Photo du film HAMNET
Crédits : Focus Features

Hamnet, le deuil d’un génie à travers le regard de celle qui l’a porté

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HAMNET retrace le parcours d’Agnes et de William Shakespeare après la disparition de Hamnet, leur unique fils. Loin du biopic conventionnel sur le dramaturge, le film privilégie la figure d’Agnes, incarnée par Jessie Buckley, et explore le poids du deuil qui traverse cette famille au XVIe siècle.

Vers une mise en scène sobre et immersive

La force première du film réside dans sa mise en scène. Chloé Zhao, reconnue pour Nomadland et The Rider, opte pour des plans fixes et des plans-séquences qui confèrent au récit une dimension intime et réaliste. Cette profondeur de champ favorise l’immersion, tandis que décors et costumes reconstituent précisément l’époque élisabéthaine, sans esthétisme superflu.

Le temps y est lourd, oppressant, contrastant néanmoins avec la chaleur qu’Agnes dispense à ses enfants et à son mari. On peut noter combien cette opposition visuelle permanente structure l’ensemble de l’œuvre avec justesse.

Un jeu d’acteur remarquable

Jessie Buckley (The Lost Daughter, Scandaleusement vôtre) habite pleinement Agnes, animée d’une force intérieure qui refuse de céder malgré son chagrin. Son jeu, à la fois contenu et expressif, touche le spectateur par sa sincérité. Les autres acteurs traduisent également une tragédie presque universelle du deuil, qui transcende les époques.

Plus que la mort elle-même, le film interroge ce qu’elle fait au couple. Rapprochement, séparation, éloignement : Agnes et William portent leur deuil différemment, et c’est cette incertitude que les acteurs réussissent à exprimer.

Agnes et Will, avant Shakespeare

La singularité narrative de HAMNET ? Le nom « William Shakespeare » n’est prononcé qu’une seule fois. Pas de biopic sur le génie littéraire : à la place, ce sont Will et Agnes, deux êtres ordinaires. Tous deux rêvent d’une vie tranquille, d’avoir des enfants, que Will puisse écrire.

Peu de Londres, rares allusions à l’activité professionnelle du dramaturge : le film se centre sur Agnes, ses tâches domestiques, son rôle de mère mais aussi sa place en tant que femme à part entière. Agnes n’est pas simplement la femme de Shakespeare. Elle est douée de ses propres douleurs et de ses propres forces.

Une fin qui peut dérouter

Le récit s’achève sur une représentation publique de Hamlet, à laquelle assiste également Agnès. Condensée et amputée de nombreux passages pour des raisons évidentes, la pièce se révèle déroutante pour qui ne connaît pas l’œuvre originale ni la langue de Shakespeare. Elle donne pourtant à voir comment William transmue son deuil en création, le titre constituant un ultime hommage à son fils disparu. Difficile alors de savoir si cette mise en scène agit comme une catharsis salvatrice pour William ou comme une forme de fuite – pour lui, pour Agnès, ou pour tous deux.

En somme, HAMNET séduit par sa mise en scène sobre et son réalisme souvent dur, mais rempli d’humanité et d’authenticité. Oubliez le biopic spectaculaire sur Shakespeare : si vous cherchez une œuvre profonde sur le deuil, la culpabilité, la solitude et l’acceptation, alors HAMNET mérite largement le détour.

— Silas MONDEL

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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