Notre classement des films de Christopher Nolan

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Il n’est jamais simple d’aborder la filmographie de Christopher Nolan sans froisser une fan-base ayant des avis très tranchés sur chacun de ses 9 opus majeurs…

A l’aube du XXIème siècle, Nolan est peut-être le metteur en scène qui a animé le plus grand nombre de débats cinéphiles, bien accompagné par Denis Villeneuve ou même Rian Jonhson. Leur point commun ? La propension à créer un grand spectacle visuellement époustouflant, en s’appuyant sur des scénarios alambiqués, où le spectateur dispose souvent des pleins pouvoirs. A l’heure où TENET, le onzième opus de Nolan, s’apprête à débarquer sur nos écrans, voici un classement des meilleurs opus du metteur en scène, de MEMENTO à DUNKERQUE.

Notre critique de TENET

9 – The Dark Knight Rises (2012)

Cette dernière place apparaît comme une évidence, tant le scénario dysfonctionne. L’exercice de la trilogie est sûrement l’un des plus complexes. Et pourtant, hormis les nombreuses questions laissées en suspens et un Bruce Wayne fatigué, le film présente de nombreuses qualités. Le passage dans la prison souterraine détonne de par sa capacité à humaniser la figure du héros. On se rappelle du montage expressif aboutissant au saut symbolique, un crescendo visuel et sonore parfaitement maîtrisé. Malheureusement, les protagonistes entourant la chauve-souris manquent de caractère et le rythme des péripéties au sein de Gotham laisse à désirer. Il est difficile de cerner réellement les objectifs de Bane et Catwoman ainsi que Robin ne sont que des faire-valoir à l’intrigue, là où Joker et Harvey Dent formaient le diptyque central du second épisode. Batman s’allie à la police et la figure du chevalier solitaire torturé en quête de rédemption est complètement évincée. Cette conclusion, rythmée et remplissant tout de même le cahier des charges, s’appuie surtout sur ce qui a fonctionné dans les précédents opus au lieu d’envisager un virage artistique et créatif comme avait su le faire THE DARK KNIGHT. Le manichéisme entre ombre et lumière devient trop explicite et l’usage excessif de la voix-off empêche d’apprécier les dernières minutes à leur juste valeur. Frustrant.

Photo du film THE DARK KNIGHT RISES

8 – Dunkerque (2017)

Contrairement à THE DARK KNIGHT RISES, ici, il n’y a pas réellement de réflexion portée sur le schéma actanciel. C’est même la première fois dans la filmographie de Nolan que le scénario est mis de côté au profit de l’expérience visuelle. Si la réalisation était le seul critère de ce classement, nul doute que DUNKERQUE serait numéro un. Pour beaucoup, c’est le meilleur usage de la technologie IMAX qui ait été fait à ce jour, à juste titre. Nolan ne se contente pas de filmer la guerre, il offre la possibilité d’être acteur de cette tentative de fuite en posant sa caméra à hauteur d’homme. La longueur des séquences filmées en gros plan et le montage alterné donnent à voir le caractère anxiogène de l’abominable expérience vécue par l’armée anglaise. Si DUNKERQUE était l’un des premiers films de Nolan, on pourrait difficilement lui en vouloir. Malheureusement, on connaît les qualités du metteur en scène pour écrire des héros et des personnages tiraillés, placés face à des enjeux trop importants. Ici, difficile d’éprouver une quelconque empathie pour ces hommes de l’ombre et c’est davantage l’exploit historique dans sa globalité qui suscite l’émotion. Un exercice de style réussi, qui aurait cependant gagné à être approfondi.

DUNKERQUE, un Nolan qui ne convainc pas – Critique

Photo du film DUNKERQUE

7 – Memento (2000)

Le CV donnant à voir toutes les qualités du metteur en scène. Une entrée délectable qu’on oublie une fois arrivé au plat principal, bien plus consistant. Tout fonctionne dans MEMENTO, du scénario à rebours jusqu’à la résolution de l’énigme. Seulement, une fois que le spectateur a découvert le subterfuge, reste une heure où les rebondissements sont prévisibles et où Guy Pearce semble lui aussi se lasser du procédé. Pourtant, son personnage est à lui seul une ode au cinéma : à l’aide de polaroids, il construit une intrigue complexe et saisissante. Si le personnage est en quête d’identité, Nolan, lui, semble s’être trouvé. D’une noirceur singulière à l’élaboration d’un labyrinthe cérébral complexe mais digeste, on retrouve tout ce qui fera l’originalité des puzzles disparates engendrés ultérieurement. Une belle esquisse.

Photo du film MEMENTO

6 – Interstellar (2014)

Il est sûrement étonnant de retrouver si bas dans ce classement cette incroyable épopée spatiale. Le film propose une situation initiale proche du conte philosophique : alors que la terre n’est plus vivable, un père de famille aimant est envoyé au fin fond de la galaxie pour trouver une planète apte à accueillir l’humanité. L’ajout d’éléments complexes (dérèglement temporel, saut dans l’espace) fonctionne dès lors que l’ensemble préserve une certaine homogénéité scénaristique. On ne peut que blâmer cet épilogue on ne peut plus didactique, inutilement explicatif. Alors que la dystopie poétique se déploie délicatement à l’écran, Nolan divague vers le néant, à l’image de son personnage central. L’ode finale à l’amour teintée de propos inutilement alambiqués empêche d’apprécier tout à fait ce film par ailleurs d’une densité admirable. Les trois-quarts de cette quête illustrent l’ingéniosité technique inégalable de Nolan. Cette capacité prodigieuse à offrir au spectateur un voyage fantasmagorique et psychique est malheureusement ternie par une situation finale trop conventionnelle. Là où il aurait fallu sortir des carcans pour bouleverser son spectateur, Nolan opte pour la sécurité, et les derniers instants du film sont injustement trop ancrés dans la vague des blockbusters aseptisés actuels.

INTERSTELLAR, de l’émotion avant tout – Critique

Photo du film INTERSTELLAR

5 – Insomnia (2002)

Sur le papier, INSOMNIA a tout d’un banal thriller, remake codifié d’un film norvégien. Sauf que pour son second film, Nolan échafaude un plan de travail attisant la curiosité. Robin Williams, peu attaché à ce type de rôle, est étonnant en antagoniste pervers et macabre. Surtout, Al Pacino excelle dans ce rôle de flic poisseux et torturé. La chute progressive vers l’aliénation due au manque de sommeil a rarement été aussi crédible à l’écran. La lenteur apparente et l’absence de nuit nourrissent une atmosphère oppressante, sorte de piège inévitable se refermant à la fois sur le personnage de Dormer mais aussi sur le spectateur. Le statut omniscient que ce dernier occupe rend son expérience de visionnage unique, car Nolan, en plus d’élaborer un univers où réalisme froid et apocalypse cohabitent, joue avec son spectateur en maniant avec malice la double-énonciation. Alors que le personnage d’Hilary Swank mène l’enquête, le spectateur suit sa progression en ayant tous les éléments pour l’aider, sans pouvoir le faire. Une nouvelle vision du thriller, une expérience irrespirable jusque dans ses derniers instants où le répit tant désiré et acquis par Al Pacino résonne comme une véritable libération pour le spectateur.

Photo du film INSOMNIA

4 – Batman Begins (2005)

Bien moins intéressant en terme de symbolique que d’autres opus précédemment cités, BATMAN BEGINS n’en demeure pas moins un véritable tour de force. Il convient cependant de contextualiser : à l’heure où Nolan hérite du projet, Batman est un héros réputé pour être inadaptable. Le diptyque autour de Michael Keaton au début des années 1990 s’apparentait davantage à l’expression d’un imaginaire débridé purement burtonien, plus qu’à une vision propre du héros éponyme. En choisissant d’axer son étude à partir des comics de Frank Miller, Nolan déconstruit la figure de la chauve-souris pour mieux la rénover. Lorsque le film débute, Bruce Wayne est un vagabond en quête de repères, errant à travers le monde, subissant même les travers capitalistes engendrés par l’entreprise familiale. Chacune des étapes lui permettant d’accéder au statut de héros est cohérente. L’introduction de personnages-clés est amenée sans fioritures, toujours avec la volonté de confronter les protagonistes à des enjeux pertinents. Comment penser la justice ? Comment l’appliquer et la réaliser à échelle purement humaine ? Une parfaite entrée en matière d’une trilogie désormais culte.

BATMAN BEGINS, proche du reboot parfait – Critique

Photo du film BATMAN BEGINS

3 – Inception (2010)

Au-delà du fait que le film ait acquis le statut d’œuvre culte quasi instantanément, c’est surtout pour sa capacité à rassembler toutes les thématiques inhérentes au cinéma de Nolan que INCEPTION détonne. Perte de repères, quête initiatique, voyage métaphysique ou destruction de la figure du héros type : le film ne survole pas ses sujets et si l’ensemble pèche parfois de par certaines longueurs inutilement didactiques, l’homogénéité de ces 2h30 désarçonne. 10 ans plus tard, on ne peut qu’être subjugué par la facilité qu’a Nolan à simplifier des enjeux d’une étonnante complexité. Opter pour un réalisme macabre afin de filmer des excursions oniriques et cauchemardesques faisait figure de pari risqué. En plus de réussir à concevoir une atmosphère inédite au sein du paysage hollywoodien, Nolan influencera une multitude de metteurs en scène qui s’inspireront de ces séquences hallucinées où les corps chutent, courent et s’affrontent au sein de stupéfiants mirages. L’épilogue donne encore une fois les pleins pouvoirs au spectateur, forcément déboussolé et fasciné par cette œuvre disparate et équilibrée, véritable archétype d’une époque.

Photo du film INCEPTION

2 – Le Prestige (2006)

Le film qui a révélé Christopher Nolan aux yeux des cinéphiles. Cette anthologie relatant la rivalité qui oppose deux magiciens au début du 19ème siècle est la preuve qu’il est possible de lier blockbuster et cinéma expérimental sans que le rythme narratif ne s’évapore. Surtout, la narration confirme une aisance quasi-insolente à naviguer entre les genres. Alors que la situation initiale suggère un film d’époque, la bascule dans le fantastique et les visions aliénées qui en découlent donnent à voir toute l’ambition de Nolan. L’égarement imposé par ce labyrinthe azimuté devient délectable dès lors que chacune des étapes avant la sortie prend la forme d’un cri d’amour appliqué et moderne vers le cinéma. Que dire de ces séquences où l’Homme inconscient tente de s’approprier l’usage de l’électricité afin d’accomplir de funestes desseins… Une noirceur des plus justes dans un univers qui ne répond à aucune esthétique préexistante. Mais alors que le film semble nous perdre de manière définitive, l’échappatoire rationnelle fécondée à l’écran (qu’il ne faut en aucun cas connaître avant le visionnage) est un véritable tour de force, à classer parmi les « cliffhangers » les plus jubilatoires de ces dernières années. On souhaiterait véritablement que Nolan, comme certains de ses contemporains, s’essaie encore davantage au film d’époque. Il serait par exemple curieux de voir sa mise en scène s’acclimater à l’Antiquité ou au Moyen-âge, sous fond d’intrigue originale.

Photo du film LE PRESTIGE

1 – The Dark Knight (2008)

Souvent classé parmi les meilleurs films de Nolan de par son aptitude à imposer le tragique à la destinée du héros, THE DARK KNIGHT se démarque surtout par sa capacité à élaborer une intrigue métaphorique riche de sens. D’une part, il s’agit du premier film dit de super-héros offrant au XXIème siècle une parabole sociale et engagée, un miroir politique vecteur de toutes les craintes d’un pays en proie au doute. L’élection d’Obama n’a jamais évincé la peur du terrorisme et appliquer une justice d’état devient impossible dès lors que l’opposant ne répond à aucune règle. L’évolution de Bruce Wayne est un modèle d’écriture : en renonçant à ses valeurs et en s’affranchissant d’un code, il devient le chevalier noir, un modèle de l’ombre acceptant d’endosser le statut d’ennemi public. Le prix à payer pour sauver une ville en proie aux flammes, un sacrifice noble, habile pied de nez à une société se voilant la face. Surtout, il est évident que THE DARK KNIGHT s’est démarqué par la hype autour du Joker et de Heath Ledger. Inutile de s’éterniser et de répéter ce qui a entretenu la légende d’une des meilleures suites de l’histoire du cinéma. Il faut cependant reconnaître que ce personnage unique et indiscernable est un reflet des fondements du cinéma de Nolan. Explosive et tourmentée, fascinante et schizophrène, l’œuvre dans sa globalité se révèle unique grâce à sa capacité à trouver ce point d’ajustement si singulier entre cinéma grand public et expressionnisme contemporain.

THE DARK KNIGHT, LE CHEVALIER NOIR : une référence du film super-héroïque – Critique

Photo du film THE DARK KNIGHT

En attendant TENET et en continuant d’échanger sur le statut qu’occupe réellement Christopher Nolan au sein de l’industrie, il n’en reste pas moins que ces 9 films orienteront certainement l’apparence qu’auront à l’avenir des dizaines de superproductions hollywoodiennes. Une toupie bien loin de stopper sa course.

Emeric

Notre critique de TENET

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