Confinement : les pépites Netflix du cinéma indépendant américain

« En ces temps de guerre » comme l’a martelé notre président, il convient de profiter de ce temps libre imposé pour se diriger vers le cinéma. Voici une première tentative de réponse – d’autres suivront – à la redondance du « oui, mais on regarde quoi ? » en adéquation avec le cinéma indépendant américain du catalogue Netflix.

Le Stratège de Bennett Miller (2011)

Principalement pour ceux en manque de sport. Le film raconte comment Billy Beane, ancien joueur de base-Ball désormais directeur sportif, tente de remettre sur pied son équipe de cœur en appliquant des méthodes révolutionnaires. Rythmé et parfaitement interprété (mention spécial à Jonah Hill qui excelle en conseiller), le film propose un portrait poignant d’un homme qui n’est plus apte à s’adapter aux dérives de son sport. Sa reconstruction au contact d’un novice et son retour progressif vers le premier plan n’a rien du pamphlet classique qu’Hollywood sait produire chaque année. Au contraire, Benett Miller s’appuie sur des dialogues et des personnalités fortes, il n’hésite pas à basculer dans la dramaturgie pour susciter l’émotion, et son montage brille par l’alternance entre longs plans contemplatifs où les personnages questionnent ce phalanstère qu’est le monde du base-ball et séquences plus fortes où le spectacle prime sur la narration. N’hésitez pas à vous plonger dans ce film qui aurait mérité davantage d’exposition lors de sa sortie.

Okja de Bong Joon-Ho (2017)

Beaucoup ont vu Parasite du même réalisateur, qu’en est-il de cette dystopie poignante où le spectateur suit la progression d’une jeune fille à travers une Corée futuriste et détruite par le capitalisme ? Cette quête épique et parfaitement structurée a tout d’une fable moderne dénonçant les possibles travers d’une société indéchiffrable. Le rapport entre l’Homme et la créature est habilement questionnée et le film peut même être visionné en compagnie des enfants (les plus grands). L’interprétation de Jake Gyllenhall a de quoi surprendre, elle est en adéquation avec le discours polyphonique et mystique de ce film ambitieux aux multiples messages. Dépaysement assuré.

Moonlight de Barry Jenkins (2016)

Plus connu et récompensé de l’oscar du meilleur film, Moonlight est aussi un immanquable du catalogue Netflix. Cette tragédie en trois actes se penche sur la vie d’un jeune homme noir homosexuel grandissant dans un quartier sensible de la banlieue de Miami. En évitant le discours didactique et en offrant de vrais moments de cinéma, le film déploie une intensité émotionnelle comme rarement le cinéma indépendant Américain est parvenu à le faire. La construction du personnage au contact d’un monde qui n’est pas le sien donne lieu à des situations inédites, bien loin de l’évocation manichéenne qu’avaient pu proposer les films abordant ces thématiques jusqu’ici. Chiron est l’opposé de Juan et pourtant, leur compatibilité et l’apport mutuel paraissent tout à fait vraisemblable. L’apprentissage et l’initiation demeurent crédibles malgré l’incongruité du scénario, le film est tout à fait recommandable en ces temps de pandémie.

Midnight Special de Jeff Nichols (2015)

Avec son maniérisme pour raconter des histoires contemporaines, souvent sous l’angle du drame, Jeff Nichols est peut-être un héritier de Steven Spielberg. Midnight Special a par ailleurs tout pour offrir un moment d’évasion rythmé fort en émotion. Ce road-movie se concentre sur Alton, un jeune enfant qui, de par ses pouvoirs, cristallise les obsessions d’une secte, de la NASA et du FBI. Protégé par son père et un ami, sa quête vers un lieu cliffangher inconnu alterne entre purs moments d’action et séquences émotionnelles fortes comme seul Nichols sait les faire. On vous met par exemple au défi de ne pas être ému lors de ce lever de soleil où Alton et son père communient, loin de la violence du monde qu’ils parcourent et contre laquelle ils luttent.

L’héritage de Spielberg à Hollywood, nostalgie exacerbée ou réel processus de création ?

Spring Breakers d’Harmony Korine (2012)

Ne vous fiez pas aux apparences : il ne s’agit en aucun cas d’une suite de Projet X sorti l’année précédente. Aux antipodes de la production narrant les déboires de personnages en quête d’émotions fortes le temps d’une fête, le film de Korine déploie un nombre incalculable de plans lunaires et sublimes, s’enchaînant au rythme d’une voix-off participant à la mise en place d’un climat des plus anxiogène. C’est cette atmosphère à la fois envoûtante et irrespirable qui vient à bout des personnages. Le groupe de filles, confronté à l’envers du rêve promis par la fête, optent pour une fuite salvatrice vers un quotidien morbide et avancent, guidées par une soif de violence intarissable et inexplicable, au contact d’un James Franco méconnaissable. Il ne peut qu’être conseillé de participer à ce voyage visuel, cette observation maniériste et macabre d’une génération égarée.

Émeric Lavoine

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