On vous parle de la série MONTMARTRE, diffusée sur TF1 à depuis le lundi 29 septembre 2025 et dont on a rencontré une partie de l’équipe au Festival Fiction La Rochelle.
MONTMARTRE se situe à la Belle Époque, au tournant d’un monde qui change. La série raconte les retrouvailles d’une fratrie séparée dans l’enfance après le meurtre de leur père. Pour pouvoir réunir sa sœur Rose (Claire Romain) et son frère Arsène (Victor Meutelet), Céleste (Alice Dufour) devient la première effeuilleuse du nouveau cabaret « L’Éléphant rose ». À son corps défendant, mais avec une grande force de conviction, elle s’impose comme porte-flambeau de la cause des femmes audacieuses et du mouvement féministe.

Les scénaristes Brigitte Bemol et Julien Simonet, rencontrés au Festival Fiction La Rochelle aux côtés de plusieurs acteurs de MONTMARTRE, ont souhaité « une série lumineuse, joyeuse et pleine d’espérances, dans une dramaturgie romanesque qui tient en haleine ». Et la promesse est plutôt bien tenue tout du long des 8 épisodes. Le spectateur virevolte en effet entre les spectacles du cabaret dirigé par Youri (Pablo Pauly) et les scandales qu’ils provoquent, les salons bourgeois de la famille Larcourt aux côtés de Maurice (Benjamin Baroche), Augustine (Mathilde Seigner) et Georges (Clément Moreau) ou le château du Comte Charles (Mikaël Mittelstadt) et de sa mère (Cristiana Réali). Il suit les turbulences de l’enquête rondement menée par le policier Léon (Hugo Becker) et assiste au match de boxe interacial d’Octave (Axel Mandron).
Les scénaristes offrent ainsi une réflexion assez originale sur « ce qui guide les personnages dans la vie, ce qu’ils cachent et ce qui peut les pousser à oser défoncer des portes d’un monde qui n’est pas bâti pour eux ». Émancipation féminine, homosexualité, racisme, affres du déterminisme social, progrès industriel et scientifique sont ainsi abordés avec autant de rigueur historique que de modernité, avec une pincée d’anachronismes. Pour Victor Meutelet, « défendre en tant qu’acteur ces causes a effectivement un sens, surtout lorsque les personnages ne le font pas avec un côté militant mais défendent quelque chose de plus grand malgré eux ».
« Notre ligne artistique était vraiment un dosage entre vérité historique et modernité. »
Brigitte Bémol
La réussite de MONTMARTRE tient d’ailleurs à ce que le réalisateur Louis Choquette identifie comme « la résonance avec le monde actuel de la série, filmée avec une approche formelle mais avec l’esprit d’aujourd’hui ». Les scénaristes, qui ont eu l’opportunité de collaborer à la direction artistique, ont ainsi « veillé à adapter les curseurs pour que le spectateur de 2025 se retrouve dans la véracité de l’époque ». Mikaël Mittelstadt croit même au « pouvoir de la fiction de ces changements d’il y a 100 ans pour inspirer un spectateur qui n’est pas heureux dans sa condition actuelle physique, émotionnelle ou sociale ».
Cette famille réunie est crédible, non seulement par les yeux bleus en commun mais aussi grâce aux héros que les créateurs ont su rendre attachants et plein de ressources insoupçonnées. Ensemble, ils embarquent le spectateur avec fougue dans leur destinée romanesque de cette traversée du siècle. Car la famille est le thème puissant au cœur de MONTMARTRE : ce qui fait famille, comment une famille se reforme, se crée ou se délite. Avec un prix à payer, des choix cornéliens et de nouvelles règles pour préserver les liens des trahisons, mensonges et rumeurs.

Pour Thibault de Montalembert (qui incarne le Juge Rochefort), l’empathie du spectateur s’explique par le fait que le réalisateur « ne se contente pas de filmer l’information de la scène, comme souvent dans la fiction française. Il a la faculté de filmer derrière le scénario, comme si chaque scène était un monde en soi. Tout comme les ondes produites quand on jette une pierre dans l’eau, il donne à voir toutes les réactions produites par ce que les personnages principaux ont dans la tête et dans le cœur ». Et MONTMARTRE permet aussi de saisir les difficultés de certains personnages à accepter les changements de la fin du siècle. Tel Maurice, dont Benjamin Laroche a trouvé « grâce à une partition très juste, passionnante la façon de faire basculer cet homme de tradition qui se prend le siècle dans la gueule ».
Le réalisateur signe avec MONTMARTRE une mise en scène soignée, notamment les nombreuses scènes des spectacles, « qui ont chacun un enjeu narratif dramatique ». La cohérence d’ensemble est complétée avec les costumes, dont les acteurs se sont saisis avec jubilation. Ainsi Alice Dufour, qui avait tous les jours deux heures de préparation, a retrouvé le « plaisir enfantin du déguisement » quand Mikaël Mittelstadt a vu la possibilité de « déterminer spontanément la posture de son personnage et l’approche de son jeu ». En se raccrochant aussi habilement à l’Histoire et grâce à un casting impeccable, MONTMARTRE se révèle donc une série de qualité, qui soutient largement la comparaison avec les séries anglo-saxonnes du genre (The Knight, Downton Abbey ou The Gilded Age).
Sylvie-Noëlle



