Bon nombre de spectateurs, poussent un soupir excédé quand ils apprennent qu’un film à succès donnera lieu à une . Chacun y va de son reproche en se fiant à ses expériences passées, arguant après visionnage de la bande-annonce que ce deuxième, troisième ou quatrième opus ressemble trop au précédent; ou se plaignant au contraire qu’il s’en éloigne trop et que l’esprit de l’oeuvre originale est ainsi dénaturée. Cela vous rappelle votre propre situation ? Vous ressentez soudain une irrépressible envie de nous confiez dans les commentaires, vos appréhensions face aux nombreuses suites annoncées sur les écrans en 2015 ? Avengers 2Jurassic WorldTerminator Genisys ?

Ça tombe bien, dans cet article je vais vous parler de totalement autre chose, à savoir ces suites que nous avons tant attendues ou que nous attendons toujours, mais dont le développement peine à aboutir, et nous laisse seul, abandonné et fragile devant les néons d’un multiplex de banlieue, comme un junkie qui attendrait tristement sa dose sous un sordide réverbère. Mon propos ne vous aidera peut-être à vaincre cette détresse émotionnelle qui unit ceux qui ont tant été séduit et tant été trahit par cette incorrigible allumeuse qu’est Hollywood, mais malgré tout essayons tout ensemble de faire le deuil de ces sagas boiteuses, amputées d’un épisode, amorçant des intrigues et commençant des arcs narratifs inachevés. Courage !

 

À l’heure où les sagas littéraires pour adolescents se retrouvent presque systématiquement adaptées sur grand écran, il est pertinent de commencer ma liste en évoquant deux films tirés de la littérature jeunesse contemporaine qui n’ont pas eu le succès escompté au box-office.

En 2004, Brad Anderson réalisateur de Casper, proposait une adaptation burtonienne du livre de Lemony Snicket , Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire. Bourré d’idées loufoques et magnifiquement illustré d’images gothiques, le film nous présentait une fratrie attachante et toute une galerie de personnages secondaires originaux dont on aurait volontiers pris des nouvelles après ça, d’autant plus que le film ne reprend que les intrigues des trois tomes de la saga, qui en compte treize au total (superstitieux s’abstenir).

En 2007, New Line tente de concurrence la HarryPotter-mania en empruntant au grand Philip Pullman la magie et le merveilleux de sa trilogie À la croisée des mondes. Si La Boussole d’or se perdait parfois dans son bestiaire riche et déconcertant, des ours vêtus d’armure aux sorcières traditionnelles en passant par les daemons polymorphes, il possédait une réelle identité visuelle mêlant des architectures art-nouveau et steampunk et aurait bien mérité ces deux suites, développant les relations complexes entre Daniel Craig et Nicole Kidman, les parents de l’héroïne.

En 2012, à son tour, y va de son blockbuster reprenant un univers littéraire en puisant dans l’œuvre d’Edgar Rice Burroughs. Sur le papier, John Carter a tout pour plaire aux petits et aux grands, en proposant une fresque riche en images spectaculaires et un équilibre efficace entre space-opéra et aventures old school. Pourtant lors de la sortie du film, le public semble bouder cette formule et le budget faramineux de 250 millions de dollars ne sera jamais amorti sur le territoire américain. Les producteurs et le réalisateur (Le Monde de Nemo, Wall-E) renoncent ainsi à transformer l’essai en franchise, alors que leur épopée martienne n’était que la première d’un cycle, comptant onze romans ou recueil de pulps.

En 2007, avec 28 semaines plus tard l’hispanique Juan Carlos Fresnadillo reprend la franchise initiée par le britannique Danny Boyle et poursuit l’invasion zombie du Royaume-Uni, en centrant l’action sur des personnages et des points de vue différents de 28 jours plus Tard. Après la sortie et le succès de ce deuxième volet, Alex Garland producteur et scénariste des deux films lance l’écriture et le développement d’un troisième scénario. Ce n’est qu’en 2010 qu’il annoncera dans la presse que les droits du film sont partagés entre deux groupes qui sont en conflit et, qu’en l’état, une suite n’est pas envisageable. Les spectateurs risquent de ne jamais savoir qui des zombies ou des humains ont été exterminé quand le virus a gagné la France, puis l’Europe entière.

FanArt de Biohazard20

 

En 2008, après un premier opus sympathique mais inabouti, Guillermo Del Toro demande à , le héros de comics crée par Mike Mignolia de reprendre du service pour un deuxième film diablement fun intitulé Les Légions d’or maudites. Si le réalisateur et son acteur fétiche Ron Perlman ont un temps envisagé de faire vivre une troisième aventure au colosse cornu, le planning chargé du premier (Crimson Peak, Pacific Rim 2) et les récentes déclarations du second, laisse à penser que le chasseur de démons n’est pas prêt de pointer à nouveau le bout de son revolver à six canons.

FanArt d’Orlando Arocena

 

Tiens puisque je parle de Ron Perlman, depuis cinq ans son nom est associé à un projet, qui décidément peine à se concrétiser : Bubba Nosferatu. Ce de Bubba Ho-Tep (2002) avait de quoi ravir les amateurs de films fantastiques de série B, surtout que le script du premier mêlait si bien comédie et mélancolie qu’il transcendait le genre. Mais le principal atout du film résidait dans l’interprétation d’un Elvis Presley grabataire par le génial Bruce Campbell. Hélas la star du cinéma bis se fâche avec le réalisateur et scénariste Don Coscarelli et quitte le projet en 2007 au profit de l’interprète d’Hellboy. Si la production de ce sequel à très petit budget semble menacée, l’acteur Paul Giamatti qui y doit partager l’affiche avec Perlman a déclaré en 2010 qu’il existait bel et bien un scénario achevé et qu’Elvis avait encore des chances de venir combattre les vampires sur nos écrans. On attend toujours.

Bubba Nosferatu - Move Poster by fauxster

FanArt de Fauxster

 

J’ai cité dans le paragraphe précédent le nom du légendaire Bruce Campbell, passé à la postérité dans les années 80 pour son rôle de Ash, héros indestructible de la trilogie . Je ne peux donc pas ignorer le projet Evil Dead 4 qui unit l’acteur au réalisateur qui l’a révélé : le joyeusement sadique . Si le dernier chapitre de la trilogie originelle (à ne pas confondre avec la nouvelle franchise initiée par le remake de 2013) date d’il y a plus de vingt ans, ceux qui auront vu sa fin alternative savent qu’il s’agissait d’un cliffhanger, lançant en plant notre héros en plein Londres post-apocalyptique. Si depuis deux ans, Campbell et Raimi prétendent préparer un sequel à la mythique saga horrifique, tantôt intitulé « Evil Dead 4 » tantôt « Army of Darkness 2« , le réalisateur semble davantage occupé par son film de guerre The Outpost et par l’adaptation du jeu vidéo The Last of us . À moins que l’annonce d’une série commandée par la chaîne Starz pour 2015 Ash vs Evil Dead, ne réunissent enfin les deux vieux complices…

FanArt de The Mad Butcher

 

Autre film fantastique des années 80 à nous gratifier d’une loufoquerie bienvenue, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin, délire sorti de l’imaginaire du maestro John Carpenter devait lui aussi connaître un sequel, à en croire l’esprit serial hommage aux années 30-40 (à l’instar de la saga Indiana Jones datant de la même décennie), et surtout le retournement de situation à la toute fin du film qui établissait un lien complice avec le public, l’invitant à suivre son héros bas-du-front dans d’autres aventures rocambolesques. Hélas le délire  engrangea seulement 11 millions de dollars au box-office américain pour 25 investis, poussant son créateur à plancher sur d’autres projets (Le prince des ténèbres, Invasion Los Angeles).

Le genre de la comédie familiale lui aussi engendre son lot de suites; et parmi celles-ci on peut évoquer le cas délicat de Mrs Doubtfire 2. En avril 2014 le magazine Hollywood Reporter affirme que le personnage emblématique des années 90 fera son retour au cinéma, une nouvelle fois interprété par , qui pouvait trouver ici une occasion de relancer sa carrière. Malheureusement l’acteur décède quatre mois plus tard; et même si le rôle peut être endossé par un performer de la même trempe recouvert de prothèse et de maquillage; les producteurs annulent le projet en pensant, à juste titre, qu’il reposait avant tout sur le génie comique de Williams .

Mais éloignons-nous de l’enfer d’Hollywood et retrouvons le monde merveilleux du cinéma français. En 2006, Jérôme Cornuau adaptait la série policière Les Bridages du Tigre, narrant les enquêtes d’une division d’élite de la police en début du XXème siècle. Dépoussiérant le concept et ses personnages vieux de trente ans, il signait un film de genre atypique dans le cinéma hexagonal, dont le scénario confus et les baisses de rythme ne convainquirent pas le public. Pourtant lors de la lourde promotion du film, l’équipe prétendait que le producteur Manuel Munz était tellement satisfait du résultat, qu’il avait déjà lancé le développement d’un deuxième opus, dans lequel les policiers auraient traqué des déserteurs de la première guerre mondiale.

Copyright TFM Distribution

 

Bien entendu j’aurais pu faire une liste exhaustive des films se terminant sur un cliffhanger (l’indémodable Flash Gordon par exemple) ou des suites subissant encore à l’heure actuelle un développement laborieux (suivez mon regard : S.O.S Fantômes 3), mais je préfère à présent tourner la page de toutes ces déceptions cinéphiliques, en me faisait une bonne séance DVD et pop corn devant l’opus d’une saga qui lui n’a pas déçu nos attentes. J’hésite entre Indiana Jones 4 et Les Bronzés 3. Comme disait Carla Bruni : « Le Temps qui glisse est un salaud, et de nos chagrins il se fait des manteaux. »

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