En cette période troublée et incertaine de COVID-19, vient de se créer le C.L.A.P., première association d’Attaché(e)s de Presse indépendants de cinéma. Elle regroupe une cinquantaine de ces interlocuteurs, inconnus du grand public, mais bien connus des journalistes et critiques de cinéma. On vous parle un peu de leur métier et on vous explique pourquoi on les soutient!

Les attaché(e)s de presse de cinéma sont souvent les premiers contacts que les journalistes et critiques de cinéma ont avec un film. Ce sont en effet les attaché(e)s de presse qui gèrent le matériel destiné à la presse – affiches, photos, dossiers presse qu’ils rédigent- et organisent la promotion des films en France et parfois à l’international, les dates et lieux de projection presse en avant-première, y compris pendant les festivals et les interviews avec les équipes de films.

Ce sont les attaché(e)s de presse qui proposent aussi des liens vers les films, ou acceptent les demandes de liens de la part des critiques, essayent de savoir si ces derniers ont aimé le film et quand et sur quel support ils écriront à son propos. Au fil des années, la grande majorité des attaché(e)s de presse a d’ailleurs bien compris l’importance croissante du média Internet, tel Le Blog Du Cinéma, pour faire l’écho d’un film, et considère désormais la valeur des critiques de ces supports de la même manière que celles de la presse papier.

Incertitude sur la tenue du Festival de Cannes

Les attaché(e)s de presse de cinéma sont donc des figures de l’ombre essentielles de la vie d’un film avec lesquelles journalistes et critiques entretiennent des relations au long cours, le plus souvent bonnes, en confiance, dans une écoute mutuelle. Car malgré tout, ce monde du cinéma est un microcosme et les critiques sont toujours amenés à recroiser un(e) attaché(e) de presse, pour un film ou lors d’un festival. Ils se connaissent, se jaugent, s’apprécient ou pas, mais ont pour point commun indéniable l’amour du cinéma. Si les attachés(e)s de presse sont le lien entre distributeurs et presse, ils travaillent également de concert avec les réalisateurs, parfois les acteurs, les exploitants de salles de cinéma et les organisateurs de festivals.

Il n’y a pas de profil type mais les attaché(e)s de presse que j’ai rencontré(e)s depuis plus de cinq ans ont tous la passion chevillée au corps et foi en les films qu’ils défendent, souvent des coups de cœur qu’ils ambitionnent de partager. Ils accompagnent les films avec autant d’enthousiasme que de patience, sont heureux quand le film marche bien, et déçus quand c’est le cas contraire. Satisfaits quand les critiques ont mis en valeur le film et l’ont analysé avec suffisamment d’objectivité, suscitant l’envie du spectateur d’aller le voir.

Tristes quand les critiques ne l’ont pas aimé et n’en n’ont pas écrit le plus grand bien. Ils y voient parfois de la mauvaise foi… mais acceptent les règles du jeu. Il arrive même que des attaché(e)s de presse fassent parfois des choix, voire des tris, parmi certains médias -notamment parisiens- à qui ils décident de montrer les films en avant-première. Suite à de mauvaises expériences ou de peur d’affronter les mauvaises critiques, les attaché(e)s de presse peuvent ainsi décider de ne pas faire la promotion d’un film auprès de certains – c’est le cas pour certaines comédies populaires. Mais les critiques provinciaux échappent assez souvent à ces stratégies et ont la chance de voir ces films-là, plutôt accompagnés par le distributeur lors des tournées d’avant-premières que par l’attaché(e) de presse.

Je ne sais pas comment est approché(e) et choisi(e) un(e) attaché(e) de presse par un distributeur ou comment un(e) attaché(e) de presse choisit de défendre un film. Je ne sais pas combien est payé(e) un(e) attaché(e) de presse pour un film dont (elle) s’occupe, ni si la prestation, budgétée par les distributeurs, est conditionnée à un objectif de visibilité dans les médias, de nombres d’articles et de critiques parus. Mais ce que je sais, pour en avoir discuté avec des attachés de presse (dont Viviana Andriani), c’est qu’il n’existe pas de grilles tarifaires, ni d’obligation de rédaction de contrats et que ce métier est basé sur la confiance. Je sais aussi que certains attaché(e)s de presse ont parfois l’habitude de travailler avec les mêmes distributeurs, et que d’autres se diversifient en n’accompagnant pas uniquement ds films mais en faisant également la promotion de séries ou d’unitaires à la télévision.

Quelques films dont la sortie a été reportée

Ce que je sais enfin, c’est qu’aujourd’hui, à l’instar de tous les autres rouages de l’industrie du cinéma – y compris nous, les journalistes et critiques – l’activité des attaché(e)s de presse est touchée de plein fouet par le Covid-19, ralentie, voire au point mort, et que leur trésorerie est potentiellement en danger. Car si les films sortis le 11 mars (La bonne épouse, Un fils, Radioactive) devraient logiquement retrouver les écrans à la réouverture les salles, les dates de sortie des films initialement prévues entre le 18 mars et le 30 avril, sont quant à elle repoussées de fait par les distributeurs -certains déjà datés, d’autres pas encore. Se profile vraisemblablement pour cette rentrée un sacré embouteillage de sorties de films.

Certaines agences de presse ont plusieurs attaché(e)s de presse salarié(e)s, et ceux-là sont vraisemblablement en chômage partiel. Mais pour les autres, les attaché(e)s de presse indépendants qui travaillent seuls ou avec un ou deux collaborateurs, c’est un peu plus compliqué. Car en ce temps suspendu, personne n’est à ce jour capable de donner les dates de reprise d’activité ou de maintien de festivals. On pense évidemment au Festival de Cannes en Mai, qui représente pour de très nombreux attaché(e)s de presse l’un des moments forts de leur année cinématographique, y compris au niveau international, et donc de leur chiffre d’affaires. Pèsent également quelques incertitudes pour le Festival La Rochelle Cinéma fin Juin, et pourquoi pas pour le Festival du Film Francophone d’Angoulême fin Août.

Certes, certains peuvent prétendre à profiter, sous certaines conditions, du Fonds de Solidarité mis en place pour toutes les professions libérales. Mais ce que les attaché(e)s de presse indépendants ont constaté, c’est que le fait pour des professionnels de se regrouper en association, en fédération ou en syndicat permet d’être mieux entendu. Ainsi plusieurs mesures d’urgence en faveur des distributeurs, des producteurs ou des exploitants, ont déjà été adoptées par le Ministère de la Culture et le CNC (Centre National du Cinéma et de l’image Animée). Ces mêmes distributeurs ont aussi vu le CNC leur accorder la possibilité d’avancer exceptionnellement leur sortie en VOD pour limiter les pertes. Le CNC vient également d’annoncer de nouvelles mesures d’urgence permettant aux auteurs, aux entreprises et au public du cinéma et de l’audiovisuel, de faire face à la crise sanitaire.

Les adhérents du C.L.A.P.

À l’initiative de sa Présidente Laurence Granec, sa Trésorière Viviana Andriani et sa Secrétaire Chloé Lorenzi, une cinquantaine d’attaché(e)s de presse de cinéma indépendant(e)s viennent donc de créer l’association le Cercle Libre des Attaché.e.s de Presse de cinéma, d’après Le Film Français. Viviana Andriani, que nous avons interviewée, nous a fait parvenir l’objet de l’Association. Il s’agit de réunir les attaché(e)s de presse de cinéma qui exercent leur activité en tant qu’indépendant (profession libérale, auto-entrepreneur, etc.), de mieux faire connaître leur métier, de conseiller ses membres et de réfléchir collectivement aux évolutions de leur métier et des pratiques d’un secteur en mutation rapide.

Les adhérents du C.L.A.P., qui ont tous accepté de participer après avoir été sollicités, ont ainsi pour objectif de ne parler que d’une seule voix et de devenir un interlocuteur référent reconnu, autant des partenaires du métier que des instances professionnelles, telles le CNC. Le C.L.A.P. vient d’ailleurs d’adresser un courrier au CNC le 24 mars dernier– toujours sans réponse à ce jour, alertant sur la nécessité d’être solidaire et de faire participer aux discussions leur secteur fragilisé, pas encore pris en compte dans le champ des mesures d’urgence.

Et aux vues du courrier que trois associations (le B.L.I.C. – Bureau de Liaison des Industries Cinématographiques, le B.L.O.C. – Bureau de Liaison des Organisations de Cinéma et l’A.R.P. – Société des Auteurs Réalisateurs Producteurs) viennent d‘envoyer au CNC le même jour que l’annonce de la création du C.L.A.P., dans lequel elles demandent la mise en place d’un fonds exceptionnel d’urgence pour la filière, il est fort à parier que se fédérer reste en effet la meilleure force, sinon la meilleure idée, pour espérer être entendu.
On souhaite donc une longue vie au C.L.A.P. !

Sylvie-Noëlle

Naissance du C.L.A.P., le Cercle Libre des Attaché(e)s de Presse de cinéma

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