Alors je vais être honnête sur ce coup-là : J’ai franchement dormi pendant la projection. Je ne pourrai décemment pas, dans cette critique, parler de scénario ou de fond (bien que j’y ai perçu de l’intime, et de la mélancolie). Je proposerai un nouvel avis plus « éveillé » dès que j’aurai revu le film…
OK – j’ai revu le film, et je suis tout de même passé a coté de beaucoup de choses.
Nouvelle critique prévue pour le 29 mai 2015

Ce que j’ai en outre retenu, c’est d’avoir pris une claque esthétique, d’avoir « assisté » à un film unique.
Novice du cinéma de Hou Hsiao Hsien, je ne saurais comparer à d’autres de ses œuvres. Par contre, vis-à-vis d’autres Wu xia pian… Simple : je n’avais jamais vu ni même imaginé cela.

Il y a une scène (sidérante de beauté) dans … Qui finalement, résume la perception que j’ai eu du film et dont on peut appliquer la structure à de nombreuses autres scènes.
Au premier plan, du vert, les confins d’une forêt. Au dernier plan, cette imposante montagne rocailleuse. Au centre haut-droite, un chemin terreux qui permet à une caravane de chevaux de partir du sommet de la montagne, vers une grotte. Celle-ci se trouve tout en bas, à gauche; un chas d’aiguille en comparaison de l’immensité de la montagne. Puis, dans le reste de l’image, le ciel, blanc. On suivra le mouvement de cette caravane, du sommet de la falaise, vers la grotte. La puissance évocatrice de cette image est déjà énorme.

L' »action » par, l’immensité du décor, semble être filmée au ralenti alors qu’il n’en est rien. La caméra est placée à une distance permettant la contemplation, et incitant à chercher le détail dans le plan. Si l’esthétique même de l’image est celle d’une simple caméra numérique, c’est cette quasi-staticité du mouvement associé à la beauté de ce cadre naturel qui rend cet instant hypnotique. Voilà. En un plan simple, on est envoûtés.
Il en va de même, pour les scènes d’intérieur, ou celles se déroulant dans des environnements plus « confinés ». Esthétique du décor, distance, mouvements de caméra cliniques. Top.

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Guerriers volants, chorégraphies léchées, mélodrames exacerbés… Tout cela se transforme dans THE ASSASSIN, en quelque chose d’inédit; Les (rares) scènes d’action prennent un aspect particulièrement violent et brute, par leur concision. Là ou habituellement, le mouvement accompagne les chorégraphies, et ou le dynamisme est une composante primordiale de l’histoire et de l’action,  choisit de presque-figer sa caméra, et donne un élan ultra-réaliste inimaginable lorsqu’on traite de ce genre. Un sentiment renforcé par cette image numérique à la fois froide, crade et magnifique – en lieu et place de l’habituelle chaleur ultra-saturée emblématique du Wu Xia Pian.
Elles placent le spectateur dans une position distante et anti-immersive… Très intéressant et stimulant.

« The Assassin, c’est d’abord une mise en scène puissante, bien plus évocatrice que tout scénario ou dialogue. »

On constate également avec ce film, la cohérence de fond de ce festival de Cannes 2015.
Comme dans 3 autres films de la sélection officielle, on assiste avec THE ASSASSIN, à un parti-pris de mise-en-scène tellement puissant et original, qu’il modifie notre perception du genre; le devoir de mémoire pour Le Fils de Saul, le polar urbain pour Sicario, la reconstitution académique et historique pour Carol… Et le Wu xia pian pour THE ASSASSIN.

Notre pronostic : la radicalité/qualité du film en fait un concurrent plus que sérieux pour la Palme d’Or. Sinon, un évident prix de la mise-en-scène.

INFORMATIONS

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CANNES 2015 : les autres films de la sélection officielle

Titre original :
Réalisation : Hou Hsiao-Hsien
Scénario : Hou Hsiao-Hsien
Acteurs principaux : , ,
Pays d’origine : Taïwan
Sortie : 6 janvier 2016
Durée : 1h45min
Distributeur : Ad Vitam
Synopsis : Chine, IX siècle. Nie Yinniang revient dans sa famille après de longues années d’exil. Son éducation a été confiée à une nonne qui l’a initiée dans le plus grand secret aux arts martiaux. Véritable justicière, sa mission est d’éliminer les tyrans. A son retour, sa mère lui remet un morceau de jade, symbole du maintien de la paix entre la cour impériale et la province de Weibo, mais aussi de son mariage avorté avec son cousin Tian Ji’an. Fragilisé par les rebellions, l’Empereur a tenté de reprendre le contrôle en s’organisant en régions militaires, mais les gouverneurs essayent désormais de les soustraire à son autorité. Devenu gouverneur de la province de Weibo, Tian Ji’an décide de le défier ouvertement. Alors que Nie Yinniang a pour mission de tuer son cousin, elle lui révèle son identité en lui abandonnant le morceau jade. Elle va devoir choisir : sacrifier l’homme qu’elle aime ou rompre pour toujours avec « l’ordre des Assassins ».

BANDE-ANNONCE