LA FEMME DES STEPPES, LE FLIC ET L’ŒUF, western martien – Critique

Cet été post-Covid sera définitivement celui de propositions de cinéma ambitieuses, comme si les distributeurs français purifiaient soudain leurs catalogues du monde : LA FEMME DES STEPPES, LE FLIC ET L’ŒUF, nouveau film du presque oublié Wang Quan’an, est un long-métrage comme on en voit rarement ; au point que son meilleur résumé reste son propre titre. Une femme, la steppe, quelques policiers… et un œuf. Bienvenue en cinéma venu d’ailleurs.

Cinéaste prometteur devenu rare (ce nouveau film est le premier en presque dix ans), on retient surtout Wang Quan’an pour son Ours d’or (Le Mariage de Tuya) et pour quelques œuvres minimalistes, académiques mais puissantes (La Tisseuse, Apart Together) ; pourtant, aucun de ces films ne pouvait amorcer la force visuelle de ce nouveau volet : LA FEMME DES STEPPES, LE FLIC ET L’ŒUF, objet immobile abandonné au milieu des paysages mongols, est un véritable monument esthétique.

Le film de Wang Quan’an est d’ailleurs si mutique qu’on ne retient effectivement que cette valeur visuelle – c’en devient sa première voix, celle qui s’exprime au-delà des censures et des cultures lointaines, celle d’une universalité et d’une humanité commune : un soleil qui se couche, un loup qui chasse, une force naturelle. Il y a au fond peu et beaucoup à dire sur LA FEMME DES STEPPES, LE FLIC ET L’ŒUF en dehors des quelques pistes philosophiques avancées par les rares prises de parole des personnages : les ruines du temps, la place de l’homme, la solitude nomade. Les quelques éléments de réponse sont sensitifs, ceux d’une réalité physique et primitive, atechnologique et épurée des sociétés fourmillantes.

Photo du film LA FEMME DES STEPPES LE FLIC ET L'OEUF

Paradoxalement, et en dépit d’être aussi taiseux, LA FEMME DES STEPPES, LE FLIC ET L’ŒUF est un film rude, inhospitalier – en dépit d’être universel, c’est aussi un film extra-terrestre, post-apocalyptique, d’un exotisme à peine définissable tant chaque paysage filmé par Wang Quan’an semble arriver de Mars : quel est ce monde sans ville, sans foule, sans repères ? Des lignes plates à l’infini ; alors que les uniques verticales sont celles des silhouettes des Hommes.

Drôle de titre, drôle de film – certains spectateurs se heurteront à cette proposition singulière, hors-temps et hors-espace, dont la plastique se situe quelque part entre amateurisme (les scènes d’intérieur) et maestria (tous les plans d’ensemble), soulignant encore plus l’ambivalence de cet OFNI imprévisible, dont ne sait s’il dure vingt minutes ou trois heures. Quelque part entre Weerasethakul, Kim Ki-duk et les frères Coen, Wang Quan’an est allé façonner sa propre grammaire endolorie, faite d’aplats et de dégradés, de lignes et de colonnes, d’humour et de philosophie, de stigmates et de plénitude.

Vivien

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Titre original : Öndög
Réalisation : Wang Quan'an
Scénario : Wang Quan'an
Acteurs principaux :Dulamjav Enkhtaivan, Aorigeletu, Norovsambuu Batmunkh
Date de sortie : 19 août 2020
Durée : 1h40min
3
Singulier

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