« Il faut souffrir pour être belle. » Rares sont les jeunes femmes qui n’ont jamais entendu cette phrase de leur vie. Mais pourquoi vouloir être belle à tout prix ?
Récemment, c’est Bob Armstrong (Dallas Roberts), coach de Miss et avocat à temps partiel dans la série INSATIABLE, qui a répondu à cette question au détour d’une courte réplique donnée à sa protégée : « Renseigne toi sur Catherine II de Russie, sur Cléopâtre, sur toutes celles qui ont utilisé leur beauté pour avoir du pouvoir. » Le ton est donné. Au cinéma, la beauté est synonyme de pouvoir. Telle est la morale que l’on peut tirer de ce conseil, et l’innocente Patty Bladell va dès lors utiliser son physique avantageux pour se venger de tout ceux qui l’avaient auparavant rabaissée et humiliée.
À l’opposé de l’image de la femme superbe mais potiche immortalisée par Marilyn Monroe dans Les Hommes préfèrent les blondes, s’est développée l’image de la femme belle et puissante à l’instar de Charlize Theron dans Mad Max : Fury Road. Dans un monde où les hommes sont souvent au premier plan, les femmes sont régulièrement reléguées au rang subalterne d’intrigues amoureuses de ces derniers. À tel point qu’en 1985 a été créé le test de Bechdel pour mettre en évidence le manque de personnages féminins dans les oeuvres de fiction. Cette épreuve repose sur trois critères : il doit y avoir au moins deux femmes dans l’œuvre, qui parlent ensemble et qui discutent de quelque chose qui doit être sans aucun rapport avec un homme. Or, selon les statistiques, 46% des films sortis depuis 1995 et uniquement écrits par un homme échouent au test.
Selon la tripartition de Chemartin, Pierre et Nicolas Dulac, les femmes sont réduites à trois figures : la vierge, la mère et la putain. Pour ces dernières, la beauté est un outil pour se libérer de ces stéréotypes réducteurs et simplistes. Que ce soit la jeune Angela (Mena Suvari) d’American Beauty, Joy (Jennifer Lawrence) dans le film éponyme ou Holly Golightly (Audrey Hepburn) dans Diamants sur canapé, chacune va utiliser la beauté pour se libérer de la cage dans laquelle elle était enfermée. Cependant, on ne naît pas belle, on le devient. Ce mauvais pastiche de Simone de Beauvoir illustre l’importance du relooking, scène aussi prévisible qu’incontournable du cinéma, comme le souligne Debbie Ryan dans INSATIABLE : « Oh I feel a makeover coming on. (Oh, je sens qu’un relooking arrive) ». De la jeune Anne Hathaway (Princesse malgré elle), à Jennifer Aniston (Le Mytho) en passant par Julia Roberts (Pretty Woman), toutes ont eu droit à une transformation plus iconique que jamais.

Selon Gilles Lipovetsky, la recherche de la beauté chez les femmes ne vient pas seulement d’une volonté de séduire les hommes mais aussi d’un désir de se prendre en charge et de reconquérir un pouvoir sur soi. Une analyse qui se reflète dans Moi, belle et jolie (Abby Kohn & Marc Silverstein) une comédie légère dans laquelle Renée (Amy Schumer) se cogne la tête et change la perception d’elle-même, la rendant beaucoup plus sûre d’elle. Selon Amanda Hess, critique au New York Times, le film met l’accent sur la nécessité d’améliorer son estime de soi sans pour autant critiquer les normes sociales auxquelles les femmes doivent se soumettre. Une philosophie qui se retrouve également dans beaucoup de teen-movies : de Elle est trop bien à Clueless, en passant par le très récent Sierra Burgess is a looser, l’héroïne finit toujours par réaliser l’importance de la beauté intérieure. Mais en cherchant à se libérer du triptyque de la vierge, de la mère et de la putain, les femmes ne s’enfermeraient-elles pas dans la nouvelle prison qui serait celle de la beauté ? À force d’utiliser la beauté comme une arme, les femmes ne seraient-elles pas réduites à des objets esthétiques ?
Sarah Cerange
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