublier Jaoui elle-même. Les hommes, eux, sont moins formidables : lâches (Auteuil), inoffensifs ou carrément beauf (Weber en père gâteux), franchement machos (Vincenzo Amato), ou encore cyniques et opportunistes (Patrick Mille, Maxime Pambet). Le seul à avoir une vraie épaisseur est le régisseur, incarné par Oussama Kheddam – parce qu’on le voit évoluer, scène après scène.

Le film pose des questions simples, mais qui font mal : comment trouver sa place dans un groupe, dans une société dont les règles bougent sans cesse ? Comment ne pas se retrouver trop décalé, trop effacé, ou au contraire trop brutal ? Et dans tout ça, comment dialoguer – comment faire résonner des voix dissonantes qui doivent pourtant finir par s’accorder ?

La légèreté comme arme politique

Agnès Jaoui et ses co-scénaristes posent toutes ces questions sans jamais tomber dans la démagogie. D’un sujet grave, ils tirent une comédie légère, voire réjouissante – et c’est précisément là que réside le tour de force. Le film s’ouvre sur la définition du mot « cacophonie » : étrange mise en abyme entre le désordre musical et la cacophonie de nos sociétés, où tout le monde parle mais où personne ne s’écoute vraiment, trop occupé par son ego, ses positionnements, son vécu.

Si le film s’étire parfois un peu longuement en plus de deux heures, son message n’en reste pas moins important – et précieux, à une époque où ces sujets sont trop souvent traités avec une gravité mortifère.

Le triomphe de la création

Le choix de l’opéra n’est pas anodin. Agnès Jaoui est elle-même chanteuse lyrique, et on perçoit dans la dernière scène – la Première du spectacle, enfin – une joie communicative de transmettre cette passion. La musique accompagne le spectateur tout au long des tribulations de la troupe, de Paris au Luberon, jusqu’à ce moment où le rideau se lève sous les yeux amusés et médusés du public. On lit sur les visages le trac, l’excitation, la fierté de ceux qui ont tout traversé pour en arriver là.

La fin est légère, avec une belle part laissée au consensus et au statu quo – non sans efforts de la part des uns et des autres. Les rôles tournent, les places changent, les générations s’entremêlent. On en sort heureux, portés par la cocasserie des situations et par ce que L’Objet du délit célèbre au fond : le triomphe fragile, toujours recommencé, de la création artistique.

— Marie B

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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