Dans son dernier film, DIEU EXISTE, SON NOM EST PETRUNYA, Teona Strugar Mitevska dessine un beau portrait de femme courageuse qui défie une société patriarcale et rétrograde.
Si l’on devait résumer DIEU EXISTE, SON NOM EST PETRUNYA, on pourrait emprunter une phrase que prononce l’héroïne Petrunya (Zorica Nuscheva) : “Je suis une femme, pas une idiote”. Car tout le propos de ce film puissant de la réalisatrice Teona Strugar Mitevska consiste à démontrer qu’il est temps, pour les femmes, ne plus se laisser faire dans une société patriarcale et de changer les mentalités. Certes, le film se situe en Macédoine- un pays qui n’existe que depuis 1991, année de la dissolution de la république yougoslave- dont la présence de l’État et les traditions religieuses sont encore fortement ancrées.
Et c’est d’ailleurs à l’occasion d’une fête sacrée dans la ville de Stip, que la réalisatrice propose une réflexion passionnante au spectateur. Chaque année en janvier, le prêtre de la paroisse lance une croix de bois dans la rivière de la ville, assurant bonheur et prospérité à l’homme qui l’attrape parmi la trentaine de ses acolytes.
Cette tradition ne concerne que les hommes et il n’est d’ailleurs jamais venu à l’idée d’aucune femme de plonger. Pourtant, Petrunya qui passait par là, se jette à l’eau et attrape la fameuse croix. La réalisatrice réussit alors parfaitement à montrer que cet événement est bien loin d’être anodin et à quel point il va créer le chaos et mettre à mal toute une communauté.
Au travers de son héroïne lumineuse des temps modernes, DIEU EXISTE, SON NOM EST PETRUNYA est un film porteur d’espoir.
Le portrait que dresse Teona Strugar Mitevska de cette jeune femme de trente-quatre ans est fascinant. Si Petrunya semble avoir agi sous le coup d’une impulsion ou peut-être d’un jeu, ses réactions suivantes sont plutôt de l’ordre de l’affaire de principe et du défi des pouvoirs religieux et des autorités en place. Dotée d’une grande intelligence, impétueuse, énergique, Petrunya a bien du mal à accepter les codes d’un ancien monde.
Elle vit toujours chez ses parents, cherche un travail mais avec ses études d’histoire, elle est surqualifiée pour les jobs manuels que des types potentiellement harceleurs lui proposent. Certains de ces hommes abjects la rejettent même, arguant que son physique n’est pas très avenant, ramenant inexorablement la femme à une condition d’un autre temps. La réalisatrice, rencontrée lors de la présentation de son film à Bordeaux, dit avoir choisi son interprète Zorica Nuscheva, actrice de théâtre comique et dont la présence illumine le film « pour la sagesse de son regard et sa beauté non habituelle”.
Les réactions des concitoyens de Petrunya, y compris celles de sa propre mère toxique, sont particulièrement violentes. Traitée de voleuse, puis de fugitive, elle est arrêtée par la police et presque lynchée par une foule d’hommes participants à la fête. Car le film donne à voir, et on en a encore froid dans le dos, la façon brutale dont une femme peut devenir un objet de concentration de la haine irrationnelle d’un groupe d’hommes. Mais heureusement Petrunya est une dure à cuire et va peu à peu apprendre à se faire confiance, à imposer ses idées et à ne pas céder à la pression de la société. Elle parviendra même à émouvoir un jeune policier, à faire rire un magistrat et presque à faire douter un prêtre.
Au travers de son héroïne lumineuse des temps modernes, DIEU EXISTE, SON NOM EST PETRUNYA est donc un film porteur d’espoir qui met brillamment en lumière le courage et la solidarité indispensable de citoyens féministes pour faire évoluer les regards et les mentalités dans cette région du monde.
Sylvie-Noëlle
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• Réalisation : Teona Strugar Mitevska
• Scénario : Teona Strugar Mitevska, Elma Tataragic
• Acteurs principaux : Zorica Nuscheva, Labina Mitevska
• Date de sortie : 1er mai 2019
• Durée : 1h40min
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