Déjà présent à Cannes en 2013 en sélection officielle avec Only lovers left alive, Jim Jarmusch sera de nouveau sur la croisette cette année pour tenter de gagner la palme d’or.

Son précédent film avait reçu un accueil très chaleureux à Cannes. L’ambiance romantique et désabusée (limite hipster ?) du couple de vampires glams formé par Tom Hiddleston et Tilda Swinton, renforcée par une photographie exceptionnelle, donnait à Only lovers left alive un cachet indéniable. Les mauvaises langues évoqueront l’étrange jeu de miroirs entre le vampire dépeint par Jarmusch et la figure archétypale du critique : esthète au savoir référentiel infini, chaque nouvelle création ne peut être appréciée qu’en comparaison avec l’histoire de l’art qui l’a précédée.

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On sait très peu de choses du scénario ou de l’univers de PATERSON, si ce n’est que Adam Driver y jouera un chauffeur de bus (Driver = chauffeur en anglais, ah.) qui déambule dans le New Jersey, a priori dans le même mood mélancolico-poétique de la plupart des films de Jarmusch. Adam Driver donnera la réplique à Golshifteh Farahani (Les Deux Amis, Poulet aux Prunes), qui interprétera sa femme, apparemment plus hyperactive que le jeune homme, et Kara Hayward, remarquée encore adolescente dans Moonrise Kingdom de Wes Anderson. Le titre du film de Jarmusch est également tiré d’une ville, Paterson dans le New Jersey. Peut-être une incursion dans le film choral cher à un Robert Altman ? (Nashville, Kansas city, Short cuts).

Le site finalreal.co/uk semble s’être procuré la description donnée au marché du film de Berlin pour trouver des acheteurs sur le marché européen : “Paterson observe chaque jour la même routine : il roule selon l’itinéraire, observe la ville tout en conduisant, écoute les fragments de conversation qu’il entend autour de lui ; il écrit des poèmes dans un carnet ; il promène son chien ; il s’arrête dans un bar et boit une seule bière ; il rentre chez lui où l’attend sa femme Laura. Par contraste, le monde de Laura est en perpétuel changement, rêveuse de nouvelles choses tous les jours. Paterson aime Laura et elle l’aime en retour. Il l’a supporte dans ses nouvelles ambitions ; elle le conforte dans son don pour la poésie. Le film observe calmement les triomphes et les défaites du quotidien, la poésie en révélant ses moindres détails.

Malgré une opposition de deux tempéraments, le film ne semble pas avancer via le conflit. On imagine encore mal comment Jarmusch arrivera à nous emporter dans ce nouvel univers, beaucoup plus routinier que le précédent. Mais qu’importe, Jarmusch emploie toujours le récit comme une excuse à la contemplation, à la perte sensorielle dans un espace-temps cotonneux, étiré entre spleen et révélation métaphysique de la beauté simple du monde.

Jim Jarmusch et Adam Driver en pleine discussion sur le tournage de Paterson.

Jim Jarmusch et Adam Driver en pleine discussion sur le tournage de Paterson.

Ce mélange entre spleen et beauté plastique a régulièrement permis d’obtenir à Jarmusch un ticket d’entrée à Cannes. Déjà en 1984 avec Stranger Than Paradise qui lui permet de remporter la caméra d’or, puis en 2005 avec Broken Flowers et finalement 2013 avec Only lovers left alive.

L’esthétique de la zénitude de Jarmusch doit beaucoup à sa collaboration avec le chef-opérateur Robby Müller (Dead Man, Ghost Dog et Down by law). Comme il a pu le dire lui même : “J’ai appris tellement de cet homme [Robby Müller] à propos du cinéma, de la vie, de la lumière et de comment capturer les choses sur le vif, à propos de suivre son instinct aussi. […] On a trouvé le plus beau et dramatique des paysages, et pourtant on lui a tourné le dos et filmé dans l’autre direction. Robby a dit : “Regarde comment c’est magnifique, un vrai putain de calendrier ! Regarde de l’autre côté, ce petit arbre et cette pierre, très triste et émouvante, n’est-ce pas ?” Donc on a filmé ça à la place.” (Lincoln Center, Avril 2014). Même s’il a collaboré depuis avec d’autres chefs-opérateurs, Jarmusch a continué à travailler cette sensibilité.

Un extrait vient d’être diffusé par Amazon (le studio producteur du film)


On devrait donc retrouver une énième déclinaison de la poésie du détail et de l’instant suspendu dans ce PATERSON, puisque s’il on en croit le sélectionneur cannois Thierry Frémaux, “c’est un film très jarmuschien.”

Thomas Coispel

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PATERSON de Jim Jarmusch, l’occasion de définir le style du réalisateur

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