Sorti en combo Blu-ray et DVD chez Rimini Éditions, RÊVES SANGLANTS préfigure étonnamment Les Griffes de la nuit de Wes Craven. Paru deux ans avant le premier opus des meurtres de Freddy Krueger, le film de Roger Christian brouille déjà la frontière entre cauchemar et réalité, dans un fantasme fiévreux de parapsychologie.
Entre Freddy 1 et Freddy 3
Après avoir tenté de se suicider par noyade, un jeune homme est interné dans une unité de soins psychiatriques. Là-bas, il communique malgré lui avec sa psychiatre à travers de violents cauchemars, qui ont des répercussions dans le monde réel. Méconnu au rayon films d’horreur en France, RÊVES SANGLANTS de Roger Christian mérite pourtant de se rappeler à notre bon souvenir. En effet, loin de la série B fauchée ou de l’énième slasher oubliable de cette période, il jouit d’une mise en scène remarquable, où le rêve se confond avec la réalité, dans une palanquée d’effets pratiques du plus bel effet. De même que son propos sur l’adolescence et ses traumatismes ne manque ni de fond, ni d’ambition.
Autant de mérites qui ont très souvent forcé la comparaison avec Les Griffes de la Nuit de Wes Craven. Sorti deux ans plus tôt, en 1982, RÊVES SANGLANTS comporte effectivement comme points communs la thématique du rêve, ainsi que la scission entre l’adolescence et le monde adulte. Nonobstant, il se rapproche aussi étrangement du troisième volet de la saga Freddy Krueger, avec son intrigue en hôpital psychiatrique, où l’on croise des adolescents en prise avec leurs problèmes de santé mentale… Comme une sorte de prémice aux personnages des Dream Warriors dans Freddy 3 : Les Griffes du cauchemar de Chuck Russell.
Une touche de parapsychologie
Toutefois, si RÊVES SANGLANTS préfigure certaines thématiques explorées dans la future saga Freddy Krueger, il s’imprègne également de motifs qui lui sont plus contemporains. Notamment la parapsychologie, à la frontière de la théorie scientifique et du fantastique, vaguement évoquée dans L’Exorciste de Friedkin en 1973, et bien plus présente dans L’Emprise de Sidney J.Furie, sorti en 1983. Une thématique dans l’air du temps et même davantage depuis la parution du livre Michelle Remembers en 1980 – un témoignage d’abus ésotériques mis au jour par le psychiatre Lawrence Pazder, en grande partie responsable de la satanic panic américaine.
Dès lors, bien que la véracité de Michelle Remembers reste encore à prouver, le lien entre psychiatrie et mysticisme continue de se renforcer. Alors même que l’ouvrage de Pazder semble se nourrir de la fiction – tel un assemblage de clichés de films de possession – la fiction se nourrit elle-même du binôme psychologie-paranormal – déjà fort présent dans le cinéma de genre dès le giallo italien. Or, poncif de la psychiatrie depuis Freud, le motif du rêve finit par s’y imposer comme une évidence. Ainsi donc, RÊVES SANGLANTS paraît faire le pont entre le cinéma d’horreur des années 70 et le slasher fantastique des années 80, dont Les Griffes de la Nuit deviendra le fer de lance.
Un chaînon manquant à redécouvrir
RÊVES SANGLANTS fait effectivement partie de ces films d’horreur du début des années 80, qui s’intéressent plus spécifiquement aux affres de l’âge adolescent. De manière profonde dans Les Griffes de la Nuit ou plus légère dans les Vendredi 13, le slasher pour ados va effectivement connaître son âge d’or au début de la décennie. Et le film de Roger Christian, bien qu’encore éloigné du slasher, explore déjà cette incompréhension irrésolvable entre adolescents et adultes, qui trouve un écho assourdissant dans les Freddy initiés par Craven.
Autre héritier intéressant, Virgil : la Malédiction, film mexicain de 1987, renoue avec la formule de RÊVES SANGLANTS. Considéré comme un Freddy-like à juste titre avec des éléments de slasher fantastique, il se rapproche néanmoins quelque peu du milieu hospitalier et de la parapsychologie de RÊVES SANGLANTS. Autre métaphore de l’intensité des passages à vide adolescents, il explore également le coming of age dans son traitement du passage à l’âge adulte. À la fois précurseur et témoin d’une transition dans le cinéma d’horreur, RÊVES SANGLANTS tient mine de rien une place importante dans cet éco-système. Un chaînon manquant à (re)découvrir dans sa version restaurée chez Rimini Éditions.
Lilyy NELSON
RÊVES SANGLANTS est disponible en haute définition en combo Blu-Ray et DVD chez Rimini éditions. Le film est accompagné d’un livret de 24 pages intitulé De tête à têtes, rédigé par Marc Toullec.

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