Tout le monde le sait, tout le monde le dit : le MCU, c’est plus ça du tout depuis plusieurs années (et Avengers Endgame en 2019). Alternant entre films indignes ou justes regardables et séries souvent affreuses depuis environ 2022, Marvel Studios s’est régulièrement ridiculisé depuis le début de sa saga du Multivers, initiée en 2021, se perdant aux milieux d’histoires pas incarnées, écrites sans inspiration et en plus bâclées d’un point de vue visuel, devenant le symptôme d’un sous-genre qu’elle a relancé à elle seule en 2008 avec Iron Man. Et après le sympathique et sincère Thunderbolts* (alias The New Avengers), voilà que Marvel remet le couvert avec LES QUATRE FANTASTIQUES : PREMIERS PAS, un nouveau film réussi.
Les 4 Fantastiques indestructibles
C’était un des éléments les plus excitants de ce nouveau 4 Fantastiques réalisé par Matt Shakman (amateur des années 50-60 puisqu’il était aussi derrière WandaVision) qui donnait de l’espoir après les mauvais films de Tim Story aux allures de téléfilms aux rabais (en 2005 et 2007) et la catastrophe industrielle bousillée par son studio (le film « de » Josh Trank en 2015) : l’univers rétro futuriste et sa Terre-828, parallèle aux autres films qui se déroulent dans la réalité 616.
Porté par un casting irrésistible et une musique de haute volée, LES QUATRE FANTASTIQUES : PREMIERS PAS embarque joyeusement le spectateur dans sa New-York colorée dans laquelle la famille star est adulée par tout le monde au moyen d’un reportage efficace et présentant l’histoire et plusieurs fait d’arme de la « Première famille de Marvel ». Et c’est réussi.
S’appuyant sur une inspiration apparemment kubrickienne, Shakman a travaillé ses décors et ses accessoires (en ayant notamment utilisé une maquette pour le vaisseau), tout ça devant des vieux objectifs Panavision choisis pour donner ce grain à l’image. Avec son casting impeccable (porté par des Pedro Pascal et Vanessa Kirby parfaits et des Joseph Quinn et Ebon Moss-Bachrach malheureusement moins exploités), le film nous embarque rapidement dans un voyage interstellaire lorgnant vers le spectaculaire film de Christopher Nolan et multiplie les scènes d’action impressionnantes alors que les quatre sauveurs de la Terre (enfin, leur Terre) partent affronter Galactus et la Surfeuse d’Argent, ennemis surpuissants et quasiment invincibles.
Tout ça est magnifié par la littéralement fantastique bande originale de Michael Giacchino, qui propose peut-être le thème le plus marquant du MCU depuis le premier Avengers en 2012. Jusqu’à ce que la grosse machine marvellienne reprenne malheureusement le dessus pour une deuxième moitié moins inspirée…
Les Quatre Fantastiques : Premiers Pas, quelques trébuchements
Car lorsqu’il s’agit d’affronter un des plus grands antagonistes de La Maison des Idées, le scénario cède malheureusement à plusieurs facilités et quelques ellipses peut-être décevantes (mais qui maintiennent le rythme). Si les héros pondent un plan complètement délirant mais acceptable au sein d’une telle histoire, c’est surtout dans sa façon de conclure l’histoire de chaque personnage que le script ne sait plus trop comment rester au niveau de sa très bonne première partie. Galactus (Ralph Ineson), le « Dévoreur de mondes », est puissant mais n’est finalement pas si malin que ça, quand la Surfeuse d’Argent (Julia Garner, bien menaçante) a un début d’explication d’origine intéressant, mais finit par disparaître avant de réapparaître au dernier moment.
C’est explicable au vu des états d’âme d’un personnage pas si heureux de faire ce qu’il fait, mais on n’évite malheureusement pas le fameux Deus ex machina. Galactus, un peu comme le Thanos rongé par ses dilemmes dans Avengers : Infinity War, possède une origin story intéressante expliquée par lui-même, lorsqu’il apprend aux quatre héros (et aux spectateurs) qu’il existe depuis des « milliards d’années », a été changé par des événements cosmiques, qu’il est condamné à se nourrir de planètes pour survivre et qu’il cherche un remplaçant pour le libérer. Une figure tragique, potentiellement passionnante, et dépassant le traditionnel bad guy inintéressant qui veut conquérir le monde parce qu’il est méchant.
C’est aussi une chose surprenante avec le film : il contient peu de scènes d’action, et d’aucuns diraient que les meilleures se trouvent dans le prologue. En fait, on a même envie de dire que le film est trop court, 1h55 (donc environ 1h45 d’histoire sans compter le générique), n’étant pas suffisante pour développer son récit comme il se doit.
Here’s Johnny ! (et Ben, aussi)
La Torche humaine, incarnée par un Joseph Quinn toujours aussi charismatique et attachant, s’en sort plutôt bien, le personnage dépassant le stéréotype du beau gosse beau parleur puisque celui-ci fait vraiment avancer l’intrigue et participe réellement aux résolutions de problèmes (contrairement à la version peu intéressante écrite pour Chris Evans qui n’était qu’un égoïste souvent insupportable).
Ce n’est pas le cas de Ben, la Chose, pourtant joliment interprété par Ebon Moss-Bachrach, dont les états d’âme ne dépassent finalement quasiment pas les émotions initiées par les quelques plans déjà présents dans la bande annonce. Et tout ce beau monde se retrouve malheureusement assez faiblement exploité dans un climax faisant encore penser aux Indestructibles mais en moins inspirés, le film ne sachant pas trop comment utiliser les pouvoirs exceptionnels de la famille qui se trouve moins bien exploitée que dans les films de Brad Bird dans lesquels voir nos héros lier leurs forces était jouissif et spectaculaire.
Malgré tout, les défauts n’empêchent pas le spectacle, et le film (après un Superman lumineux) revient aux fondamentaux d’un tel blockbuster qu’on sera ravi de revoir régulièrement et porté par quelques messages bienveillants peu approfondis mais appréciables, quand le scénario confronte (un peu) ses protagonistes au peuple dont ils ont la responsabilité.
La scène post-générique, apparemment tournée par les frères Russo (qui ramènent à notre grand désespoir leur absence de talent et d’idées pour les prochains Avengers), amorce efficacement les enjeux à venir avec l’arrivée du Dr Doom de Robert Downey Jr., et redonne envie de suivre tout ça, après plusieurs années d’aventures sans saveur. En attendant le prochain qui n’arrivera pas avant juillet 2026 (Spider-Man : Brand New Day), on retourne s’imaginer en super-héros en écoutant la musique de Michael Giacchino.
Simon BEAUCHAMPS




