Notre deuxième journée au ARRAS FILM FESTIVAL fut sous le signe du voyage. Le matin, un tour au Brésil, suivi de la Serbie puis du Maroc. Et entre ces escales, un petit tour place du Beffroi sous un soleil radieux. Pas de quoi se plaindre !
COMME NOS PARENTS de Lais Bodanzky
Très belle découverte ce matin avec le film brésilien de Lais Bodonzky, COMME NOS PARENTS. Rosa est mariée à un militant écologique qui se bat comme la déforestation de l’Amazonie pendant qu’elle élève leurs deux filles et a du mal à trouver le temps d’écrire ses pièces de théâtre. Lors d’un déjeuner familial chez sa mère, celle-ci lui apprend que son père n’est pas son père et qu’elle est le fruit d’une aventure qu’elle a eue avec un homme politique. Alors que son couple va mal, qu’elle s’interroge sur le sens de sa vie, Rosa est chamboulée et déterminée à comprendre d’où elle vient.![[ARRAS FILM FESTIVAL] JOUR 3 19 Comme nos parents 02](https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2017/11/Comme_nos_parents_02.jpg)
COMME NOS PARENTS frappe par la justesse de son écriture comme de sa mise en scène. On fait corps avec le personnage à chaque moment (formidable et sublime Maria Ribeiro) et tout ce qui lui arrive et la traverse nous semble si familier (du moins en tant que femme et mère !) que le film en devient presque cathartique par moment. Rosa est une femme féministe et libre mais qui s’est résigné à une forme d’enfermement pas simple à conjurer. Sa « renaissance » relève plus d’une acceptation de soi que d’un réel changement. Après tout, on est comme nos parents, comme nos mères, « des femmes qui ne savent rien de la maternité et qui font ce qu’elles peuvent ». Un film féministe, juste et humble.
J’AI MEME RENCONTRE DES TZIGANES HEUREUX d’Aleksandar Petrović
Film emblématique sur la communauté tzigane, J’ai même rencontré des tziganes heureux sort en 1967 et est en compétition à la sélection officielle à Cannes. Claude Lelouch qui fait partie du jury y décelle une possible Palme d’or mais le président du Festival de l’époque la refuse, ayant promis à Antonioni la Palme pour son Blow up. Lelouch démissionne du jury et contribue à distribuer le film de Petrović. Restauré, le film ressortira en salles le 15 novembre prochain avec la contribution du distributeur Malavida et c’est immanquable.
Entre le documentaire et la fiction, J’AI MEME RENCONTRE DES TZIGANES HEUREUX raconte l’histoire de Bora, vendeur de plumes qui se dispute les territoires où ils peuvent faire affaire. Bientôt ils se disputeront aussi Tissa, une jolie sauvageonne dont Bora s’est épris.
Tourné en Serbie, J’AI MEME RENCONTRE DES TZIGANES HEUREUX est le premier film qui met en scène de réels tziganes et constitue un témoignage quasi-documentaire sur cette communauté. Petrović insipirera d’ailleurs Emir Kusturica ou Tony Gatlif. Il a su le premier rendre hommage à leur culture, leur musique, leur coutumes et les filmer comme des Hommes (« Nous sommes des hommes quand même » rappelle Bora à une soeur qui lui refuse de l’argent). Si le film est construit comme une fiction avec un récit et ses personnages, on retient surtout les scènes filmées avec un souci du réel, traversées par la grâce des personnages, plus vrais que nature, telles les scènes époustouflantes dans le bar où l’on peut entendre ce qui est encore aujourd’hui l’hymne tzigane Djelem Djelem, ou dans les habitations de fortune où la boue remplace le bitume. Chaque acteur a une vraie “gueule“ et leur présence à l’écran irradie et nous emporte.
Comme dit Lelouch « tout est fait pour que le spectateur devienne acteur et se projette » et en cela le film relève vraiment de la fiction. Pourtant, la volonté de raconter leur quotidien transpire, et derrière les scènes fictives et poétiques (la scène où Bora jette les plumes du camion) on retrouve tout au long du film des plans au réalisme frappant, jusqu’à la scène finale où alors que Bora est recherché par la police, la caméra balaie tous les visages du village, des vieilles édentées aux gamins clope au bec. Un grand film à découvrir absolument.
PRENDRE LE LARGE de Gaël Morel
Une usine de textile délocalisée au Maroc, Sandrine Bonnaire en ouvrière déterminée à travailler coûte que coûte, Tanger en guise de décor, PRENDRE LE LARGE de Gaël Morel pourrait ressembler à un récit initiatique. Pourrait seulement car on dirait davantage un téléfilm qui donne envie de rebrousser chemin plutôt que de prendre le large.![[ARRAS FILM FESTIVAL] JOUR 3 22 prendre le large 01](https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2017/11/prendre-le-large_01.jpg)
Mais on reviendra sur ce film plus en détails très rapidement, sa sortie étant mercredi !
![[ARRAS FILM FESTIVAL] JOUR 3 23 emmanuel finkiel](https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2017/11/emmanuel-finkiel.jpg)
On évoque aussi ses longues focales très présentes dans le cinéma de Finkiel, « un moyen de ne pas nier que ce qu’on filme est filmé », de traduire en quelque sorte notre propre regard fragmenté qui ne fait pas le point sur tout. Finkiel tient à cette notion de documentaire ce qui nous emmène à une discussion sur le réel. Vaste sujet. Son cinéma oscille entre l’onirisme, la mémoire, le réel et l’imagination. « Votre cerveau s’appuie toujours sur votre imagination même lorsque vous relatez quelque chose de vécu. Alors le réel… quel est-il vraiment ? ». LA DOULEUR, on le disait hier, évoque en effet des faits historiques d’un point de vue subjectif, celui de Marguerite, loin d’une reconstitution figée, en conservant cette part de flou inéluctable. C’est ce qui fait la force du film et la réussite de cette adaptation. Ecrire, dit-elle. Filmer, répond-il.
La soirée s’est terminée par l’avant première de THELMA de Joachim Trier et promis, on vous en parle demain !
Anne Laure Farges
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![[ARRAS FILM FESTIVAL] JOUR 3 17](https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2017/11/J_ai_meme_rencontré_des_tsiganes_heureux_04.jpg)
![[ARRAS FILM FESTIVAL] JOUR 3 20](https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2017/11/J_ai_meme_rencontré_des_tsiganes_heureux_01.jpg)
![[ARRAS FILM FESTIVAL] JOUR 3 21](https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2017/11/J_ai_meme_rencontré_des_tsiganes_heureux_08.jpg)

![[CRITIQUE] TOUT NOUS SÉPARE 25 Photo 4 Tout nous sépare 1](https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2017/11/Photo-4-Tout-nous-sépare-1-250x340.jpg)

