Bong Joon-ho continue de mêler genres et tons dans Parasite, son brillant nouvel essai présenté en avant-première au 72ème puis récompensé d’une Palme d’or

Après des débuts exceptionnels (Memories of Murder et The Host resteront deux grands titres des années 2000), Bong Joon-ho avait perdu son mojo avec ses derniers films. Snowpiercer et Okja ont été, pour des raisons différentes, des relatives déceptions, au vu des attentes fortes. On craignait même qu’il entame une période creuse. L’expérience américaine avec passée, le sud-coréen retourne dans son pays pour Parasite. En espérant que quelque chose ne se soit pas cassée entre temps et que son cinéma retrouvera une vitalité détonante.

Parasite a volontairement joué la carte du mystère durant sa promotion. Le réalisateur a d’ailleurs demandé que la presse n’en dévoile pas trop sur son film pour que les spectateurs n’en sachent pas trop en amont. On tentera donc de ne pas trop en dire pour respecter son voeu. Sans aller trop loin dans sa description, le film suit la famille Ki-taek. Au chômage, ils vivent de petites combines, captant par exemple miraculeusement la WIFI d’un voisin en se positionnant au niveau des toilettes. Le fils va falsifier son CV et s’offrir une lettre de recommandation afin de donner des cours particuliers à l’enfant d’une famille très aisée. Puis c’est sa soeur, qui se fera passer pour une prof particulière d’art. Petit à petit, les pauvres se font une place chez les riches, jusqu’à que la situation dégénère. Il faut raisonnablement stopper ici pour préserver les surprises d’un long-métrage qui jongle entre les registres et les genres.Parasite débute comme une comédie sociale sur des pauvres qui se débrouillent. Bong Joon-ho use de l’humour pour poser les bases de son intrigue. Mais ce n’est pas sur ce terrain que le film est forcément surprenant, bien que l’on soit surpris de rire autant. Le cinéma sud-coréen a toujours su insérer dans n’importe quel genre des touches d’humour. Très assumée, elles servent ici à guider le spectateur dans une direction, pour camoufler les bifurcations à venir. Parasite n’a dans son premier tiers pas tant d’éléments surprenants. Déguisé en film d’arnaque à l’humour mordant, le film devient ensuite plus sérieux, grave. Et surtout plus touchant.

On ne vous révélera pas le basculement inattendu qui fait pénétrer Parasite dans une autre dimension mais Bong John-ho démultiplie alors la puissance de son propos, séparant encore plus les classes sociales. Le pauvre, ici, n’est rien d’autre qu’un reflux des égouts, condamné à être poussé vers le haut parce que les déchets comme lui s’accumule. Après deux films durant lesquels le metteur en scène sud-coréen ne nous avait pas tant captivé que cela, on retrouve son cinéma enveloppé dans une pertinence exemplaire grâce à un scénario inventif. Tout s’agence merveilleusement pour un résultat homogène. Chaque plan, chaque raccord, chaque gag ou effet ne parasite pas l’ensemble.

On comprend que son coup est réussi lors des dernières minutes. Lorsqu’après le twist, les rires, les moments de tension redoutables, il ne reste que l’émotion. Dans un dernier plan qui évoque celui de Memories of Murder, empli d’un désespoir sidérant. Bong Joon-ho a frappé fort, dans nos têtes et dans nos coeurs. En attendant d’en faire de même auprès du jury cannois.

Critique publiée le 24 mai 2019 lors du 72ème Festival de Cannes.

Maxime Bedini

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, la révolte des pauvres - Critique
Titre original : Parasite
Réalisation : Bong Joon-Ho
Scénario : Bong Joon-Ho, Jin Won Han, d'après l'oeuvre de Hitoshi Iwaaki
Acteurs principaux : Song Kang-Ho, Cho Yeo-jeong, So-Dam Park
Date de sortie
Durée : 2h12min
4.0Note finale
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